‹ Daniel le prophète, exposé dans une suite de lecons pour une école du dimancheChapitre 64 sur 198 · ATTILA · texte numérisé non relu

ATTILA

qu'enfin il prit d'assaut, pour y tuer toute Ame vivante, la puissante Aquilée, où s'était enfermée et où Ton vit périr l'élite des années de Rome. — Que serait-il avenu de cette Baby* lone elle-même, l'objet de ses plus ardentes convoitises, si Ton ne se fût hâté d'arrêter sa marche en répandant à ses pieds d'immenses trésors, et en lui promettant pour femme Honoria, la sœur de l'Empereur, comme on promit, treize siècles plus tard , à Napoléon sa Marie -Louise? — Alors cet homme terrible repassa le Danube, mais ce fut en parlant toujours de Rome à ses Huns et en leur promettant d'y re* venir. C'en était donc fait certainement et de cette capitale et de tout l'Empire; si Dieu n'eût enfin, Tannée suivante, arrêté par la mort cet ange de la mort.

Un matin, c'était le lendemain d'un festin de noces, ses gens entrent dans sa tente et le trouvent mort dans son lit ; homme de sang, il vomissait du sang, il nageait dans son propre sang! On l'enferma dans un cercueil d'or, et celui-ci dans un cercueil d'argent, et tpus les deux dans un cercueil de fer; puis on eut soin, pour cacher son sépulcre, d'égorger tous les hommes qui l'avaient mis en terre (1), Son immense empire, comme celui de Bonaparte, disparut après lui; et il ne resta de ce conquérant et de son passage dans la Germa* nie, la Pologne, laScytbie, l'Italie et la France, que les ruines dont il avait partout jonché la terre, et que le retentissement sinistre d'un nom devenu pour jamais le symbole de la dévastation.

Toutefois, malgré tous ces ravages et les sept rois que j'ai déjà nommés, la puissance de Rome ne devait recevoir son coup de mort que vingt ans après Attila. Une nouvelle plaie plus humiliante et plus fatale lui devait être faite par la huitième corne. Ecoutez, la voici : c'est en 476.

(1) Note f.

Entendez-vous cette trompette? c'est celle des Hénles; elle va sonner bientôt sous les portiques du Gapitole; et dès lors tout pouvoir civil sera pour jamais ôté à cette cité maltresse.

Les Héruies, qui étaient descendus de la Scandinavie, et qui avaient suivi longtemps les drapeaux d'Attila, nous sont décrits par les historiens comme rapides à la course et dressés plus que les autres aux combats d'avant-garde. Les vieillards, chez eux, se faisaient brûler parleurs proches parents, dès que l'âge leur rendait impossible la vie des batailles; et les veuves s'étranglaient Sur la tombe de leur mari. — Voyez ce peuple conquérant : Odoacre est à sa tête; les nobles de Rome, mécontents de leur empereur, l'ont eux-mêmes invité à venir les délivrer d'un tyran détesté; il part des bords du Danube où il avait établi déjà un royaume puissant ; il traverse les Alpes, taille en pièces l'armée impériale, la poursuit jusqu'à Pavie, prend d'assaut cette importante cité, s'y fait saluer roi d'Italie, s'empare de Ravenne, et marche aussitôt sur Rome. Ses Héruies, naguère couverts de peaux de bêtes, mais déjà magnifiquement vêtus , se présentent à la porte Plaminienne ; tous les Romains sortent au-devant de lui pour lui présenter les clefs de la ville éternelle; leur empereur se dépouille publiquement de la pourpre, et leur sénat, enfin, le proclame roi de Rome et d'Italie !

La voilà donc, cette cité superbe, après J229 ans de règne, dépossédée pour jamais de sa souveraineté ! voilà l'antique empire des Romains qui semble à son terme; voilà du moins « le soleil » de ce pouvoir impérial qui avait si longtemps resplendi sur les trois parties de l'ancien monde, « éteint et « couvert de ténèbres (1) dans le tiers de son orbite (pour

(1) Apoc. VIII, 12.

ijbs uéauus. 469

« parler avec saint Jean). » Et voilà le nouveau pouvoir royal des Teutons qui va seul briller à sa place sur tout le territoire des Latins!

