ARMÉES ROMAINES
crée les grands orages, mais qui, aussi, déployant à ses phls hantes puissances la force des nations, les rend capables des plus grandes choses. ■»♦>.,;
Cependant, chers enfants, je pense ne pouvoir mteux itt'jf prendre pour vous donner une juste idée de la quatrième bête, quant à sa force merveilleuse, que de faire déliter devant vous une de ces années romaines dont on a tant parlé. — Cela ne sera pas difficile, parce que je pourrai vous faire entendre là-dessus un homme qui lui-même les a vues. — Certes , on comprend à l'avance quelle devait être leur perfection dans Fart sanglant des batailles, quand on pense qu'à la naissance de Jésus-Christ, il y avait déjà plus de sept cent cinquante ans qu'elles n'avalent cessé d'avoir les armes à la main et de s'exercer sans relâche à ht scienee du rtieurtre. Vous concevrez que si huit cents ans de guerres continuelles, à peine interrompues par deux ou trois intervalles dé paix très courts , en avaient fait le plus cruel des peuples de la terre, ces huit cents ans en avaient dû ffcite aussi le plus habile et le plus invincible. — Aussi toutes les nations les plus belliqueuses avaient-elles dû finir par fléchir le genou.
Je vais donc vous faire entendre un homme qui les a vues
passer, ces terribles légions romaines, et qui nous A rendu
ses impressions à leur aspect. Je veux parler du géfléral Jo-
sèphe. *
C'était en l'année 67 après Jésus-Christ , au mois d'avril >
qu'elles défilèrent devant. lin au. nombre de soixante mâle hommes, alors qu'elles entraient en Judée sons la conduite de Vespasien et de Titus pour renverser Jérusalem. Néron ré-* gnait en ce même temps et faisait couper dans Rome , en cette même année 67, la tête de saint Paul. -<- Ce spectateur que vous allée entendre était fort capable de les juger, puisqu'il était y lui aussi , un homme de guerre. H le* vit de ses
7{ LEÇON XXIX. — DAM. vu, 7, 49, 83.
yeux traverser les montagnes de Juda, et dut les suivre même jusque sous les murailles de Jérusalem; car on l'avait traîné dans leur camp, le 4 juillet , chargé de chaînes, après gué quarante mille «Juifc, enfermés avec lui dans Jot&pat pour h défendue, avaient péri sous le fer de6 Romains. -*- Je tipns ici dam Jea mains aon livre in , et voici comment il noua décrit leur ordre de marche, au chapitre 8. { J'*bpége quelques détail* : )
a En tête de l'armée s'avançaient d'abord , plus légèrement équipées que les Romains , les troupes auxiliaires , destinée* jt éclairer la route , à démasquer les embuscades et à soutenir les premières attaques de l'ennemi. Après cela marchait Ufie partie de l'infanterie et de la cavalerie romaine, chaînée dp campement de l'armée. C'était un grand corps composé d'une élite de toutes les cohortes , où l'on prenait pour le former dix hommes sur cent; et vous les eussiez vus portant , outre leurs propres armes, tous les instruments nécessaires à la structure d'un camp. — Après eux venaient les pionniers pu sapeurs, chaigé6 d'aplanir les chemina , de couper les forêts et de renverser les obstacles; puis, les bagages du commandant <en chef et de ses généraux , avec un corps de cavalerie qui leur servait d'escorte. Ensuite, le gagerai en chef, Veapasien lui-même, entouré d'une élite de fantassins et de cavaliers, ainsi que des lanciers. — Après le général m chef venait une garde du corps, composée de l'élite de la cavalerie des légions. On avait pris aussi dan* chacune d'elles, pour la former, dix hommes sur cent.— Pu» apparaissaient les machines destinées à l'attaque des places fortes.
