L' APOSTASIE PRÂDITB$>AB PAUL
persécutés, et ils avaient eu la douleur de voir mourir plusieurs des leurs; c'est pourquoi Paul, forcé lui-même de s'enfuir, s'était hâté de les consoler par une première lettre : « Ne vous affligez pas » touchant ces bienheureux martyrs «endormis dans le Seigneur, comme feraient les autres a hommes qui n'ont point d'espérance, » leur disait-il. « Ne savez-vous pas que Jésus doit revenir sur les nuées du ciel, et qu'alors Dieu ramènera avec lui ceux qui se seront endormis en lui ? » — « car nous vous déclarons ceci par a la parole du Seigneur, avait ajouté Paul , c'est que , le a signal étant donné par la voix de l'archange et par la tromc pette de Dieu , le Seigneur lui-même descendra du ciel; «ceux qui seront morts en Christ ressusciteront d'abord; « et puis, nous autres qui serons vivans, serons emportés a avec eux dans les nuées à la rencontre du Seigneur pour a aller au-devant du Seigneur en l'air; et ainsi nous serons « toujours avec le Seigneur (1). »
Or, il était assez naturel , vous le comprendrez, chers enfants , qu'à la lecture d'une pareille lettre, les chrétiens de Thessalonique s'imaginassent que le retour de Jésus sur les nuées était très proche et que notre réunion auprès de lui ( comme s'exprime Paul), pourrait avoir lieu de leur vivant. C'est pour cela que l'Apôtre, apprenant qu'en effet telle était leur erreur, se hâta de leur écrire une seconde épitre dans laquelle il leur dit les premières paroles que ce cher enfant vient de nous lire : « Pour ce qui regarde r avènement de notre Seigneur Jésus-Christ , et notre réunion auprès de lui , nous vous prions, mes frères.*.. » Continuez maintenant.
— Nous vous prions, mes frères, de ne pas vous laisser ébranler facilement dans vos pensées, etdene vous point troubler par
(1) l The». IV, 13-17.
94 LBÇOfi XL. •— DAN. VII, 43.
quelque inspiration ou parole, ou par quelque lettre qu'en dirait venir de notre part, comme si le jour de Christ était
proche.
—Encore ici, cher» enfants, un mot d'explication. — le jour de Christ est toujours très proche pour chaque fidèk; puisque nous y sommes tous immédiatement transportés à l'heure de notre mort, le temps dès lors n'étant plus rien pour nous, et mille ans étant moins qu'un jour. Mais, pour l'Église, il n'en est point ainsi; pour l'Église, ce jour de Christ est à distance, et même, dans ce sens, ce jour était certainement à bien des siècles de Paul et de ses contemporains. Vous comprendrez donc que cette Causse notion des chrétiens de Thessalonique qui croyaient l'Église à quelques jours seulement du retour de son Maître , pouvait aisément (comme le leur disait saint Paul) « les ébranler dans leurs penr $ée$»el a troubler* mal à propos leur foi; car, pleins de cette idée , en ne voyant point s'accomplir de leur vivant les événements qu'une erreur leur faisait croire prochains , ils seraient peut-être tentés de concevoir de mauvais doutes sur toutes les autres prédictions de la sainte Écriture. — Continuez.
— Que personne ne vous séduise en aucune manière, car ce jour ne viendra point que la révolte ne soit arrivée auparavant.
— Larévolte.— Remarquez bien, je vous prie, ce langage de Paull II ne dit pas une révolte, mais LA RÉVOLTE-— Et pourquoi!
— Parce qu'il s'agissait a d'une révolte» d^jè connue des Thessaloniciens.
— fit comment, déjà connue?
— Par Daniel, qui avait prédit qu'une grande révolte contre Dieu précéderait le retour de Jésus-Christ.
l'homme m péché. 95
— Sans doute ; c'est comme s'il eût dit : la révolte que vous savez j la révolte annoncée par Daniel , la révolte que tonte l'Église sait devoir éclater pendant la quatrième monarchie, et qni doit même durer jusqu'au retour du Fils de F homme sur les nuées des deux.
