SA GUERRE AUX CHRÉTIENS
Christ à tous les trésors de ce monde , et aimant mieux a être affligés avec le peuple de Dieu que de jouir pour « un peu de temps des délices du péché? » — Puis-je même trouver encore dans l'Histoire, que ce pouvoir persécuteur, constitué comme un empire de prêtres au milieu de l'empire politique, ait soulevé durant des siècles tous les royaumes latins contre de tels hommes , pour les faire jeter dans les cachots, pour leur arracher par des tortures les secrets de leur conscience, pour les faire mourir en d'horribles supplices? et puis-je trouver enfin que, si quelques-uns de ces rois latins se voulaient refuser à devenir pour lui les bourreaux de leurs peuples, l'Antichrist aussitôt armât contre ces rebelles le reste de l'Europe , pour les exterminer euxmêmes à leur tour?
Convenez, chers enfants, que si nous pouvions rencontrer à la fois tout cela dans l'Histoire, cette seizième inarque nous serait singulièrement utile pour mettre le doigt sur l'Homme de péché! — Je passe donc à la dix-septième, et je reprends pour cela la suite de nos versets. — Qu'on me récite le vingt-deuxième.
— Jusqu'à ce que ï Ancien des jours fût venu* et que le jugement fût donné aux saints du Souverain, et q?te le temps vînt auquel les saints obtinssent le royaume.
— Ce passage que je n'explique point encore, parce que son interprétation par l'ange reviendra plus tard au verset 25, ce passage est d'une grande importance pour la description de l'Antichrist; car il annonce clairement que la vie de la bête, celle de l'Antichrist et sa guerre contre les saints dureront jusqu'à l'avènement de Jésus-Christ et jusqu'au règne des saints. — Il faut donc en conclure que ce personnage subsiste encore de nos jours et que le terme de sa guerre contre les saints n'est point encore venu. — Ils ne doivent, il est vrai,
3*6 LEÇO* XLVIf. -^- &ÀN. Vtt, 49-Î5.
« ÊTRE LIVRÉS » d'une certaine manière € entre ses maim » « que pendant un temps et des temps et la moitié d'un tempe; m mais la guerre et la haine dureront jnsqrfà ta seconde venue de notre Seigneur Jésua-Christ, où « le règne et la domina* « tion et la grandeur des royaumes qui sont sous tous les cieux « seront données aiix sainte du Souverain. »
Je ne dis rien de plus, pour le moment, de ce règne des saints, et je n'en parle ici que dans ses rapports avec celui de l'Àirfichrist. Il faut seulement qu'en passant vous remarquiez avec soin combien ce verset 32 qui nous occupe est en harmonie parfaite avec la prophétie où siiftt Paul, parlant an Thesealoniciens de F Homme de péché (1), déclare <fa& son règne s'étendra « jusqu'au glorieux avètiement de Jésus- Christ. »
— Venez-en maintenant aux versets 23 et 44, et que Fun de vous nous les récite.
— Il me parla donc omet : La quatrième bête sera Un quatrième royaume sur la terre, lequel êera différent de tous tes royaumes.
— Différent, en quoi? l'ange ne le dit-il pas dans ce qtfi soit?
— Oui; différent, d'abord en ce qu'« il dévorera toute la terre; » puis, en ce que « dix rois s'élèveront de ce royaume; a puis, en ce qu'on y verra le roi théologien s'élevant après les dix rois i proférant des blasphètnes et détruisant les saints du Souverain.
— Très bien. Reprenez donc la récitation de nos versets, en continuant, au verset M, ce qui regarde ce roi ptûtre.
— Et un autr- s'élèvera après tua), lequel sera différent des premiers; H il abattra trots rois.
—Différent des premiers rois, comme la bote elle-même difié-
(1) 2 Tbesa. II, 18.
SES UASfHBVES QOOTBB « T&ÈS-IUyT. 3^7
rail des premières bêtes;. — Vous comprenez que c'est comme roi prêtre et comme Amichri3t : par son insolence , par ses habiletés, par ses paroles énorme, par ses prétentions de ressembler à l'Agneau, et surtout par sa haine des saints. — Passez donc au verset 25 : vous y trouverez un dix-septième caractère plus étonnant encore et plus odieux que tous les autres, s'il est possible : je veux parler « de ses blasphèmes. » -~* C'est, je crois, de tous le plus mQnstrueux.