« On aurait peine (chap. XH) à se fàtee une juste idée de la puissance de oes instruments es guenre pour lancer dos piams et des lèches. Vespasten , par exemple, eu amit dis*
AXUÉBS BOMAINÏS. 76
posé cent soixante à la fois contre les murs de Jotapat. Les pierres qu'elles jetaient (chap. 46 et 47) abattaient les créneaux et faisaient des ouvertures aux angles des ferais. On pourra juger de leurs efforts par ce qui nous arriva dans la nuit du 49 juin (4) : Time de ces pierres enleva à trois stades de distance ( à 4800 pieds) l'un de ceux qui oombattaient de dessus le mur à côté de moi; et une autre, ayant traversé le corps d'une femme, emporta à un demi-stade < à 300 pieds) l'enfant dont eHe était grosse. — Disons encore que le bruit des machines qui lançaient des dards était épouvantable.
« Or, *près tontes ces machines de guerre , on voyait s'avancer, en un seul corps , les généraux , les cbefe de cohortes , les éparques et les khiliarques de brigades, accompagnés également d'une élite de soldats. A leur suite apparaissaient les enseignes des légions : elles entouraient i'aigie, oe puissant roi des airs qui règne sur la légion tout entière, symbole de la souveraineté de Rome tot gage de ses victoires. Après ces objets sacrés venaient les clairons et les trompettes $ —et enfin, le grand corps de bataille, marchant sur six hommes de front, avec des officiers ordonnés pour faire garder le rang et pour maintenir la discipline. »
Quant à cette discipline si renommée qui faisait la force des Romains, écoutes encore, chers enfants, le générai Josèphe :
« Si l'cm considère, nous dit-il (c'est dans son chapitre VI), le gouvernement de leurs armées, s'étonnera-Uoo qu'ils aient l'empire du monde t Certes, Ms le doivent à leurs efforts bien {dus qu'à la fortune. Ils n'attendent pas, pour s'occuper de la guerre, que la guerre les y oontraîgne : ils s'y exercent oominaellemeut ; jamais ils ne cessent le maniement de leurs
44 Oh** X»H et ML
76 LEÇON XXIX. — DAN. vu, 7, 49, 23.
amies ; ils en sont aussi inséparables que s'ils étaient nés les portant en leurs mains; vous prendriez même leurs jeux pour des batailles. Jamais ils ne rompent leur ordre; jamais la peur ne leur fait perdre le jugement ; jamais la lassitude ne les abat. Et comme ils ne trouvent point d'ennemis en qui tant de qualités se rencontrent à la fois , ils demeurent toujours victorieux. — En quelque lieu qu'ils portent la guerre, ils ne livrent point de combat qu'ils n'aient construit leur camp ; et ce camp, ils ne le font point à la légère , mais avec des formes régulières et de très grands travaux. Us mènent toujours avec eux un grand nombre de forgerons et d'autres artisans pour ne manquer de rien de ce qui est nécessaire à la fortification. Le dedans est distribué en quartiers, et vous prendriez la face du dehors pour les murs d'une ville , car ils y dressent des tours de distance en distance; ils posent , dans les intervalles, des machines de guerre propres à lancer des pierres et des traits, et ils environnent, quand il le faut , le camp tout entier d'un fossé de quatre coudées de hauteur et d'autant de largeur. Vous y voyez quatre grandes portes et des rues; au milieu, les logements des chefs , un prétoire construit en la forme des temples de leurs dieux , un marché, des boutiques d'artisans et des tribunaux où les principaux officiers rendent la justice. — Vous diriez que ce camp est une ville née en un moment, tant ils y emploient de science et de travail. — Ils mangent tous ensemble ; le son de la trompette leur fait connaître quand il faut dormir, s'éveiller, entrer en garde. Le matin, les soldats vont saluer leur capitaine ; les capitaines, à leur tour, vont saluer leurs tribuns ; et tribuns et capitaines vont ensuite tous ensemble saluer leur général en chef. Au premier son de la trompette, ils plient leurs tentes ; au second , ils chargent le bagage ; au troisième , ils partent comme on ferait en une
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course de chevaux, et ils mettent le feu dans leur camp ; puis , quand la troisième trompette a sonné, tout marche ; et alors un hérault , qui se tient au côté droit du général , leur demande par trois fois s'ils sont prêts à combattre - et tous les entendez répondre , les mains élevées , avec de grands cris et des voix d'allégresse.
