‹ Daniel le prophète, exposé dans une suite de lecons pour une école du dimancheChapitre 22 sur 198 · LA POLITIQUE ET LA RELIGION · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE ET LA RELIGION

temps, cette affreuse tyrannie spirituelle s'exercerait contre l'Eglise ; c'est-à-dire, qu'il a voulu nous en révéler à la fois et la géographie et la chronologie. — Le temps et le lieu seront toujours les deux éléments essentiels de l'Histoire ; soit qu'il s'agisse des jours encore à venir , soit qu'on s'occupe des jours déjà passés. — Quant au lieu, nous va-t-il dire, vous devez attendre cette affreuse apostasie dans la quatrième des monarchies; et quant au temps, vous devez l'attendre après l'époque où cette quatrième monarchie aura été partagée par dix rois, et où trois de ces dix rois auront été renversés pour lui faire place.

Cette distinction que je viens d'établir entre la Religion et la Politique , entre l'Eglise et l'Empire , devra donc toujours vous revenir à l'esprit quand vous étudierez les prophéties. — Vous l'y retrouverez partout. — Par exemple, dans la statue, vous avez vu le mélange du fer et de l'argile. Dans la bête féroce , qui représente ici l'empire romain , vous verrez une petite corne y différente des dix premières, et représentant, chez cet empire , une puissance ecclésiastique ennemie du peuple de Dieu. Dans le chapitre Vin , où vous trouverez également une bête qui vous représentera l'empire des Grecs vous rencontrerez une autre petite corne, qui vous représentera aussi, chez cet empire, une puissance ecclésiastique ennemie du peuple de Dieu et «jetant la vérité par terre. » — Dans Y Apocalypse, qui n'est que comme le second tome de Daniel, vous verrez reparaître trois fois et sous trois formes successives, la quatrième bête féroce de Daniel, qui représente l'empire des Latins ; mais , dans chacune de ces représentations de l'Empire, vous verrez le Saint-Esprit lui associer sous divers emblèmes, un pouvoir ecclésiastique ennemi du peuple de Dieu. Dans la première, c'est « le dragon qui séduit toute « la terre, faisant la guerre à ceux qui gardent les comman-

a déments de Dieu et qui ont le témoignage de Jésus. » — Dans la seconde , c'est une autre bête , appelée le faux prophète 7 ayant deux cornes comme l'agneau, mais parlant comme le dragon, séduisant les habitants de la terre, et faisant mettre à mort ceux qui n'adorent pas l'image de la bête. — Dans la troisième enfin, c'est une femme vêtue de de pourpre et d'écarlate , qui est à cheval sur l'empire des Latins et qu'on voit ivre du sang des saints et des témoins de Jésus-Christ.

Je vous dirai plus tard quelques mots sur tous ces emblèmes y mais ici, ce que j'ai voulu seulement, c'est de vous faire bien reconnaître la règle que voici : — Dans l'explication des prophéties de Daniel et de saint Jean , à côté du pouvoir qui tient en main les choses politiques, cherchez un autre pouvoir qui se rapporte aux choses religieuses : vous le trouverez toujours.

Après ces explications générales, je me hâte de reprendre la suite de nos versets.

Je ne m'y arrêterai pas longtemps. — - Notre vision de la statue a dû vous familiariser avec l'histoire de ces quatre monarchies qui devaient gouverner le monde et peser sur le peuple de Dieu. — Que l'un de vous se lève, et nous rappelle la suite de ces empires,

— Le premier est celui des Chaldéens.

— Oui , ou plutôt , des Assyriens , devenus maîtres de la Chaldée et fondateurs du grand empire de Babylone. — Ce fut de toutes les monarchies la plus riche , la plus brillante , la plus glorieuse , mais aussi la plus courte : c'était la tête d'or. — Continuez; le deuxième?

— Le deuxième fut celui des Mèdes et de* Perte* , figuré par la poitrine d'argent et les bras d'argent.