Quand arriva pour Rome ce grand événement, il y avait 540 ans que cet empire, en mettant son pied sur Jérusalem, était devenu la quatrième des quatre monarchies et l'oppresseur du peuple de Dieu.

Ainsi s'accomplissaient les conseils du Tout-Puissant.

Mais il nous faut hâter l'histoire de nos dix rois.

— Combien en avons-nous déjà?

— Nous n'en avons que huit, parce qu'on ne compte pas les Huns.

— Très bien ! Il en reste donc encore deux; et vous allez voir ici deux choses : premièrement, comment la place des trois damiers était en Italie ; et secondement (mais plus tard) , comment ce furent précisément ces trois derniers qui durent être arrachés de devant la petite corne.

— Quand Odoacre et ses Hérules furent devenus les maîtres de l'Italie, on put croire qu'enfin des jours plus calmes allaient luire sur cette terre arrosée de tant de sang; car Odoacre était un grand homme et gouvernait avec sagesse. Mais non! il fallût qu'il disparût à son tour, après seize ans de règne, devant un roi plus grand encore que lui , comme ses Hérules , devant d'autres Goths plus vaillants ou du moins plus heureux. —Je veux parler de Théodoric et de ses Ostrogoths. Ecoutez !

Alors âgé de trente-trois ans, Théodoric était roi des Ostrogoths (ou Goths orientaux). 0 s'était formé de bonne heure à l'art de commander , parce que le roi son père l'avait envoyé dès l'âge de huit ans à la cour de Gonstantinople , après avoir obtenu des empereurs que ses Ostrogoths s'établissent au midi du Danube, sur les terres romaines. A l'âge

170 LEÇON XXXIII. — DâS. VII, 49. 20.

de dix-sept ans, Théodoric, succédant à son père, avait tenu le sceptre de ses Goths ;. et tout en demeurant leur roi , 3 avait enfin été nommé consul romain et capitaine général de la garde impériale.

En 488, l'empereur de Constantinople, qui haïssait Odoaere et ses Hérules, invita Théodoric à se mettre à la tête de son peuple, pour aller renverser le nouveau trône d'Italie. Aussitôt, oe jeune prince, embrassant ce projet avec ardeur, lève en masse toute la race des Ostrogoths. — Ce ne sont pas seulement les hommes qui se mettent en roule : les femmes, les vieillards, les enfants, les esclaves , les troupeaux, tous partent à la fois ; on traverse les Alpes , on fond sur l'Italie ; et enfin, après quatre ans de lutte, le malheureux Odoaere, malgré son héroïsme, vaincu, trahi et assassiné, laisse la places son rival. — Ainsi, les rois ostrogoths.. maîtres à leur tour de Havenne et de Rome, vont tenir pour soixante-quinze ans le sceptre de l'Italie. — C'était la neuvième corne.

Ge Théodoric, quelles qu'aient été ses premières perfidies, fut, comme Odoaere, un grand roi ! Il siégeait dans Ravenne et régnait sur l'IUyrie, l'Autriche et le midi de la France, comme sur l'Italie et sur ses Goths; en sorte que l'on put croire un moment que ce puissant monarque reprendrait à lui seul le sceptre de l'Occident.

Cependant, mes amis, en cette môme année où Théodoric faisait assassiner dans un banquet son malheureux rival, je veux dire en 493, il se passait dans notre cité de Genève une scène bien différente , qui devait puissamment influer sur l'avenir de nos voisins les Français, et dont je me crois obligé de vous dire quelques mots.