« Les fantassins, armés de casques et.de cuirasses, portent deux épées : l'une à droite, très grande, et l'autre à gauche beaucoup plus courte et longue seulement d'une palme. Les fantassins d'élite, qui sont placés près du général, ont la lance et l'écu ; tandis que les autres soldats de la légion , armés de javelots et de longs boucliers , portent d'ailleurs tous une scie, une hotte , une serpe , une hache, une longe de cuir, mue faux ou un pic et une chaîne, avec des vivres pour trois jours ; en sorte qu'ils ne sont guère moins chargés que les chevaux. »
Je saute à regret ce qu'il dit de la cavalerie; mais écoutez encore.
« De continuels exercices militaires affermissent leur âme aussi bien que leur corps. La crainte des châtiments les attache à leurs moindres devoirs; leurs lois punissent de mort les plus faibles négligences. Cette merveilleuse obéissance fait que rien n'est si beau dans la paix , ni si redou* table dans la guerre , qu'une armée romaine. — Faudra-t-il donc s'étonner qu'un tel peuple ait fait de telles conquêtes ; et que ce superbe empire n'ait de bornes que l'Euphrate à l'orient , la grande mer au couchant, les déserts de l'Afrique au sud , le Danube et le Rhin vers le septentrion; puisqu'on peut dire sans flatterie , quelque grande que soit l'étendue de tant de royaumes et de provinces, que le cœur de ce peuple, maître du monde, est plus grand encore? »
Oui , Josèphe l'a bien dit , grand était le cœur de cette bête
It leçon xnx. — DAIt. fil, 7, 49, S3.
féroce , et tel qu'il la lui fallait pour ses longue* dents de» fefr et pour ses ongles d'airain ; mais grand aussi peut* le meurtre et pour les œuvres de la haine , comme nous Talions dire tout à l'heure (car ce set* notre troisième trait) ; grand p&t Fégoïsme, par te mépris des autres , par la soif du stfitg , pat le génie de la destruction; grand, en un mot, de cette grandeur qui se trouve encore en Satan et dans les anges rebelles. — Je passe au s&ond trait.
La quatrième èête, est-il écrit an verset 23, éWa ttH qttdtrième royawne..., lequel dévorer* toute la teh*.
Q faut ici , mes chefs enfants, puisque j'en suis à des Citations de Josèphe, que je vous lise encore, au chapitre XXVFH de son déffirième litre , un discours que son intime ami , te roi Agrippa , fit aux Juif!s , pour les détourner d'entrer en guerre contre ce petople , maître de Fuinvers. Vous y verrez en raccourci un tableau de là puissance des Romains, et comme un commentaire de cette parole de Daniel : Ce royaume dévorera toute la terre.
C'était à Jérusalem, dans la place du Xyste, dix ans seulement après que oe malheureux prince, avec sa sœur Bérénice, eut entendu l'apôtre Paul devant Ftestus et se fut écrié avec tant de légèreté : * O Paul, tu me persuades presque d'être chrétien f» — La multitude dès Juife, à sa demande, s'était réunie dans te grande place , qui communiquait par un pont avec la montagne du temple, et qui s'étendait dans la ville haute au pied de la magnifique demeure des roiî* A* monéens. —• Pendant qu'il ïeuf parlait, stf soeur, la rdne Bérénice, alors âgée de près de trente-huit ans, mais réputée encore, pour son malheur, la plus beHe femme de son temps, assistait à cette scène , d'un balcon du palais; — Voie» donc quelque partie de son disconts (je l'abrège en le lisant, et j'en corrige quelquefois la varston d'après le greoy :
MBCDVft» It'Aftftlf**. tf
• O Juife, que petsoan* n* ro'mtormtïlpe ail mf éfttend dite de» dtoees qtri lui déplaisent. Iibw* ft cteux qui retttetrt 1» révolte de démente* dans leurs sentbnehfe après que j'aurai parlé ; mais qu'au moins je puisse être eàtendu r...
