LE CHRIST REVENANT SUR LES NUÉES
comme homme, portant un cœur d'homme, « compatissant c et fidèle , semblable en toutes choses à ses frères hormis a le péché. » — Eh bien , chers enfants, voilà ce que Daniel contemplait à Babylone dans sa vision de la nuit. — En tant que Dieu , sans doute, Jésus-Christ est présent en tous lieux; et « là où deux ou trois chrétiens s'assemblent en son nom, « il s'y trouve avec eux; » en tant que Dieu , il est avec nous dans ce moment, il est ici , il est présent par son Esprit dans cet oratoire. Mais en tant qu'homme et quant à son corps et à son âme, il n'est qu'en un lieu , il est au ciel , et « il faut , a dit a saint Pierre, que le ciel le possède jusqu'au temps du réta- « blissement de toutes les choses dont Dieu a parlé dès le « commencement des siècles par la bouche de tous ses saints « prophètes (i). » — En tant qu'homme, je le répète, il est est au ciel; mais nous l'en attendons, n'est-ce pas? nous l'en attendons, chers enfants! Oui, notre devoir, notre consolation , notre force, notre bonheur est de l'attendre ; car c'est alors seulement que, réunis tous ensemble auprès de lui , nous aurons part à son royaume et à sa gloire (2); c'est alors que tous ceux qui se seront «endormis en lui » par la mort, entendront sa voix dans leurs cimetières, comme Lazare à Béthanie, et se relèveront de leurs tombeaux ; c'est alors que « il « descendra du ciel, et que ceux qui moururent en lui ressus- « citeront les premiers; puis, ceux de nous qui seront vivants a et qui seront restés, seront emportés ensemble avec eux dans « les nuées à la rencontre du Seigneur, au milieu de l'air, et « alors nous serons tous pour jamais avec le Seigneur ! — « C'est pourquoi , ajoute saint Paul , que ceux de vous qui « sont dans le deuil touchant ceux qui dorment, se consolent <r les uns les autres par les paroles que je viens de vous
(1) Act. III, 21. — (2) 2 Thcss. II, 1 ; 1 Thess. II, 12; Col. 1 , 13; 2 Tlm. IV, 18.
86 IftÇON XL* — BAN. VU, 48.
« dire (i)« » Oui , chers enfants, le retour de Jésus-Christ , notre Sauveur, voilà oe qu'il nous faut tous attendre ; voilà ce que j'attends depuis que Dieu m'a converti ; voilà ce qu'attend avec moi toute l'église a des premier nés inscrits dans « les deux (2); » et voilà, je l'espère, oe que, vous aussi, vous attendras tous un jour ; car dès qu'une âme est ramenée à Dieu par la nouvelle naissance , le retour de Jésus-Christ sur les nuées devient le grand objet de sa foi pour l'avenir, comme la mort et la résurrection de Jésus- Christ deviennent le grand objet de sa foi pour le passé. « Vous avez été convertis a de vos idoles à Dieu, * leur dit saint Paul : — pourquoi t — « pour servir le Dieu vivant , ajoute-t-il , et pour attendre « des cieux son Fils Jésus, qu'il a relevé d'entre les morts et « qui nous délivre de la colère à venir (3). »
Eh bien, mes amis, c'est ce retour bienheureux que contemplait Daniel avec tant d'émotion dans Babylone pendant la nuit de sa vision. Aussi , tout son être en était-il ébranlé : a Les visions de sa tête le troublaient, nous dit-il , et a F esprit lui défaillait en son corps! s
J'aurai plus tard à vous expliqua* les paroles de cette admirable vision y mais avant d'en venir là, j'ai deux instructions importantes à vous donner.
D'abord, il faudra que je vous montre combien, aux jours de Jésus-Christ, cette prophétie était déjà comprise, et quelle grande place elle tenait dans les pensées des apôtres lorsqu'ils écrivirent le Nouveau Testament. Ensuite, il faudra que je vous montre également , après la mort des apôtres, TadmiraUe intelligence qu'en avaient acquise tous les Pères <fe l'Église , et la grande place qu'elle a tenue dans les pensées des fidèles durant les premiers siècles du christianisme.
(1) 1 Thess. IV, 13-18. — 2 Héb. XII, 23. — (8) 1 Thesa. I, 9, lô.