— Et le troisième ?

— Le troisième fut celui des Grecs^ figuré par le ventre d'airain et les cuisses d'airain.

— Très bien : je vais donc maintenant contempler avec vous les emblèmes nouveaux qui nous en sont présenté* dans nos versets de ce jour. Vous les trouverez plus précis encore, s'il est possible , que ceux qui nous furent offerts dans la vision de Nébuchadnetzar. La suite des empires avait été représentée h ce prinpe sous l'image resplendissante et terrible d'une statue ; parce que c'était sou? cette apparence de gloire que, dans les conceptions de son esprit encore charnel, cet homme païen voyait les grandeurs de ce monde; mais comment s'offiâront-elles ici à l'homme de Dieu ?

— Sous l'emblème de quatre bêtes féroces.

— Oui ; parce que c'était sous cet aspect odieux que se devaient présenter à la pensée d'un prophète, les vices, l'idolâtrie et la brutale tyrannie des empires de ce monde.

Dites- vous bien, mes chers enfants, que les figures employées par les prophètes , dans leurs prédictions emblématiques, sont très loin d'avoir été variables, arbitraires, prises à F aventure. Leurs symboles sont un langage ; et ce langage est fixé, comme Tétaient les hiéroglyphes des Egyptiens, ou comme le sont les signes de l'écriture chinoise. De même que, dans un livre égyptien, le disque du soleil représente toujours la royauté ; de même que, dans un livre chinois, deux jambes écartées d'une certaine façon représentent toujours un homme ; et trois barres inégales élevées perpendiculairement sur une quatrième, toujours une montagne : de même aussi, dans le langage des prophéties, une bête désigne toujours un empire persécuteur ; et une corne sur la tête de cette bête, toujours un pouvoir élevé dans cet empire. — En un mot , un même signe y représentera constamment les mêmes objets. Aussi; le grand astronome Newton, dans son

commentaire sur Daniel , a-t-il bien soin de nous dire que, <c la première chose à faire pour bien comprendre les prophéties, c'est d'apprendre à connaître leur langage figuratif.»

Cela n'est point difficile. — Je pourrais vous en donner ici comme un vocabulaire; plusieurs l'ont déjà fait; mais j'aime mieux vous expliquer chaque symbole à mesure qu'il viendra se présenter à nos regards. Et quant au sens que je leur donnerai , n'imaginez pas que je l'invente : vous verrez que, le plus souvent, le Saint-Esprit lui-même a pris soin de nous l'expliquer, pour que nous ne puissions pas nous y méprendre.

Ainsi , par exemple , au chapitre Vllf , Daniel nous déclarera que le bélier grand et terrible apparu dans sa vision , c'est le royaume des Mèdes et des Perses ; et que le boue velu, plus grand et plus terrible encore, qui le renverse , c'est [empire des Grecs. — Certes , cela est assez clair. — Le même Saint-Esprit a soin de nous dire encore que les cornes qui sont sur la tête d'une bête , représentent des royaumes qui doivent sortir du premier royaume figuré par cette bête , et se le partager. Quand cette corne se rompt, c'est que ce royaume périt ; et quand une autre pousse à sa place , c'est qu'un nouveau pouvoir en va surgir. — Vous voyez que tout cela est fort simple , et que ces explications sont loin d'être arbitraires ; c'est le Saint-Esprit qui nous les donne.

Daniel eut donc un songe , et un ange de Dieu vint le lui expliquer. Alors, dit-il (aux versets 16 et 47), je m'approchai de fun des assistants, et je lui demandai la vérité (c'est-à-dire le sens), de toutes ces choses; et il me parla et me donna l interprétation de ces choses.