* Quand Pompée envahit la Judée (il y a ceflt trente et un ans) , c'était alors qu'il fallait tout faire pour résiste* aux Romains. Mais si nos ancêtres, plus riches et plus puissants que tous, ne purent repousser une faible partie de leurs armées, sur quoi vous fonderiez-vous pour espérer soutenir tout Peffbrt d'un si grand et si redoutable empire?
« Les généreux Athéniens qui, pour défendre la liberté de la Grèce, n'appréhendèrent pas de voir leurs villes en cendres, leur obéissent maintenant et voient leur république, jadis la reine de la Grèce, recevoir les ordres qui lui viennent d'Italie. — Les Lacédémoniens, qui gagnèrent tant de batailles, reconnaissent également les Romains pour leurs maîtres. — Les Macédoniens mômes, qui ne peuvent oublier les exploits de leur grand Alexandre et qui s'étaient promis l'empire du monde entier, consentent cependant à fléchir les genoux devant ces hommes invincibles. — Tant d'autres nations, qui ne croyaient pas possible qu'on leur ravît la liberté, ont également reçu le joug de ces dominateurs de toute la terre. — Et vous, vous prétendriez être les seuls qui ne se soumissent pas à ceux à qui tout est soumis !...
« Que dirai-je des cinq cents villes de l'Asie ? N'obéissentelles pas sans garnison à un seul proconsul , et ne se prosternent-eïïes pas toutes devant les faisceaux consulaires?
« Que dirai-je encore des peuples de la Colchide, du Bosphore, du Pont, du Caucase, du Palus Méotide, qui, n'ayant jamais eu de maîtres, pas même de leur nation, n'osent penser fi se soulever contre Rome, bien qu'ils n'aient maintenant pour toute garnison que trois mille soldats?
£t LEÇON XXIX. — DAN» VII. 7, 49, 23.
« Et encore, ces mêmes Romains ne se sont-ils pas rendus maîtres,, ayec quarante vaisseaux seulement, de toute une mer ( de ce vaste Pont-Euxin ), dont nul autre peuple aupavant n'osait tenter le passage ?
a Quelles raisons la Bithynie, la Cappadoce, laPamphylie, la Lydie, la Cilicie ne pourraient-elles pas alléguer en faveur de leur liberté? et néanmoins elles paient les tributs sans que les Romains aient besoin même de soldats pour les y contraindre !
« Que dirai-je de la Thrace, cette vaste contrée que ses forteresses naturelles, ses montagnes et ses glaces semblaient défendre, dont la longueur est de sept journées de chemin et la largeur de cinq, et qui cependant obéit tout entière devant deux mille soldats romains?
« Voyez encore cette Illyrie qui s'étend jusqu'au Danube et à la Dalmatie : les Romains cependant la font obéir avec deux légions seulement, qui même leur servent encore à réprimer les efforts des Daces !
« Et ces Dalmates qui, tant de fois et récemment encore, ont pris avec de grandes forces les armes pour leur liberté, n'obéissent-ils pas aujourd'hui paisiblement à une seule légion romaine ?
« Qui, plus que les Gaules, aurait des raisons de révolte? les Gaules qui, défendues à l'orient par les Alpes, au nord par le Rhin, au midi par les Pyrénées, à l'ouest par l'Océan, comptent dans leur sein trois cent cinq peuples divers? Cependant vous les voyez tributaires des Romains ! On ne peut pas douter de leur courage, puisqu'elles ont combattu quatrevingts ans pour leur liberté; et toutefois elles obéissent à douze cents hommes de cette nation romaine aujourd'hui la maîtresse du mpnde, tandis que ce .nombre de soldats égale à peine celui de leurs cités ! »
DlSCOlîftS D AGRIPPA. 84
« Qu'a pu servir aux Espagnols d'avoir des mines d'or? aux Lusitaniens (peuples du Portugal), et aux belliqueux Gantabres (peuples de la Biscaie) , d'être si loin de Rome sur le* bord de l'Océan? Ces conquérants incomparables n'ont-ils pas porté leurs armes au delà des colonnes d'Hercule et franchi , comme à travers les nues; les monts pyrénéens ? Et cependant une seule de leurs légions suffit aujourd'hui pour maintenir sous le joug , à de si grandes distances , des nations si martiales !