U proférera dea paroles contre le Souverain.
« Blasphémer contre (e Souverain (ce mot, daps l'original, signifie le Trh-Haut), blasphémer contre lç Très-Haut, son créateur et son juge, voilà donc le dix-septième caractère de l'antichrist des Latins! — Précédemment on nous disait ses grandes paroles et son orgueil de demi-dieu j m^is ipi c'est du blasphème; c'est contre la très sainte Trinité (le Dieu, contre son autorité, son infaillibilité, sa Bible, son œuvre et ses divins attributs que l'Antichrist ose élever sa voix, usurpant pour lui-même sans doute 1& titres incommunicables qu du Père, ou du Fils, ou du Saint-Esprit. — Yqus voyez clairement, par ce trait, la confirmation de ce que nous avions dit de son caractère ecclésiastique. Les dix autres rois pouvaient être idolâtres et prêchants, mais celui-ci blasphème : il fait directement .la guerre à spn Seigneur et à son Dieu j ses paroles s'élèvent jusqu'au ciel et il outrage son souverain! — Mais continuez,
-r~ // détruira Içs saints du Soifverain*
tt- Continues encore ; car ce point a été traité.
rrrr Et il pensera pouvoir changer et les temps et la loi.
— Vou» l'entende» ; ses atteints çoptre lfl PjWe, voilà son dix-huitième caractère; e| c'est encorç ici, certes, l'un des plus énormeg.t— Entre tous les autres hérétiques des siècles précédents çt tow epux des siècles qui suivirent, je ji'en sau-
328 LEÇON XLVII. — DAN. vu, 49-85.
rais voir aucun d'assez audacieux pour prétendre, comme celui-ci, changer ce qu'il dît lui-même être « la parole de son Dieu. » Non, je n'en connais point de tel. — On pourrait peut-être me citer Mahomet, qui se leva pareillement comme un roi prêtre et comme un faux apôtre sur le monde oriental vers le même temps que l'antichrist des Latins, au commencement du septième siècle, et qui prétendit aussi contester ou la suffisance ou l'intégrité des Évangiles , compléter l'Ancien Testament, et pouvoir ajouter à la sainte Bible ses propres écritures sous le nom d'Àl-Roran. Mais on ne peut avoir ici le moindre soupçon de ce faux prophète; parce qu'il ne 3'est jamais dit « Vicaire de Jésus-Christ, » qu'il s'est levé seulement sur l'empire des Grecs, qu'il n'a jamais régné sur celui des Latins, et que d'ailleurs, s'il disait les Écritures altérées, il ne prétendit jamais les changer; tandis que F Antichrist romain doit « prétendre changer et les temps et la loi. » Se donnant, comme Mahomet, pour infaillible, il s'attaquera directement aux saintes Écritures qu'il tiendra cependant pour être Écritures de son Dieu ; mettant ainsi ses propres paroles au-dessus des oracles du Très-Haut.
// pensera changer et les temps et la loi : les temps , c'està-dire les sabbats du Seigneur; car il prescrira là-dessus aux peuples abusés des ans ou des jours qu'il prétendra saints, des traditions et des ordonnances que la parole du Seigneur n'a point autorisées; et la loi, « LA LOI! ô blasphème inouï jusque-là! LA LOI! il pensera donc k a la changer » aussi!
— Dans le style de l'Écriture, la loi n'est pas seulement le Décalogue, ni même seulement le Pentateuque; c'est la Bible.
— Quand on dit : « La Loi et les Prophètes, » on distingue, il est vrai , les livres de Moïse d'avec les autres Écritures ; mais quand on dit seulement « la Loi, » c'est le plus souvent pour désigner la Bible tout entière. Ne vous rappelez-vous
SES ATTENTATS CONTRE LA BIBLE. — XVIIIe TRAIT. 3Î9
pas Jésus-Christ citant aux Juifs le psaume 82? a Qu'est-il écrit dans VOTRE LOI ? » leur disait-il (1 ) . Les Psaumes étaient donc pour lui la loi, tout aussi bien que la Genèse ou le Deutéronome. Ainsi donc cet antichrist des Latins , quand il paraîtra, prétendra, non-seulement changer quelques lois divines, mais même établir d'autres règles de foi que les Écritures du Dieu vivant et vrai, imposer ses traditions humaines et ses commandements d'homme, introduire de nouveaux livres dans la Bible, autoriser ce qu'elle condamne et condamner ce qu'elle autorise ! En un mot , dit Daniel , il pensera changer et les temps et la loi! — Folie d'un ver de terre ! !