C'était une jeune et belle Allemande, de la race des Dur* gundes, qui avait nom Clotilde, et qui vivait dans nos murs avec sa jeune soeur. Filles du dernier roi Chilpéric, que Gon*

CLOTIU» BT GLOVIS. 474

debaud, son frère, avait fait mourir, elles étaient gardées par leur oncle en un couvent tout proche de son palais, c'est-àdire (vous le savez) tout proche de la porte du Bourg-de-Four. Mais tel était, disent les légendaires, le renom des mérites et des charmes dont Clotilde était parée , que Glovis , allemand comme elle, et rot des Francs, la désira pour femme. D'autres assurent que ce prince brutal et sanguinaire était encore plus attiré par l'héritage de Clotilde qoe par toutes ses vertus. Quoi qu'il en soit , il envoya secrètement à Genève Auréhen , l'un de ses généraux , qui , se cachant sous les habits d'un moine , arriva chex nous un dimanche, à l'heure où les deux jennes filles , devant la porte du couvent , distribuaient des aumônes aux indigents de la cité. «Entre, pauvre étranger, lui dit Clotilde, et viens , qu'on te lave les pieds ! % Mais le (aux moine , pendant qu'elle lui rend elle-même ces soins respectueux, lui prend sa blanche main, et lui glissant au doigt l'anneau royal, lui déclare aussitôt le but de sa mission. Clotilde, transportée de joie (disent les légendaires), remit à son tour au moine sa propre bague pour le roi des Français; et celui-ci, dès qu'il eut reçu le message d'Aurélien, se bâta de la faire demander en mariage à l'oncle Gondebaud , qui n'osa la lui refuser et qui la fit partir de Genève sur un chariot attelé de quatre bœufs. — Mais voici que bientôt, se ravisant , il envoie à sa poursuite des cavaliers pour la retenir ; et qu'alors la jeune fille , déjà très déterminée., se jette sur un cheval, galoppe et s'enfuit jusqu'à Soissons. — Cette histoire, quelque belle que les historiens du pape nous l'aient voulu faite , n'est pas édifiante ; car le mari que se donnait Clotilde était païen. On nous dit bien qu'elle fit tous ses efforts pour l'engager à recevoir le baptême et qu'il y consentit; mais c'était pour l'Église de Jésus-Christ une triste acquisition , que ce roi des Français : toute sa vie, comme nous le

dit Sismondi , n'ayant été dès lors qu'âne suite de lâches perfidies et de cruels assassinats. Cependant, il faut dire aussi que les chrétiens des villes romaines ne valaient guère mieax alors, et que le baptême de Glovis eut de vastes conséquences pour l'avenir de tout son peuple. Quant h notre ClotiWe , chers enfants, les papes l'ont canonisée; en d'autres termes, ils en ont fait une sainte , qu'ils font invoquer au pauvre peuple , et dont ils célèbrent chaque année la fête idolâtre , au troisième jour de juin.

Voilà donc neuf de nos cornes ; il ne nous en reste donc plus à nommer qu'une seule, les Lombards.

Si les Yisigoths , arrivés les premiers sur le territoire de l'Empire , avaient fait l' avant-garde de la grande année des Barbares, les Lombards devaient fermer la marche. Et certes, ils en étaient dignes. On met volontiers à l'amère-garde les plus redoutables de ses soldats, pour contenir tous les autres corps à leur place et pour effrayer ses ennemis. — Les Lombards descendaient (comme les Gépides , auxquels ils furent quelque temps assujétis) des froides régions de la Scandinavie. Ils avaient porté d'abord la dévastation dans presque toutes les contrées de la Pologne et de la Germanie , sous leur roi Gudehoc, pendant les jours d'Odoacre ; mais ce ne fut qu'en 526 qu'ils passèrent une première fois le Danube , et qu'ils s'établirent en Pannonie sur les terres de l'Empire. On les appelait Longobardi , à cause de leurs longues hallebardes , dit-on. Ils portaient des habits flottants et des bottines lacées; ils se rasaient la tête par derrière, tandis que leurs longs cheveux fauves, séparés par devant et flottant des deux côtés de leur visage barbu, ajoutaient à l'effroi de leur aspect. Leur langue était allemande , comme celle de tous les Goths. — En 553, Alboin , leur roi, ayant vaincu les Gépides et tué de sa propre main Cunimond leur roi , lui coupa

US LOHBA1DS. 473

la tète , la fit décharner ; et la donnant à d'habiles orfèvues pour l'enrichir de cercles d'or, il en fit la coupe de ses -festins. — Elle s'est longtemps conservée après lui , sous le nom de « Sohala , » à la cour des rois Lombards , qui la faisaient mettre sur leur table royale dans les grands jours de fête, pour y boire du meilleur vin.