a Et qui de vous encore n'a pas entendu parler du grand nombre des Germains (des Allemands)? — Pouvez -vous n'avoir pas souvent remarqué la grandeur de leur taille et leur force extraordinaire , puisqu'il n'y a pas de lieu dans le monde où les Romains n'aient des esclaves de cette puissante nation? Et cependant, quelle que soit l'étendue de leur pays, leur fermeté d'âme et la grandeur de leur courage qui dépasse encore celle de leur stature; quoiqu'ils méprisent la mort et qu'une fois irrités ils l'emportent en fureur sur les bêtes les plus farouches, ils ont aujourd'hui le Rhin pour frontières ; huit légions les assujettissent; et ce n'est que dans la fuite qu'ils cherchent leur sûreté contre Rome.
« Que si vous mettez votre confiance en la force de vos murailles, considérez ce que c'était pour la Grande-Bretagne que d'être entièrement environnée de mers...; cependant, malgré les vents et les vagues, les Romains aussi l'ont domptée , et quatre légions suffisent pour maintenir dans l'obéissance une île qui pourrait passer pour un monde ! (1)
« Que dirai-je des Parthes, cette nation si puissante, qui donne aujourd'hui des otages à Rome et lui envoie , sous prétexte de paix , mais en gage de soumission, la fleur de sa
(1) Voyez note «.
noblesse ? — Et de ces Carthaginois, qui, malgré leur Annibal, sont cependant tombés aussi sous les coups des Romains? — Et de cette Afrique, cette troisième partie du monde, qui, s étendant de la mer Rouge à la mer Atlantique , comprend avec l'Ethiopie un si grand nombre de nations ? — Outre la quantité de blé que fournit cette vaste contrée, pour nourrir chaque année pendant huit mois les citoyens de Rome, elle paie encore des tributs et porte sans murmurer beaucoup d'autres fardeaux très lourds, tandis qu'une légion suffit pour la tenir dans l'obéissance !
« Mais pourquoi chercher des exemple* ai loin ? Cette. Egypte dont vous êtes si proches, qui contient 750 myriades d'habitants , sans compter ceux d'Alexandrie , et qui s'étend des riches contrées des Arabes jusqu'à la lointaine Ethiopie, ne vous fera-t-elle pas assez connaître l'extrême force du peuple romain , lorsque vous la voyez si fid&ement soumise; à lui payer un tribut qui doit être immense , puisqu'il se compte par tête ? Et cependant , queUe tentaikw n'aurait pas à la révolte eet antique royaume dans «on Alexandrie sî peuplée, si riche, si vaste, longue de trente stades et hurgç de plus de dix ? ~~ Cette ville paie plus aux Romains en un mois que mous en douie ; outre qu'elle leur fournit annuellement tout le blé nécessaire pour aourrir pendant quatfl? mois la populace de Rome, fit pourtant , wyan sa force : çç désert infranchissable , cette mer sans prots , ces bras d'un grand fleuve, ces marais tremblants qui l'environnent ! Deux légions romaines, cependant, en garnison dans cette vi|Je« suffisent pour tenir en bride cette profonde Egypte et toute cette noblesse macédonienne qui l'avait conquise et qui en fut trois cents ans la maîtresse ! »
Ainsi parlait Agrippa , chers enfants , Agrippa le contemporain de saint Paul et l'ami du général Josephe. — Ainsi ?
DRNYS D HALICARNAS8B. 83
sans y penser, ce roi juif donnait-il dans Jérusalem, 620 ans après Daniel , le commentaire exact de cette parole de Daniel : La quatrième bête sera un quatrième royaume sur la terre, lequel.., dévorera toute la terre. Et tandis qu'il parlait dans le Xyste, l'élégante Bérénice, sur son balcon, versait d'abondantes larmes.