CBTTE TftOfflAT», COMPBttE DBS JUIFS. 4T
—•Ces deux points, pour être convenablement traités, exigecasent bien du temps; mais je veux tâcher d'être assez court pour oe consacrer à chacun d'eux qu'une seule de nos leçons. — Je remets donc le second à dimanche prochain , et j'en viens tout de suite au premier. —-Répétez-le-moi ; quel estil, je vous prie?
— C'est qu'an temps de notre Seigneur, les Juifs avaient déjà compris cette prophétie de Daniel , et que les hommes d'alors en étaient très occupés*
— - C'est bien cela ; mais puisque cette prophétie nous prédit deux grands faits très distincts , il faudra que je montre successivement, à l'égard de l'un et de l'autre, combien les pensées des Juifs et des apôtres en étaient pénétrées et dans quelle grande mesure ils les avaient saisis. — Le premier de ces deux faits, c'est que k Fils de f homme doit revenir sur la terre au dernier jour avec tes nuées des deux; et le second, c'est qu'avant ce glorieux retour de notre Rédempteur sur les smées des deux, on doit voir surgir dans l'empire des Latins une puissance petite par son territoire, mais grande par ses Attentats , proférant des blasphèmes, persécutant à mort les vrais disciples de Jésus-Christ , et prétendant changer et les temps et la loi, jusqu'à ce a que le Seigneur lui-même vienne « fat détruire par l'esprit de sa bouche , et F anéantir par son « avènement. » — Tels sont donc les deux faits sur lesquels il faut maintenant vous montrer quelles étaient, aux jours de Jésus-Christ, et les pensées de6 apôtres, et celles des chrétiens, et celles même des. Juifs.
Commençons donc par le premier. Vous venez de le réciter : Je regardais dans les visions de la nuit, et voici comme te Fils de r homme qui venait avec les nuées des deux.
Or, cette parole de Daniel avait été si clairement comprise de tous les Juifs, que dès les jours de oe prophète ils avaient
toujours , à son exemple , continué d'appeler du nom de Fik de [homme , le Sauveur universellement attendu. — Depuis David, ils l'avaient plutôt nommé k Fik de Dieu, (car nous voyons au XIIIe des Actes, qu'ils savaient* lui appliquer ces paroles du psaume II : « L'Éternel m'a dit : Tu es mon Fils; • et celles-ci : « Baisez le Fils, de peur qu'il ne s'irrite (1) > ); mais, depuis Daniel, ils avaient pris l'usage de l'appeler auss k Fik de t homme; et c'est pour cela que, dans les Évangiles, Jésus lui-même se plaît si souvent à se désigner par ce nom remarquable : il l'emploie (je l'ai compté) jusqu'à quatrevingts fois; surtout, lorsqu'il est question de son second avènement et des gloires du dernier jour. — « Gomme furent les « jours de Noé, dit-il, ainsi sera abssi l'arrivée du Fils de l'hom- « me (2) ; » « tenez-vous donc prêts, parce que le Fik de « F homme viendra à l'heure que vous ne pensez pas (3); « car , comme l'éclair sort de l'Orient et se fait voir jusqu'en « Occident, ainsi en sera-t-il du Fik de l'homme (A). » « Quia conque aura eu honte de moi ou de mes paroles parmi cette a génération adultère et pécheresse, le Fik de l homme aura « aussi honte de lui quand il viendra dans la gloire de son et père avec les saints anges (5); » « mais quand k Fik de € r homme viendra, trouvera-t-il de la foi sur la terre (6)? » « Veillez donc , faisant des supplications en tout temps , afin a que vous soyez faits dignes de subsister devant k Fik de
a r homme (7) !!! »
Vous le voyez donc , chers enfants : dans tous ces passages, comme dans les soixante et quatorze autres, Jésus parle aux apôtres, aux Juifs, aux incrédules même, comme à des hommes qui tous reconnaissaient, d'après Daniel, que k Fik
(1) Pi, II, 7-13; Act III, 33. — (2) Mattb. XXIV, 3.4~ (3) Maltb. XXIV, hh ; Luc XII, 40. — (4) Matth. XX VI, 27. — (5) Marc VIII, 38. — (6) Loc, VI11, 8. — (7) Luc XXI, 36.
