LA POLITIQUE ET LA RELIGION
Il nous faut maintenant expliquer ces premiers traits de la vision.
Avant d'aller plus loin , cependant, je voudrais vous demander si quelqu'un de vous saurait me dire pourquoi le Saint-Esprit , qui avait révélé à Nébucadnetsar la suite des quatre grands empires , vient encore une fois , si longtemps après, en reproduire ici le tableau sous une forme nouvelle. — Je vous en ai dit précédemment la raison; mais il s'est dès lors écoulé tant de semaines, que j'ai besoin de m'assurer si Ton en a conservé la mémoire. Ne vous ai-je pas dit que l'histoire d'une nation se compose de deux ordres de faits qu'on ne peut point séparer, mais qu'il faut toujours distinguer f
— Il y a les faits de la Politique et ceux de la Religion.
— Oui; en d'autres termes, il y a l'histoire de l'Eglise et celle de l'Empire. Si l'on venait, par exemple, ce matin , dans cet oratoire, nous prophétiser l'histoire de la république de Genève depuis 1840 à i940 , n'aurait-on pas deux objets très distincts k nous présenter? Pour son avenir politique, qu'aurait-on à nous apprendre?
— Si Genève conservera sa liberté, si elle sera suisse.
— Oui, ou si Dieu, pour la punir, permettra qu'elle devienne russse, ou française, ou savoyarde. Et si l'on voulait ensuite nous réciter son avenir religieux , n'aurait- on pas à résoudre d'autres questions très différentes ?
— Genève sera-t-elle une ville pieuse et soumise a la Bible ?
— Oui ; ou bien , pour la punir d'avoir oublié l'histoire de ses pères , méprisé son beau privilège de cité protestante , fait un pacte avec le pape , et vendu comme Esaù son droit (f aînesse pour cinq ou six villages, Dieu aurait-il donné ses temples â l'église de Rome, et son pays au pape?
J'espère donc , mes chers enfants , que vous vous rap-
pellerez toujours , dans les prophéties comme dans les histoires , que ces deux objets , bien que distincts , sont inséparables. — Quand les Evangiles nous parlent de Jésus- Christ et de l'Eglise, vous les voyez obligés de nous entretenir aussi d'Hérode , de Pilate , des Romains , d'Auguste , de Tibère, de Claude, de Gallion, de Festus. — Quand M. Bossuet fait son beau Discours sur l histoire universelle, à l'usage d'un jeune garçon de votre âge , fils de Louis XIV , il a soin de partager son livre en deux grandes parties : la première, qu'il appelle Suite de la religion ; et la seconde , Suite des grands empires. — Quand on nous fait l'histoire de l'ancienne république de Genève, il faut bien nous parler de Calvin, de Farel, de Bèze, de la Réformation. — Et de l'autre côté, quand on veut nous faire celle de notre église, il faut bien nous nommer les ducs de Savoye , les ligues des Suisses, les rois de France et la Révolution.
J'espère donc vous avoir fait pleinement comprendre que , si Dieu a voulu révéler d'abord à Nébucadnetsar l'histoire de l'Empire, et ensuite à Daniel l'histoire de l'Eglise , il n'a pas pu ne pas parler, au premier, de la religion, au second, de la politique.
# Vous vous rappelez que les pieds de fer de la statue, avant l'époque où ils devaient se diviser dans les dix doigts , se composèrent de fer et d argile , pour représenter comment l'Eglise et l'Empire se sont mêlés dans les familles humaines, sans pouvoir jamais se confondre. — Eh bien, ici, vous voyez quelque chose d'analogue. Dieu vient y parler à Daniel d'un pouvoir irréligieux « qui fera la guerre aux saints , proférant « des blasphèmes et prétendant changer les temps et la loi ; » mais en môme temps, pourrendre cette prophétie parfaitement intelligible, il a voulu nous donner les moyens de déterminer premièrement, dans quel lieu, et secondement, dans quel