Au reste , tous les anciens historiens ont parlé comme Agrippa et comme Daniel : Rome , à les entendre tous , a a dévoré toute la terre.*
« La grande monarchie des Grecs, » écrivait par exemple, dans Q0in£, sept ans avant 1a naissance de Jésus-Christ, le fameux frstçrien païen, Denys d'Halicarnasse , (c'est à la deuxième page de ses Antiquités Romaines), « la grande monarchie de§ Grecs macédoniens, toute vaste qu'elle fut, s'arrêtait à la mer Adriatique ; mais la république de Rome commande à toute ]a terre (<Mra?« y* ), aussi loin du moins que la terre est habitable; car cette république est maltresse de tputes les mers, et non seulement de celles qui sont en û>ça des cojonnes d'Hercule, mais encore de l'Océan, partout où il est possible 4'y naviguer. 4 — Ainsi parle cet historien.-* a De toutes les nations dont la mémoire est venue jusqu'à nous, ajoute-t-il , Rome est la seule qui ait porté ses limites jusqu'aux extrémités de l'Orient et du Couchant, »
Vous l'entendez , on croit lire Daniel; et tel est le témoignage unanime des anciens historiens : ils parlent de l'empire des Romains comme ici notre prophète : * Il a dévoré toute la terre } » nous disent-ils. « Le quatrième royaume dévorerfi toute la terre, » nous dit Daniel , dans le verset 23 de notre leçon.
Aussi, chers enfants , n'est-il pas une région de l'ancien monde où cette béte n'ait imprimé la marque de ses pieds puissants et de ses ongles d'airain. — Vous en retrouveriez
partout les vestiges, depuis le mont Atlas en Algérie, jusqu'au Northumberland en Angleterre; depuis le Portugal jusqu'au bord de l'Euphrate. — La langue même qui se parle dans nos rues , comme celle que vous entendriez dans Lisbonne, n'est-elle pas encore un monument des Romains? Car nous parlions tous ici le celtique , quand Jules-César vint occuper Genève ; mais il a bien fallu que, dans notre cité comme ailleurs , le latin de ces maîtres du monde , ou du moins toutes nos langues issues de leur latin , vinssent en prendre la place.
Partout, dis-je, dans l'ancien monde, vous pourriez voir encore que Rome et sa puissance ont passé par là. Partout des acqueducs, des ponts, des murailles, des chaussées, des médailles, des tombeaux, des pierres milliaires, des colonnes impériales , des inscriptions votives à leurs dieux et à leurs demi-dieux , rappellent aux nations leurs anciens maîtres : aux Français en Algérie, jusqu'au pied de l'Atlas ; aux Anglais , jusqu'au bord de la Tyne ; aux Nubiens , dans leurs montagnes, jusqu'aux cataractes du Nil; et si vous vouliez vous promener un jour avec moi dans notre cité , mes chers enfants, je pourrais vous montrer partout des débris de leurs monuments, dans nœ anciennes rues, dans nos temples, dans nos collèges, dans notre hôtel-de-ville et sur les murs de nos remparts.
J'aurais pu vous faire lire, par exemple, il n'y a pas longtemps, près de la Corraterie, la pierre tumulaire d'un grand personnage envoyé par eux pour nous gouverner, Titus Julius Yalérianus,de la tribu Cornélia, tribun militaire de la sixième légion , dite la victorieuse; — au bas de la cité, sur les murs de l'ancienne monnaie ? la pierre de Caius Valérius, mestre de camp de la deuxième légion , mort parmi nous à l'âge de soixante ans et deux mois; — à la rue des Chanoines.