L'an 568, au mois d'avril, Alboin, abandonnant à d'autres les plaines de la Pannonie qu'il avait occupées quarantedeux ans, traversa les Alpes avec toutes les femmes, tous les enfants et tous les trésors de son peuple, et descendant avec fureur sur la haute Italie , en fit une rapide conquête , et lui donna le nom de Lombardie qu'elle porte encore. Ses soldats à Milan, l'avaient élevé sur un bouclier et l'avaient proclamé roi d'Italie avec des cris de triomphe. — Alboin , comme Odoacre et Théodoric, sut régner avec grandeur;

Voilà donc enfin nos dix rois. Us arrivent en 406; leur marche dure phis d'un siècle; et ils ne sont au complet qu'en 526 (ou 568) . Ce sera donc depuis cette époque seulement, qu'il faudra chercher la manifestation de la petite corne.

Maintenant , chers enfants , je remets ici devant vos yeux notre carte des dix cornes , telle que je vous la fis étudier il y a quinze jours ; car j'ai fort à cœur que leur distribution dans le territoire d'Occident vous devienne facile et familière. — Je l'ai faite cette carte, vous le savez , telle à peu près que LasCases l'avait composée à Sainte-Hélène sous les yeux de Bonaparte , lorsqu'il voulait lui rendre plus sensible la marche et l'établissement des barbares dans ce vaste empire des Latins, qu'il avait lui-même conquis et gouverné.

Que l'un de vous donc nous énumère encore une fois les dix cornes, mais par leurs contrées respectives. — J'en ai dû placer trois en Italie , une en Autriche , deux en France,

H* LEÇON XXXIB. *~ DAM. VB, 49, *0.

une en Afrique et trois en Espagne. — Et d'abord , quelles en France ?

— Deux : celle des Bourguignons et celle des Francs.

— Bien ; mais c'est aussi de France que les Visîgoths, qui s'y étaient d'abord établis, partirent pour se rendre en Espagne. — Et maintenant, quelles en Espagne ?

— En Espagne , trois : celles des Yisigoths , des Alains et des Suèves.

— Oui en 400; mais sans oompter les Vandales, qui d'Espagne passèrent en Afrique en 429» — Et maintenant, quelles en Afrique ?

— En Afrique, celle des Vandales, auxquels s'unirent beaucoup d' Alains.

— Quelles en Autriche ?

— Une aussi, ceUedesGépides,àSinnitoai, sousAdaric tour roi.

— Bien ; c'est aussi de là que vinrent phis tard en Italie et les Ostrogoths et le& Lombards. — Mais quelles en Italie?

— En Italie, trois : celle des Hernies, celle des Ostrogoths et celle des Lombards.

— Oui, les Hérules en 476 , les Ostrogoths en 492 , et les Lombards en 368. — Ainsi donc se complétait, dans ce tumulte des nations, le collège sanglant des dix rois qu'avait contemplés Daniel , de son ht à Babylooe , 1433 ans auparavant. Ainsi se consommaient les jugement* du Seigneur, au sein de la plus grande révolution que te monde ait subie depuis les jours du déluge universel. Ainsi Dieu, rassemUant les nations de la terre depuis la Chine jusqu'au Rhin , pour les verser à la fois sur les coupables églises des Latins,, faisait* il arriver en leur temps préeis ces dix peuples barbares auxquels dix parts étaient assignées dans les décrets de. sa. prophète. Et cependant, chose admirable! dans ce partage

LE PLAX BB *IKJ. 475

sanglant, cet empire même des Latins, au lieu de finir; allait se continuer sous une forme nouvelle , pour former toujours un seul corps dont Rome ne devait point cesser d'être la tête , comme nous serons appelés à le montrer bientôt.