Les quatre grandes bêtes que tu as vues , sont quatre rois (c'est-à-dire, quatre royaumes) qui s'élèveront sur la terre. — La plupart des versions anciennes et modernes ont traduit

LA GIUNDK MER

quatre royaumes : il y a proprement quatre rois ; niais l'ange lui-même nous explique plus bas (au verset 23) , que cette expression désigne réellement quatre suites de rois, ou quatre royaumes ; car il dit : La quatrième bête sera le quatrième royaume , lequel sera différent de tous les royaumes et dévorera toute la terre. — Vous pourriez voir la même chose au chapitre II, où il est dit (verset 39) : Après toi, il s'élèvera un autre royaume, moindre que le tien ; et ensuite , un troisième royaume qui sera a" airain , lequel dominera sur toute la terre. Remarquez d'ailleurs que c'est là le style de la conversation aussi bien que celui des prophéties. — Ne disons-nous pas , le Roi , le Pape , pour désigner « la suite des rois , la suite des papes?» Quand on dit, par exemple, que l'empereur de toutes les Russies est le chef de l'église grecque, on n'entend pas par là Nicolas seulement , mais toute la suite des czars et des czarines , depuis Pierre le Grand jusqu'à nos jours. Quand je dirai : Le pape donne au roi de France le nom de roi très-chrétien , cela ne s'appliquera-til qu'à quelque politesse de Grégoire XVI envers Louis- Philippe (1) ?

— Non : cela voudra dire que toute la suite des papes a toujours donné ce titre à toute la suite des rois.

— Or ces quatre grandes bêtes féroces , différentes tune de f autre, montaient de la grande mer, pendant que les quatre vents des deux se levaient avec impétuosité sur cette mer.

La grande mer, dans le langage ordinaire des Hébreux , c'est la Méditerranée; et Ton doit soigneusement observer que les quatre grandes monarchies sont toutes venues également s'asseoir sur les rivages de cette mer. — C'est là ce qui caractérise la Terre propfiêtique.

(1) Ces leçons se donnaient il y a dix ans.

Cependant je pense qu'il faut voir encore ici quelque chose de plus , parce qu'il s'agit d'une vision et que nous sommes dans les symboles.*— Or, dans le langage figuré des prophètes , la mer et ses grandes eaux désignent constamment la multitude turbulente des nations , la foule agitée , remuante, furieuse sous le souffle des tempêtes, et trop souvent semblable dans ses tourmentes aux innombrables vagues de l'Océan que soulèveraient les quatre vents des deux.

Cette interprétation n'est point de moi , c'est Je Saint* Esprit lui-même qui nous l'a donnée.

Que l'un de vous nous lise, au chapitre XVII de l'Apocalypse, d'abord le verset 18, et ensuite le 15, (Jean venait de voir Rome sous les traits d'une femme prostituée, assise sur les grandes eaux) :

La femme que tu as vue, c'est ia grande cité qui a son règne sur les rois de la terre. — Puis il me dit : Les eaux que tu as vues , et sur lesquelles la prostituée est assise , sont des peuples et des foules, des nations et des langues.

Voilà donc ce que désigne la grande mer et l'abondance des eaux : ce sont des peuples et des foules , des nattons et des langues. — Aussi , voyez qu'elle est belle, cette image, dans saint Jean , quand il veut nous exprimer la paix désormais inaltérable des élus de Dieu dans le royaume des cieux \ Il nous montre alors cette foule , que nul ne peut compter, revenue de la grande tribulation et se reposant de ses travaux auprès de son Sauveur : mais , comment la dépeint-il? C'est encore une grande mer; toutefois cette mer est de cristal; elle n'est plus soulevée, plus tourmentée par les tempêtes d'ici-bas; les élus, avec des harpes de Dieu, y chantent sur son bord « le cantique de Moïse » (quand il eut passé la Mer-Rouge à pied sec) ; c'est « le cantique de l'Agneau ; » il n'y a plus pour eux de deuil , plus de combat ni de

tristesse ; tontes larmes sont essayées de leurs yeux ; une paix éternelle est leur partage !