MONUMENTS DBS ROMAINS. 85
celle de Décimus Lucius Capito, aussi mestre de camp; et celle de Lucius Julius Brocchus, augure, pontife et décem-* vir à Genève, en même temps qu'il était tribun de la huitième légion, dite d'Auguste ; — sur cette arcade du Bourgde-Four qu'on vient de démolir , celle du tribun de la vingtdeuxième légion, dite adjutrice; et tant d'autres encore. — Mais je pense qu'au milieu de toutes ces ruines laissées chez nous par ces maîtres du monde, vous vous arrêteriez surtout, mes jeunes amies, à la muraille de saint Gervais, vers la pierre sépulcrale de l'aimable enfant de Papiria Polcra, qu'on nous avait amenée de Rome à la suite de son illustre père , Papirius Probus, et qui, morte dans nos murs à l'âge de neuf ans et deux mois, y fut cause de tant de larmes. Cette petite fille était expirée à Genève dans les bras de son père , tribun de la treizième légion , et d'iElia iEliana sa mère. Ils l'avaient beaucoup pleurée, nous dit -on sur son tombeau; et4 l'on ajoute qu'à ses funérailles elle avait été accompagnée (magna frequentiâ) en un grand concours , par la treizième légion. Vous figurez-vous ce convoi funèbre partant, il y a 1700 ans, de la tour de la Treille , où était la forteresse des Romains *. puis descendant la Cité , deux à deux , casque en tête , cuirasse de fer sur la poitrine, deux épées au côté , tous en silence et dans le deuil, à la suite du colonel Papirius, et d'^Elia, et de ses dames? — Hélas, ainsi va le monde, et tous les temps se ressemblent ! — Vixi ut vivis, « j'ai vécu comme « tu vis , et tu mourras comme je meurs , » dit une de ces tombes romaines (engagée aussi dans la muraille de la Corraterie à cet endroit même où les Savoyards, il y a 240 ans, appliquèrent leurs échelles pour nous égorger tous) ; — sic vita truditur... « ainsi est entraînée la vie, ajoute la tombe ; c adieu passant, pense à ton affaire! (Vale, viator, et abi in rem tuaml) 0 — Eh bien, profitons, nous aussi , chers enfants,
de Tavis de ce Romain qui disait bien plus qu'il ne pensait. Oui , « allons à notre affaire , » à noÇre grande affaire ; car une seule est nécessaire ; « et que servirait-il à un hortune « de gagner le monde entier, s'il perdait son âme? »
Cependant, outre tant d'autres de ces ruines, il en est deut des plus anciennes que je n'ai jamais revues sans une sérieuse impression. — II y à quelques mois, au bas du Perron, à l'angle d'une maison décrépite de la plus humble de nos rues, se lisait encote (je ne sais où, dès lors, les démolisseurs l'ont jetée) la pierre tumulàire qui aVait refcouvert les ossements de « Cneus Âruntius Celer, » le préfet de cette cohorte des Lusitaniens que Jules-César, sans doute, nous amena de Portugal, où il avait fait la guerre trois ans avant d'arriver à Genève, c'est-à-dire six ans avant Jésus-Christ. — Hélas, cet Aruntius était venu des bords du Tàge sur ceux de notre lac, pour y suivrb la fortune de ce grand capitaine ; inaisil y finit ses jours; et sa poudre s'y est perdue dans la poudre de Genève sané y laisse^ d'autre trace que ce fragment de pierre ! Souvent, très souvent, étant bien jeune, je me suis arrêté pensif devant cette ruine et j'y ai mené mes amis. Je pensais aux destinées humaines, car j'avais connu, moi aussi, dans Genève , n'étant qu'un très jeune homme , le « préfet » de cette autre a cohorte des Lusitaniens » (je vehx dire le colonel de ce régiment portugais) que Bonaparte, comme César, nous avait envoyée en 1810. — Ce malheureux, ainsi que sa femme Dona Susa d'Acosta, et leur aimable fils Antonio qui lefe atait suivis des bords du Tage, s'en allèrent quelques mois après mourir dans les neiges die la Russie, sans y laisser même une pierre sépulcrale comme celle qu'au moins ici nous taillâmes, il y a 1902 ans, à Aruntius Celer!
Mais la béte roiiiàine , &>us son plus terrible capitaine, Caius JuliufcCaes&r, nous a laissé, te semble, un autre vestige