HORREURS DE L HISTOIRE ROMAINE
qui va bientôt le suivre ! Quel contraste, de cette bête féroce, de ce sang humain continuellement versé , de ces cris des navrés à mort, de ces sanglots des vaincus et de toutes ces extorsions dont l'empire des Latins a fatigué la terre pendant un si grand nombre de siècles, avec cette scène du ciel , cet « Ancien des jours » sur son trône de flammes, cette rivière de feu qui sort de devant lui, et tous ces anges de gloire, tous ces milliers qui le servent, tous ces dix millions de millions qui 'assistent devant lui ! Quel contraste, de cette fête éternelle des deux , avec ce qui se passe sur notre sanglante terre!
Cependant, chers enfants, ce contraste même est utile à contempler. Dieu nous y donne de grandes leçons ; et c'est pour cela que j'ai voulu vous le rendre plus sensible en vous faisant réciter, avec notre verset 7 de ce jour, les versets 9 et 10 qui le suivent de si près. — La Bible , en effet , a de très saintes raisons pour nous décrire le royaume des Latins, comme elle en a de saintes pour nous décrire le royaume des cîeux. Elle nous instruit par l'exemple des méchants comme par celui des bons ; par Gain l'homicide , comme par Abel le juste ; par l'ancien monde englouti dans un déluge, comme par l'admirable Noé délivré dans son arche ; par Ananias et Saphira mentant au Saint-Esprit, comme par Aquilas et Priscilla remplis du Saint-Esprit; par Hérode , Gaïphe et Judas Iscariot , comme par saint Jean , saint Paul et saint Etienne. — Attendez-vous donc , chers enfants, à d'utiles leçons dans ces détails mêmes, tout hideux qu'ils sont, où ma tâche de ce jour sur l'empire des Romains va m'obliger d'entrer; et ne vous étonnez pas si, encore aujourd'hui, une heure tout entière va leur être consacrée. — Tous les dogmes de notre foi sont confirmés par ces horreurs mêmes dont la longue histoire de Rome nous offre le spectacle, — Vous y voyez, d'abord
90 triton XX*. — *AN. VII, 7, », 10.
une prouvé incontestable de lu chiite de l'fidMne. Quelle preuve (te la profondeur de flotte *uîne morale, 6 mon Diett , qiie ces massacres , ces eifusions continuelles de sfcrig hu* maïft dbtit rempile des Latins épouvante le tnoftde pendent des sièdesl Pauvte Humanité, qu'es-tu dont* devenue* toi qat fus d'abotd la compagne de « ces mille milliers qui sentent ton Dieu , et de ces dix millions de mitliohs qui assistent devant lui ! tf Etais4u doftc ainsi sortie des méins de ton Gréa* tetfr aux jours dû paludfe, pour haïr ton semblable, pour le tourtaenter et pour le détruire ? Quelle preuve que la Bible ne nous dit rien de trop, quand elle te déclare morte data te* péchés, enfant du diabta, insensée, haïssant Dieu* difene d'être haîe, inventeur de taaux , Ife bouche ptane dé knaMdfoChniB$ et les pieds agiles pouf répahdre le sang (1) ! -«- Et quette preuve aussi de la nécessité pour toi d'un rédempteur et d'uA sang expiatoire ! «•** Quelle preuve encore de la nécessité d'Une régénération par le Saint-Esprit, pour que tu puisses entre* jamais dans le royaume des cieux avec ces milliers de milliers qui assistent devant Dieu ! — QueHe affreuse distattce entre Vous ! — Ces anges brûlent de charité, et tu n'es qu'égoïsme t ils sont humbles dans leur gloire , et toi hautaine dans ta honte ! Ué sont doux , et toi haineuse ; fervents d'esprit, et toi brûlante de convoitises; compatissants dans leur immortalité, et toi dure dans un corps que le tombeau réclame, que les vers vont dévorer! ils poussent des cris de joie quand un de* nôtres vient à se convertir, et toi des cris de joie quand une de tes armées revient d'un champ de carnage, avec des épées et des baïonnettes fumantes de sang humain ! fis appellent grand celui qui aime, celui qui pardonne, celui qui sauve une âme de la mort, et toi, dans ta ruine, tu appelles grands ceux qui tuent, ceux qui détruisent; grands, les Gésar, tes
(1) Rom. 1 , 29-31 ; Tite, III , 3 ; Jean , VIII , M.