Or, ces quatre vents des deux , qui se précipitent ici sur la grande mer, ce sont on les violentes passions, ou les dispensations providentielles , ou les révolutions politiques qui soulèves* comme une vaste mer les peuples de la terre. Mais, m craignez rien ; ces vents sont toujours dans la main du Sei* goetff. c û apaise le brait de la mer, le bruit de ses ondes et < l'émotion des peuples, » s'écriait David (1 ) ; « il tient les vents c dans ses poings; il les gouverne à son gré et les tire, quand cil le vent , bore de ses trésors ($). » — « Qui est celui-ci , * s'écriaient les apôtres après la tempête de Tibériade, « qui est «celui-ci qui commande aux vents, et ils lui obéissent! Car ■ il disait aux vents : Taisez -vous! et à la mer : Sois tran- •quifle!(3)»

Ces quatre monarchies devaient donc, ce semble , s'élever ï la fois du sein des émotions populaires sous le souille impétueux des quatre vents du ciel. — Et il est assez remarquable qae, si nous cherchons dans l'histoire quelles ont été les origines de chacun des quatre grands empires , nous les voyons naître tous les quatre dans le même temps , je veux dire au huitième siècle avant Vère chrétienne. — Tandis que Romukis , Tan 753 avant la naissance de Jésus-Christ , dans les plaines de l'Italie, aux extrémités alors connues de l'Occident, bâtissait la ville de Rome; le grand Béléser (autrement nommé Baladan ou Nabonassar) gouvernait la ville de Babylone, et commençait en Orient sur les rivages lointains de l'&upfarate la première de nos quatre monarchies. Le premier de ces événements a fixé, pour les historiens de l'Occident, 1ère qu'on a nommée Ère de la fondation de Rome, qui com-

(1) Ps. LXV, 8. — (2) Prov. XXX, A; Jér. U, 16. — (3) Matth. VIII, 27; *wt, IV, 39, 60; Luc VHI, 24.

mence le premier janvier de ran 753 ; et le second de ces événements a fixé, pour les historiens et les astronomes de l'Orient, la fameuse ère de Nabonassar, qui date du 26 février de Tan 747 avant Jésus-Christ, c'est-à-dire, comme vous le voyez, de six ans seulement après la précédente.

Ce fut alors aussi que , par la mort de Sardanapale et par la chute de l'antique empire des Assyriens à Ninive, se forma la monarchie des Perses et celle des Mèdes. (Quelques historiens préfèrent ne compter les années des Mèdes que du règne de Déjocès, l'an 710, c'est-à-dire 37 ans seulement après Yère de Nabonassar). — Et enfin, nous trouvons également que le royaume de Macédoine fut fondé par Garanus , l'en 795 , c'est-à-dire 42 ans seulement avant Yère de la fondation de Borne.

Cependant il me paraît que, si les quatre bêtes féroces apparurent d'abord toutes à la fois aux regards de Daniel comme sortant de la mer, il ne les vit arriver que l'une après l'autre sur la scène prophétique.

Vous avez pu faire la même remarque dans la vision de la statue. — Chacune des quatre monarchies que vit Nébuchadnetsar, bien qu'elle eût eu une existence antérieure , ne fut comptée comme faisant partie du colosse que du moment où elle vint s'emparer de la domination dans la terre prophétique, par la subversion de celle qui l'y avait précédée. — On ne compte la monarchie des Mèdes et des Perses que du moment où elle a pris la place des Babyloniens dans l'empire du monde et dans la possession de Jérusalem. On ne compte la monarchie des Grecs que depuis les conquêtes d'Alexandre; et Ton ne considère la monarchie des Latins que depuis la prise de Jérusalem par le grand Pompée, ou de l'Egypte par César-Auguste. — C'est là , comme je vous l'ai déjà dit , ce long règne ou « ces temps des gentils » dont Jésus-Christ a

dit a que Jérusalem devait être foulée aux pieds des gentils, a jusqu'à ce que les temps des gentils fussent accomplis (1). » — C'est là cet empire ou cette domination qui doit changer quatre fois de maître, et dont il est dit au verset i% : La domination fut aussi ôtée aux autres bêtes, quoiqu'une longue vie leur eût été donnée jusqu'à un temps et un temps. Elles doivent donc venir tour à tour porter la tiare babylonienne ou prendre le sceptre du monde, fouler aux pieds Jérusalem, et tenir sous leur joug le peuple de Dieu.