Toutefois , remarquez-le bien , chers enfants , il n'est pas dit : « // changera; » mais , « il pensera changer » (vejissebar)j c'est très différent! — Les méchants ont beau faire : changeraient-ils les temps de Dieu, et changeraient-ils ses lois? ajouteraient-ils une minute à leur vie? ajouteraient-ils une parole au Nouveau Testament? Ah! ils arrêteraient plutôt la lune dans son orbite et tous les cieux sur leurs pôles ; ils arracheraient plutôt du firmament les étoiles qui l' éclairent ! car, après tout, les cieux et la terre passeront, le soleil un jour s'éteindra ; mais votre bible , chers enfants , ah ! votre bible ne passera jamais! la parole de Dieu demeure éternellement , pas un trait de lettre n'en doit tomber ! L'homme peut changer de folie , s'il le veut ; mais la loi de son Juge est immuable.
« Cette petite corne donc, » comme disait Calvin, « viendra en une telle rage et forcènerie , qu'elle pensera d'arracher quasi le soleil du ciel, et de changer les clartés en ténèbres ; » mais
« Cris impuissants, fureur bizarre!
« Tandis que sous cette tiare
(1) Jean X, 3$.
330 18G0N XLVH. — DAH. VU, 4&-4S.
« 11 poussa une faite clameur»
« La Bible poursuit sa carrière, ■ Versant des torrents de lumière « Sur l*avengle blasphémateur ! •
Quand tous les rois, tous les peuples et tous les prêtres df la terre , avec tous les anges des cieux , s'assembleraient <»q un concile universel pour me déKer d'un seul des commandements de mon Dieu, — qu'ils soient tous a anathème, a dît a saint Paul (1), fussent-ils tous apôtres, fussent-ils tous des a anges! «Pourquoi les peuples projettent-ils des choses a vaines ? » devrais-je dire alors avec David : « pourquoi les a rois se trouvent-ils en personne, et consultent-ils ensemble « contre l'Éternel et contre son Christ? pourquoi disent-ils: a Rompons leurs liens et jetons loin de nous leurs cordes?— « Celui qui habite dans les cieux se rira d'eux, le Seigneur « s'en moquera! Adorons donc le Fils, de peur qu'il ne s'îr- « rite; car bienheureux tous ceux qui se retirent vers lui! » — Mais je poursuis ; car il faut en finir avec nos verseb de ce jour; et il n'y reste plus qu'un trait, c'est le dix-neuvième.
Que l'un de vous, je vous prie, m'achève le verset 25 et m'en récite la dernière sentence
— n\Et les saints seront livrés en sa main jusqu'à un temps et des temps et la moitié tun temps. »
— Mais non, chers enfants, je n'irai pas plus loin; il faut que je m'arrête! — J'avais, en commençant cette leçon, fermement résolu de terminer avec vous aujourd'hui tous ces caractères prophétiques de l'Homme de péché ; mais le sujet s'est étendu à mesure que nous avancions, et je vois à regret qu'il faut nous séparer. Respectons les heures. Je ne voudrais ni vous retenir au delà de la mesure, ni vous parler
(1) Gâtâtes 1, 8, 9.
SES ATTENTATS CONTRE LA BIBLE. — XVIIIe TRAIT. 334
d'objets si graves quand votre attention peut-être commence à se lasser , ni surtout traiter à la course les points importants dont il me reste à vous entretenir. — Promettons-nous donc, en nous séparant, de revenir étudier avec une attention religieuse, dans la leçon prochaine, cette importante et dernière sentence de notre verset 25 : a Et les saints seront lia vrés en sa main jusqu'à un temps et des temps et la moitié a dun temps ^ »
Je vous dirai, dimanche, les derniers traits du personnage; et c'est alors, s'il plaît à Dieu, que je vous expliquerai mes pentaplesy ou le grand tableau synoptique que j'ai préparé pour vous.