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Trajan , les Attfla , parce qu'ils peUpletit de cent mille morte en un seul jbur le Sépulcre et l'éhfer, qu'ils marcheht sur des amas de cadavres et continuent l'œuvre de Satan, a rtïeuï-* trier dès le commettcerhent I » — Quelle preuvefenfin, chèrs enfants, de là réalité d'un enfer, que cette histôïte des ftonmittfe , aveé leurs incessantes gueites , leurs amphithéâtres , leurs gladiateurs et leurs combats de bêtes à dévorer des hommes ! — Supposez-vous pour toute l'étertiité avec de tels êtres : je demande si ce n'est pas l'enfer ? Otefc du môhde à venir par fa pensée , si Vmis le voulez , la géhenne que la Ëiblfe nous à dëcjite , le diable et touè ses àngfes , le vfer qui he meurt point et le feu qui ne s'éteiilt pcfint ; mais mettez-y Seulement pou* l'éternité des militons d'hommes tels que Rome nous tes montre dans ses guerres fcontiftiteltes et dans sefc joies d'anthropophages ; puis, ôtéz à ces hommes-là ces quatre craintes qui les muselaient encote sur la terre, mais qui dans ce terrible avenir ne leB retiendront plus : la crainte de l'opinion , la crainte de mourir, la crainte des tribunaux , et enfin h crainte de l'enfer ou d'un Dieu vengeur! Je vous demande si ce ne serait pas l'enfer que die passer les siècles des siècles enfermé pour jamais avec de tels êtres, toujours énergiques, toujours consommés dans le mal , toujours impérissables !— Oque Dieu nous fasèe miséricorde, chers enfants; qu'il nous délivre tous de la puissance de Satan ; qu'il nous sauve de la colère à venir; qu'il nous vivifie par sa grâce , et qu'il nous fasse pleinement rëbévoir cette parole des apôtres : ftSauvez*vous de cette génération perverse ! »
Eh bien, mes Amis, j'espère que vous VOUS rappellerez soigneusement toutes ces pensées, pendant cette heure où je vais m'ap^Bquer à vous décrire les trois derniers traits de la bête romaine. — Voici d'abord le premier, c'est son insatiable et désolante voracité.
Elk mangeait, est-il écrit. Ce mot de notre verset 7 porte un grand sens. Aussi est-il encore répété plus tard au verset 49 : elle mangeait.
Rome, en effet, a différé par ce trait de tous les plus méchants empires de ce monde; et rien de pareil ne s'est jamais vu dans l'histoire des nations. Vous étes-vous jamais figuré ce grand fait historique, un peuple tout entier se faisant nourrir six cents ans par les nations vaincues ? Certes , un trait si monstrueux, un trait si prolongé, devait être consigné dans la prophétie. Aussi l'a-t-il été : elle mangeait, est-il écrit.
Il faut que vous sachiez que , durant plus de six cgnts années, tous les peuples vaincus ont dû fournir gratuitement et régulièrement, à chaque citoyen de Rome, son pain, d'abord, c'est-à-dire son orge et son froment, mesurés par muids de 16 se tiers; puis ensuite sa viande de porc, mesurée par livres de 12 onces; puis enfin même son huile et son vin , mesurés par congés de 6 setiers. Que direz -vous, quand j'ajouterai qu'on distribuait de tout cela chaque année au peuple de Rome comme son revenu patrimonial ; que dans ce but des navires en grand nombre arrivaient constamment d'Asie , de Sicile , de Sardaigne , d'Afrique , d'Egypte , d'Espagne et de France ; que du temps de saint Paul , sous l'empereur Claude (1), dans un lustre célèbre de l'an 43, on trouva dans Rome jusqu'à 6,840,000 citoyens , sans compter les étrangers et les esclaves (Claude ayant prodigué le droit de bourgeoisie); que l'Egypte seule (2) fournissait à Rome, tous les ans, vingt millions de muids de froment , soit dix-sept cent mille hectolitres , et que l'Afrique en fournissait le double. Car il faut bien savoir que l'empire des Latins reconnaissant deux maîtres , le Sénat et le Peuple de Rome , et les empe-
(1) Voyez , fin du volume, note c. — (2) Ibid, note 6.