Or, elles étaient différentes l'une de Vautre, ajoute Daniel, au verset 3.

Il faut donc les examiner successivement. — C'est ce que nous allons faire dès ma leçon prochaine. Pour cela , vous me réciterez , dimanche , les trois versets qui suivent. Mais avant d'en venir là, chers enfants, j'ai désiré, pour vous préparer à l'intelligence de ces bêtes , vous en faire voir quelque dessin. — Voici donc les trois premières, telles que nous aurons à les contempler dans leurs traits respectifs. Je n'y mets point encore la quatrième, de toutes la plus terrible et celle dont le Saint-Esprit a voulu surtout nous entretenir : elle viendra plus tard. — Regardez bien de votre place ce tableau des trois premières ; et vous pourrez , à l'issue de la leçon, venir l'examiner de plus près avec moi.

Cependant je voudrais, mes amis, au moment de vous congédier, être assuré que chacun de vous emportera dans sa maison la pensée que nous prêchent si fortement les versets de ce jour : c'est que Dieu fait concourir toutes choses, comme le dit saint Paul (2), au bien de ses élus ; oui , toutes choses , même les plus méchantes et les plus redoutées : f toutes choses, » a-t-ildit, a même l'oppression, l'angoisse,

(1) Lac XXI, 2*. — (2) Rom. VIII, 2Û.

« la persécution , la famine et la nudité; même le péril et «r l'épée (1); » même les hommes les plus cruels et les empires les plus persécuteurs.

Voyez notre leçon \ voyez ces bêtes féroces que Dieu vient présenter à son prophète 1 Qu Vt-il voulu par Ut vous enseigner?— Ah 1 c'est que non-seulement il mène le monde , mais qu'il le mène en vue de son église , en vue de ses élus , en vue de sa grande oeuvre de rédemption. — Oui ,' ma église , ses élus, son œuvre de rédemption, c'est là sa grande affaire, son grand objet dans le gouvernement de l'univers , le terme sublime et sacré auquel il subordonne tout. — Qnè cette pensée est douce pour ses rachetés ! mais aussi, Qu'elle est grande ! — Comprenes-vows bien , mes amis, ce que j'ai voulu dire?

Quelques-uns de tous , peut-être , en étudiant ce matin leurs versets , se seront étonnés d'y trouver ces bêtes , ces empires, ces révolutions des empires. — Est-ce à ce* détails, . auront-Os dit, que je devais m' attendre dans une bible toute destinée à sqpctifier ma vie? Qu'ai-je besoin de tout cria pour m'unir à Jésu»-Ghrist et pour me préparer au ciel ! Quel rapport de ces bêtes , de ces empires et de leurs méchantes révolutions avec les besoins de mon âme , avec les erfe de ma conscience , avec la croix de mon Sauveur ? — Quel rapport ! Vous Valiez voir, chers enfants ; mais en attendant , emportez cette pensée : c'est que Dieu gouverne l'univers dans l'intérêt de son église ; qu'il fait servir les révolutions des républiques et des empires à F avancement de son teuvre de rédemption, et que c'est là sa grande affaire.

Quand il créa l'univers , ce fut pour s'y glorifier en son Ffls et par la délivrance de ses élus. — Quand il fonda le

(1) Hom. VUI, 34.