gbttb Pftorafrrm, govpusb dh juifs. 89
de F homme, c'est le Messie. — Aussi saint Etienne s'écriaitil devant ses juges : a Je vois les deux ouverts et le Fils de a F homme se tenant à la droite de Dieu (i), (à la droite de la « Puissance , » comme dit Jésus (2) ; ou « de F Ancien des « jours , j> (3) comme dit Daniel). — En s'exprimant ainsi, saint Etienne savait très bien que ses juges comprenaient Daniel comme lui, et que pour eux, dire : Je vois le Fils de F homme, c'était dire : Je vois le Messie. — Aussi notre Seigneur', parlant à ses ennemis , leur rappelait-il cette prophétie de Daniel (4) : a Le Père a donné au Fils le pouvoir « de juger, parce qu'il est le Fils de F homme, » leur disait-il «r c'est-à-dire , parce qu'il est celui dont Daniel a écrit « Je voyais le Fils de F homme venant avec les nuées des deux c et F Ancien des jours lui donna la seigneurie et F honneur et « le règne. »
Mais il y a bien plus : écoutez encore Jésus devant le Sanhédrin (5). Lorsque Caïphe s'est écrié : a Je t'adjure par « le Dieu vivant de nous dire si tu es le Messie, le Fils de « Dieu,» que lui répond Jésus? a Tu l'as dit, je le suis; « et même je vous déclare que vous verrez dans la suite le a Fils de l'homme assis à la droite de la Puissance (à la droite « de T Ancien des jours), et venant sur les nuées du ciel! »— Que pouvait-il dire de plus clair pour nous montrer que , de son temps déjà, tous les Juifs et même les plus méchants, entendaient comme nous ce passage de Daniel, et que pour eux celui que Caïphe, d'après David, nommait le Fils de Dieu, était celui-là même que Daniel avait nommé le Fils de F homme , quand il l'avait vu venant sur les nuées des deux? — Et ce qui montre, hélas ! que Caïph» avait compris, c'est qu'aussitôt il déchire ses tuniques et s'écrie : « Blas-
(1) Act. VU, 5«-57.— (2) XXVI, «ft, 65. — (3) iS. — (4) Jean V, 87. — (5) Mattb. XXVI, 64,05.
LtÇON XI» — DAN. TU, 13.
« phème ! blasphème ! qu'atons-nous encore besoin de té» c moins 1 tous l'avez entendu ; qu'en pensez-vous? »
Cependant, si Ton voulait une autre preuve plus évidente encore de la claire intelligence qu'on avait déjà de cette parole de Daniel au temps de Jésua-Christ, il n'y a qu'à l'écouter répondant aux disciples, la veille de sa mort (1) : € Seigneur, lui disaient-ils, quel sera le signe de ton avène- « ment et de la consommation du siècle? » — Que « CELUI a QUI LIT DANIEL, » répondit-il (2), a y fasse attention! » « Quand vous verrez au lieu saint l'abomination de la désoa lation akrchcbb jua Daniel (c'est-à-dire, Jérusalem envi- « ronnée des armées romaines) , alors sachez que sa dé- « solation est proche : ce seront là les jours de la ven- « geance (v.2) :... ils tomberont soua le tranchant de l'épée, a et ils seront menés captifs chez toutes les nations, jusqu'à « ce que les temps (les kaîroî) des nations soient accoro- « plis (3). û — « PUIS (c'est-à-dire, après ces kairoi) , on < comme dit Matthieu (4)), AUSSITOT APRÈS la tribulatkm « de ces jours-là » (aussitôt après ces « jours-là, » ces a tempe des nations »où Jérusalem devait être foulée aux pieds des notion» et le peuple des Juifc dispersé), « AUSSITOT APRES a cBTTBTatBULATioN,» a il y aura dans le ciel des signes, et sur a la terre une détresse inouïe des nations (Luc XXI, 25, 26) ; a et ALORS (écoutez bien ceci, chers enfants) , ALORS on « verra le FILS DE L'HOMME VENANT DANS UNE NUÉE <r avec grande puissance et grande gloire] et il enverra ses « anges (Matth. XXIV, 31) avec grande voix de trompette, « et ils rassembleront ses élus depuis Tune des extrémités « des deux jusqu'à l'autre extrémité. »
Vous le voyez donc abondamment : cette prophétie de
(1) Matth. XXIV, 8-18 ; Mare XHI, 4 ; Lac XXI, 7.— (9) Marc XIII, 14 ; Mattb. XXIV, 15. — (3) Luc XXI, 20. — (4) MatUh. XXIV, 20.