— La révolte : c'est le mot employé dans vos deux versions de Martin et d'Ostervald; mais le terme du grec est apostasia ( que la version de Sac; a conservé en disant : «Ce jour ne « viendra point que Y apostasie ne soit arrivée auparavant» ). — Le vrai sens de ce mot, en français, c'est la désertion ou la défection , comme nous l'avons écrit dans notre version suisse (4); abfaU, comme ont traduit les Allemands, soit Luther, soit De Vette. Vous ferez donc mieux de lire la désertion ou la défection; car c'est exactement ici le mot employé dans le vingt et unième chapitre des Actes, loisque les anciens de Jérusalem disent à Paul : « On dit que tu enseignes à tous les « Juifs qui sont parmi les Gentils à »ébsrtbr Moïse (4). » — Et c'est aussi le mot employé par saint Paul, quand il dit à lïmothée : « L'Esprit dit expressément que , dans les temps « à venir, quelques-uns DésBRTKaoar la foi (3). a —Mais continuez le verset 3.
— Et qu'on n'ait vu paraître F Homme de péché y le Fils 4e perdition.
— L'Homme de péché. Vous l'entendez encore , faites-y bien attention : il ne dit pas , Un homme de péché9 Un Fils de perdition; mais, comme parlant d'un personnage déjà connu, 1/ Homme de péché 9 Le Fils de perdition; c'est-à-dire , le personnage dont on vous a déjà tant parlé et que Daniel vous a si bien décrit.
J'espère aussi , chers enfans , que vous aurez bien compris que cet Homme.de péché , c'est une succession d'hommes de
(1) Seconde édit. Lyon, 1848. — (5) AcL XXI, 21. — (3) 1 Tlm. IV, 1.
péché j animés d'un môme esprit et poursuivant un même dessein ; tout comme dans Daniel, le rot, c'est une suite de rois; et tout comme dans saint Paul, quand il dit : «Le souverain sacrificateur entre une fois dans le sanctuaire (4) , • c'est pour désigner, non pas seulement Ananias, ou Matthias, ou tel autre, mais toute la suite des souverains sacrificateurs. — Rien n'est plus simple. — Reprenez.
— Que personne donc ne vous séduise m aucune manière; car ce jour-là ne viendra point que la révolte ne soit arrivée auparavant ^ et qu'on n'ait vu paraître F Homme de péché , le Fils de perdition.
— Cet Homme de péché, qui fait la guerre à Dieu, à sa loi, à ses saints , Paul l'appelle très justement Le Fils de perdition, parce que c'est le nom donné par Jésus-Christ au malheureux Judas (2), et parce qu'il veut exprimer que cet Homme pourra bien se donner pour un apôtre, pour un saint Jacques, un saint Pierre, un saint Paul, tandis qu'il ne le sera qu'à la manière de l'Iscariote. — Passez au verset 4.
— Qui s'oppose et qui s' élève contre tout ce qui s'appelle Dieu, ou qu'on adore, jusqu'à s'asseoir comme un Dieu dans le temple de Dieu , voulant passer pour un Dieu.
— Remarquez, je vous prie, chers enfants, les rapporta admirables de cette prophétie de Paul avec celle de Daniel. — Il est impossible à qui les tient l'une et l'autre dans ses mains de ne pas reconnaître que l'Apôtre ici explique le Prophète; puisqu'il lui emprunte, non-seulement ses idées, mais ses phrases et même jusqu'à ses mots. Vous en jugerez encore mieux si vous lisez avec moi , au chapitre XI, les versets 36 et 37 , où Daniel parle encore une fois de «ce roi d'orgueil,» et s'exprime exactement dans les mômes termes que l'Apô-
(1) Héb. IX» 7-25. - (2) Jean XVII, 12.