Admirez donc ici , chers enfants , cette unité puissante avec laquelle Dieu fait marcher les événements d'un mette siècle vers le terme qu'il a choisi. Quel spectacle imposai* que celui de tous ces barbares qui se précipitent de l'Orient et du Nord en légions innombrables , traversant la Baltique sur leurs nacelles , débouchant de leurs forêts sur leurs chevaux sauvages, passant les fleuves sur la glace ; et tout cela, pour venir accomplir dans l'empire de Rome la prophétie de Daniel ! et tout cela , avec l'ensemble et l'unité d'une grande année qui aurait un même chef, et qui par de savantes manœuvres s'avancerait à la conquête d'un empire vainqueur de tous les autres ! N'est-ce pas, chers enfants, que ce spectacle vous donne une idée sublime et consolante de la souveraineté du Roi des rois ? N'est-ce pas qu'il vous démontre que ce Dieu des prophéties mène les milliers des nations sur la terre, comme il mèqe les milliers des mondes dans l'immensité des cieux? — Oui, alors même que vingt tempêtes les soulèvent , et qu'elles pensent n'obéir qu'à leurs instincts féroces, il leur fait entendre, sans qu'elles la reconnaissent , sa voix dans leurs orages ; elles la suivent sans le savoir, et c'est ainsi que du sein de la mêlée de tous ces peuples barbares, il va faire arriver en leur temps et s'asseoir en leur place , chacun sur un trône distinct , les dix rois qu'il a fait voir à Daniel plus de mille ans auparavant ! Car il les a mis à part pour consommer les destinées de la quatrième monarchie, pour verser dans les veines malsaines de ce grand corps un sang plus généreux, pour ouvrir les chemins

476 LEÇON XXXIIL — DAN. vu, 49, 20.

à l'Homme de péché, et pour préparer enfin les triomphes de Jésus-Christ.

Vous les représentea-vous arrivant aux frontières de l'Em» pire, tous ces Goths, tous ces Vandales, tous ces Biugundes, tous ces Suèves, oes Alains, ces Hérules, ces Gépides, tous avec leurs hautes statures, leurs larges épaules, leurs longs cheveux jaunes ou rouges, cordonnés en larges nattes qui leur couvrent les oreilles et qui flottent par derrière ; tous parlant en divers dialectes cette belle langue des Allemands, aux aspirations militaires et aux âpres accents? Vous les représentez-vous avec leurs peaux de mouton ou leurs casaques vertes, leurs bras et leurs jambes nues , leurs bottines de crin, leurs grands boucliers, leurs longues lances, et surtout ces terribles haches d'armes à double tranchant auxquelles les boucliers romains ne pouvaient résista: ? — C'est Sidonius qui les dépeint ainsi dans une de ses lettres, ce Sidonius dont je vous ai parlé (4) . — « Ils sont, dit-il, chaussés de bottines de crin de cheval jusqu'à la hauteur des chevilles ; leurs genoux, leurs cuisses et leurs jambes sont nus, aussi bien que leurs bras ; leurs vêtements sont de diverses couleurs , ne dépassant guère ni les genoux ni les épaules ; ils portent volontiers des casaques vertes bordées de rouge: leur baudrier leur pend des épaules ; leurs oreilles sont couvertes des tresses de leurs cheveux; leurs hallebardes ont un fer crochu, et leurs haches d'armes se lancent sur l'ennemi.»