CETTE nOPBÉTB, COMPRIS! M8 JUIFS. 94
I, touchant l'avènement du Fus dh l'bokmb ssr les rata du œl , était parfaitement comprise des Juifs aux jours de Jésus-Christ : « On l'attendait sur les nuées. » — Aussi ( et je ne dis pi us que ce seul mot sur oe sujet) , aussi, écoutez saint Jean dans son Apocalypse ! — Ce disciple, avancé en âge comme Daniel, et bien-aimé du Seigneur comme Daniel (1), ayant vu comme lui Jésus-Christ en vision , et commençant le récit de cette révélation sublime , ne peut plus contenir ses transports, et dès ses premiers mots s'interrompt pour s'écrier : « A celui qui nous a aimés soit la gloire, amen! Le « voici ! ii vœht sur lbs nuées, » (comme s'il disait : Le voici , tel que Daniel l'a vu) ; « le voici, il vient sur lbs nuées, et a tout œil le verra, même ceux qui l'ont percé (2) ! »
Vous en conviendrez donc, chers enfants , ce premier fait de la prophétie de Daniel , je veux dire , l'avènement futur du roi Messie sur les nuées des deux, était clairement compris de tous les Juifs et même des plus rebelles, aux jours où s'est écrit le Nouveau Testament. — J'en ai dit assez sur ce premier sujet, et je passe au second : — quel est-il î
— L'avènement de ce roi théologien qu'avait aussi prédit Daniel.
— Je tous montrerai donc également que celui-ci n'était pas moins compris du peuple de Dieu dans l'église apostolique , et qu'il a tenu de même une très grande place dans la pensée des hommes chargés de nous écrire le Nouveau Testament.
Cette seconde preuve ne sera pas plus difficile que la première; et vous-mêmes m'aiderez, j'en suis sûr, à cher les passages qui commentent là-dessus Daniel, et qui traitent de cette apostasie comme d'un événement universellement at-
(1) Dan. IX, 23; X, 11, 10. - (a) Apoc. I, «, 7.
tendu. Je n'en alléguerai pour aujourd'hui que trois ou quatre : ils seront plus que suffisants.
Et d'abord, qui de vous, chers enfants, saura m'indiquer le chapitre où saint Paul a prédît qu'il y aurait dans l'Église une effroyable apostasie, du sein de laquelle on verrait s'élever un grand ennemi de Dieu, nommé P Homme de péché ?
— C'est dans la seconde épttre aux Thessaloniciens, chapitre deuxième.
— Que l'un de vous donc se lève et nous en lise les douze premiers versets. Je désire vous les expliquer aujourd'hui , parole après parole, comme s'ilsfaisaient partie de notre Daniel, parce qu'ils en sont évidemment un commentaire donné de Dieu.
( Un enfant lit.)
— Pour ce qui regarde F avènement du Seigneur Jéms-Christ et notre réunion auprès de lui , nous vous prions , frères, de ne pas vous laisser ébranler facilement dans vos pensées.
— Arrêtez, cher enfant ! — Il faut que je rappelle d'abord à quelle occasion l'Apôtre adressait ces paroles aux Thessaloniciens.
Il venait de passer dans leur ville trois ou quatre semaines pendant lesquelles une multitude de Grecs et beaucoup de dames de haut rang (1) s'étaient données à Jésus-Christ. Ces chrétiens « avaient reçu la parole au milieu de grandes af- « flictions avec la joie du Saint-Esprit (2) ; de sorte qu'ils a avaient servi de modèle à ceux qui avaient embrassé la foi « dans la Macédoine et dans l'Achaie , s'étaut convertis des « idoles à Dieu, pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour « attendre du ciel son Fils Jésus qui nous délivre de la colère « avenir;» mais leurs concitoyens (3) les avaient cruellement
(1) Act. VIII, 6. — (3) 1 Thess. 1, 6-10. — (8) 1 Tbess. II, ift.