LE MONDE GOUVERNÉ EN VUE DE l/ÉGLISE. 23

monde , il pensait à ses élus et au royaume préparé pour eux ; car <i venez , leur dira le Fils au dernier jour, venez , les « bénis de mon père, possédez en héritage le royaume qui t vous fut préparé dès la fondation du monde (i). » — Quand il cféa les atlges de gloire, ce fut en vue des hommes qui devaient hériter du salut; « car ne sont-ils pas tous, « dit saint Paul , des esprits exerçant un office , et envoyés

€ pour servir en faveur de ceux qui doivent hériter du sa- * lut? (2) » — Quand il maudit la terre après le péché, il la mit dans la condition où elle devait être pour le séjour d'une Créature tombée, mais rachetée et relevable. — Quand il envoya le déluge et détruisit tout l'ancien monde , ce fut encore pour son église; car il ôtait alors la terre à ses ennemis, pour la redonner à Noé et à sa race. — Quand il confondit toutes les langues à Babel et qu'il dispersa les peuples, ce fut pour son église. — Quand il envoya sur l'Orient sept années de famine, ce fut pour so n église. — Quand il éleva l'Egypte au plus haut degré de splendeur dans les jours de Joseph, et qu'ensuite fl la renversa dans la mer Rouge aux jours de Moïse , ce fut pour son église. — Quand il fit tour à tour prospérer et tomber les royaumes de Moab, de Hammon, d'Idumée, de Damas, d'Assyrie, ce fut pour son église. — Et dans notre leçon de ce jour, que voyez-vous encore? Dieu qui, pour son église et pour ses desseins de rédemption , donne successivement le sceptre du monde, d'abord aux Babyloniens , pois aux Perses , puis aux Grecs, puis aux Latins. Ouï , Dieu ftiit tout pour son œuvre de rédemption ; a il a tout créé, » flous dit-il, « pour Christ et par Christ (3). » a il voulait, » nous dit Paul (4), « mettre en lumière devant tous ce mys-

(1) Matlh. XXV, 34. — (2) Héb. I, 14. — (3) Col. 1, 16. « (4) Eph. III, 9, 10, 11.

« tère caché dès les siècles en Dieu, qui a créé toute choses if par Jésus-Christ, afin que sa sagesse, infiniment variée, fût « maintenant donnée à connaître aux anges , aux principautés, et aux puissances dans les lieux célestes, PAR LE « MOYEN DE L'ÉGLISE, selon le dessein arrêté dès les siè- « des, et formé dans le Christ Jésus, notre Seigneur. » (Vous l'avez entendu : « sa gloire manifestée dans tous les cieux a par le moyen de l'Eglise ! ») — Rappelez-vous donc cette pensée et placez-la profondément dans vos cœurs : Dieu fait tout dans le monde pour son église , pour ses élus , pour son œuvre de rédemption. — Et pourrait-il en être autrement, je vous le demande? N'est-il pas le Dieu conséquent, le Dieu toujours le même ? S'il a remué pour ses élus le ciel, ne remuera-t-il pas la terre ? S'il a donné pour eux son Fils, son unique , son bien-aimé, le fils de son amour, «s'il ne Ta « pas épargné, comment, avec lui, ne leur donnerait-il pas « toutes choses (1)? » — S'il a fait le plus, ne fera-t-il pas le moins? — Oui , son œuvre de rédemption , j'aime à le répéter, c'est-là sa grande affaire. Ah! que ce soit aussi la nôtre! Et pour la bien comprendre, cette œuvre, contemplons Jésus- Christ sur la croix, buvons ce sang qui nous a rachetés, mangeons cette chair qui fut rompue pour nous , annonçons sa mort jusqu'à ce qu'il revienne , attendons-le des cieux ! — >Je le répète encore, son œuvre de rédemption, c'est-là sa grande affaire.

Si donc , chers enfants , il y avait de nos jours des révolutions en Europe, en France, en Suisse, à Genève; si la terre était bouleversée , si les quatre vents des cieux se jetaient encore une fois sur la grande mer des nations; si des ennemis nous envahissaient, si des étrangers nous foulaient aux

(1) Rom. vin, 31.

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