Entendez-vous la trompette vandale, la trompette gothe, la trompette hérule, la trompette burgunde, la trompette gépide, qui toutes sonnent à la fois dans toute l'Allemagne, la Suède, la Pologne, la Russie, se répondant les unes aux autres depuis le Volga jusques au Rhin ? — Derrière , il y a

(t) Nota g.

l'invasion universelle. 477

d'antres peuplades, plus féroces encore et plus innombrables, qui les poussent s'ils ne se hâtent , et les exterminent s'ils ne marchent. — On a laissé ses champs , ses hameaux , ses cabanes de la forêt et les tombeaux de ses pères ; on va chercher l'Espagne et ses fruits délicieux , la belle Italie , son soleil , ses trésors et ses fêtes ; on va venger les nations allemandes tant outragées ; on va redemander à Rome le sang de ses gladiateurs ; on va punir ces chrétiens dégénérés et aussi tous ces prêtres impurs qui déshonorent dans toutes les villes romaines le beau nom de Jésus-Christ; on va chercher les brillants hasards de la fortune et de la gloire. On n'emporte avec soi que ses pesantes armes, mais on a l'espérance. Ce n'est donc plus un fardeau qu'on porte , ce sont des ailes.

D'ailleurs, mes amis, ne pensez pas qu'ils laissassent en arrière leurs enfants et leurs femmes. Les petits à la tête blanche (quand elle n'était pas rouge) pendaient dans un sac aux épaules de leur mère, ou dans un panier au dos de quelque cheval; tandis que les aînés marchaient déjà dans le rang à la suite de leur père. Et quant aux mères à la haute stature, elles étaient dignes de suivre ces guerriers; car elles animaient leur ardeur, et souvent on les vit apparaître dans le tumulte des batailles, exaltant le mâle courage de leurs maris, les exhortant à mourir, et mourant quand ils mouraient.

Mais écoutez! — Toutes ces races gothes, où étaient-elles, alors que Daniel le prophète les contemplait de son lit à Babylone, la première année de Belsatsar? — Où étaient-ils ces peuples gépides , vandales , francs , alains, suèves , hérules, burgundes ou lombards, qui devaient venir, 955 ans après la prophétie, se verser dans la dernière des quatre monarchies? où étaient-ils?

Us vivaient dans les lointaines régions de l'Asie , sur les

<78 LEÇON XXXUI. — DAN. VII, 49, ÎO.

plateaux des monts Altaïques, dans les hautes vallées de l'Irtdou-Coutch, du Cachemire et de l'Himmalaya. Le grand Odin, qui les devait conduire plus tard en Scandinavie, et dont ils se devaient faire un dieu, n'était pas même encore né; et cependant déjà tous leurs chemins étaient tracés dans les conseils du Très-Haut et prédits dans sa parole! Quatre grandes monarchies encore à venir, y était-il dit, devaient occuper la terre; et tous ces Goths devaient envahir la quatrième où dix royaumes et dix diadèmes leur étaient préparés. — Et voici maintenant, chers enfants, que 955 ans après la vision, Tan 400 de l'ère chrétienne, tous ces peuples des Goths s'avancent en bataille. Entendez-vous de toutes parts sur les bords du Rhin et sur ceux du Danube, dans les forêts et dans les plaines, ce cri qui retentit dans tous les dialectes teutoniques : « Vorwaerts, vorweerts ! Forward, forward! Voor-uit, voor-uit! (en avant, en avant!)? » — C'est une grande armée qui s'avance en ordre de bataille. — D'où peut venir ce bel ordre , au sein de ce vaste tumulte où tout d'ailleurs est confusion? Pourquoi tous ces généraux de toutes races qui ne pensent chacun qu'à ses propres intérêts et qu'à ses propres colères, qui se haïssent l'un l'autre et se combattent aussi souvent qu'ils se rencontrent, pourquoi tous ces généraux marchent-ils cependant avec tant d'ensemble contre l'empire des Romains, comme s'ils livraient une bataille savante, et copime on verrait les grands corps d'une même armée s'avancer avec précision l'un après l'autre , pour rompre à point nommé les lignes ennemies? Ont-ils donc un même plan? ont-ils un même chef? Oui; et le signal leur est donné. Mais qui l'adonné, ce signal? Ce n'est pas Alaric. ce n'est pas Radagaise, ce n'est pas Attila; il vient de plus haut. Et le plan, où est-il? il existe, sans doute, mais nul des chefs ne le connaît. Si vous entrez dans leurs camps, vous n'y

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