ATTILA
sur l'Adige, sor le Pô , et « sur toutes les sources des eaux » qui descendent des Alpes dans la haute Italie; car c'est dans toutes < ces eaux » que furent versés par lui tant de torrents de sang humain.
Il faut se représenter à la tête d'un tel peuple un être tel qu'Attila, homme aussi digne de le commander par son génie et son audace, que par son astuce, par sa volonté de fer et par sa cruauté. Quand je l'ai dit grand, c'est pour ses hautes facultés; car il faut se le figurer très-court de taille, la tète plate, le nez écrasé, le visage jaune, les yeux très petits, d'ailleurs actif, infatigable, souvent irrité, toujours sur le haut ton du commandement; mais toujours grave et aussi équitable envers ses Huns (1) qu'inexorable envers ses ennemis. D se complaisait à s'appela* lui-même « le fléau des nations et la verge de Dieu, » comme faisait Bonaparte après la campagne de Prusse. Maître d'un empire quatre fois plus grand que celui de Napoléon, il aspirait comme lui à la monarchie de l'univers. Habile aussi comme lui à conduire des armées immenses et à se faire obéir de vingt peuples belliqueux, on le voyait, il y a quatorze siècles, entrer en France à la tête de sept cent mille soldats et d'innombrables voitures de guerre, comme nous vîmes, il y a trente ans , Bonaparte entrer en Russie à la tête de 647,000 hommes , de 187,000 chevaux et de 4 ,372 pièces de canon (2). Autour de lui, des généraux, des princes et des rois , toujours à cheval et toujours tremblants en attendant ses ordres, resplendissaient d'or et de diamants, tandis que lui-même, vêtu d'une simple redingote, sans dorure et sans ornements, se plaisait à s'asseoir sur une escabelle, buvait dans une coupe de bois et mangeait sur une planche. Parmi ces hommes de cheval qui caracolaient à ses
(1) Note c. — (2) Note d.
46$ LEÇON XXXIII. — dan. vu, 49, 20.
cotée, ou vous eût nommé Valamir le roi de* Ostrogot!», Ardaric le roi de6 Gépides, Sangiban le roi des Alain», et beaucoup d'autres encore; comme on vous eût pu montrer caracolant, il y a trente ans, autour de Bonaparte le roi de Naples, le roi d'Espagne, le roi de Westphalie, le vice-roi d'Italie, le fils du roi de Wurtemberg, le roi de Saxe, quelquefois même le roi de Prusse et d'autres encore. — Aussi, rien n'égalait-il Attila dans l'orgueil de son langage : il se faisait rendre des honneurs divins ; il parlait du ciel s'abai*sant et des étoiles tombant devant lui, comme le pauvre Bonaparte aussi, dans sa, prospérité, faisait le petit Jupiter et parlait de ses « coups de tonnerfce » (1). Hélas, chers enfants, à leur place nous eussions fait comme eux; car telle est la faiblesse et la folie du pauvre cœur de l'homme 1
Cependant après qu'Attila, dans son expédition de France, eut encore saccagé Cologne, Tongres, Arras, Orléans, vaincu lui-même enfin dans la terrible bataille de Chàlans, comme Bonaparte le fut à celle de Leipsic, il perdit en un seul jour 170,000 de ses guerriers. « Quelle pitié, s'écriait, en racontant cette bataille, le Goth Jornandès, quelle pitié que., par la folle passion d'un seul homme , périssent en quelques heures ce que la nature avait mis tant d'années à produire ! » N'importe cependant ! Attila ne repassa le Rhin que pour porter ailleurs ses ravages ; et malgré la tuerie de Chàlom , on le vit traverser Tannée suivante, à la tête de quatre cent mille hommes, le lac de Constance et les cantons de noire Suisse, pour s'en aller dévaster en quelques mois toute la haute Italie , assiégeant ses villes avec d'innombrables machines, et détruisant, l'une après l'autre, Padoue, Pavie, Vicence, Trévise, Crémone, Mantoue, Milan, Turin, jusqu'à ce
(1) Note e.