TRENTE -QUATRIÈME LEÇON
(Daniel, ch. VU, t. 8.)
Je considérais ces cornes.
Nous voici revenus au verset 8. — Vous entendez le Prophète : il a soin de vous dire qu'il s'attachait à considérer ces cornes, tant était profond son étonuement à la vue de ce hardi symbole , et tant était vif l'intérêt qu'il y portait. — Notre grand réformateur, Jean Calvin, dans les leçons qu'il donnait ici tout près à nos pères, dans le temple de l'Auditoire, sur le prophète Daniel, il y a 280 ans , leur recommandait tout particulièrement ces premières paroles de notre verset , a Je considérais ces cornes ; » proprement, dit-il, «j'entendais, c'est- « à-*dire , je me rendais attentif à ces cornes. » a Ne croyez « pas , ajoutait-il , que ce soit sans raison que Daniel parle « ainsi. Il veut nous amener aussi bien que lui à une vraie mé- « ditation; car ce qui est dit de la quatrième bête était parce dessus tout mémorable; et c'est pour cela que Dieu a fait « esmerveiller son serviteur Daniel. Il se sentait poussé par
CONSIDÉRONS CBS CORNES. 485
« un mouvement secret à la considération la plus attentive de « cette partie de la vision ; et ce mouvement de son esprit a procédait d'une impulsion céleste. C'est pourquoi notre de- « voir est de ne point lire ce qui est écrit ici lâchement et « par acquit , mais de poiser à bon escient et avec grande di- « ligence ce qu'a voulu signifier le Saint-Esprit par cette « vision. »
Ainsi parlait Calvin. Suivons un si bon conseil , ou plutôt suivons l'exemple que nous donnait Daniel lui-même , vingt et un siècles avant Calvin, et redisons avec lui : Je considérais ces dix carnes; reportons-y donc un regard attentif.
Or, mes amis, en les considérant pendant la semaine, ces dix cornes, pour vous en parler ce matin , je me suis assuré que j'avais encore à faire trois choses avec vous.
Premièrement, il faut que je vous montre, par de nouveaux traits, la divine corrrespondance des événements de l'Histoire avec les symboles de cette vision. — Secondement, il faut que j'énumère devant vous les principales raisons qui rendent nécessaire et certaine l'interprétation que je vous en ai donnée.— Et troisièmement enfin, il faut que je réponde, si j'en ai le temps, à deux ou trois objections qu'on entend élever quelquefois contre un sens d'ailleurs si satisfaisant et si manifeste.
Commençons donc par contempler sous de nouveaux aspects les symboles de la vision.
Je désire d'abord vous faire considérer leur divine ressemblance avec certains faits généraux et tout extérieurs de l'histoire des Romains. Pour cela, je commence par vous remettre sous les yeux notre image de la bête. — La voici , avec ses dix cornes et ses ongles d'airain. La voyez-vous? regardez-la bien encore; car je voudrais que, dès le commencement de ma leçon , il me fût donné de faire passer
dans vos âmes la vive admiration dont la mienne est saisie à la vue de ces emblèmes si simples et cependant si complets.
Vous sûtes déjà me répondre, dans une leçon précédente, touchant deux des plus grands traits de l'empire des Romains, sa force incomparable et son partage en dix ; et vous devez vous rappeler qu'aussitôt nous trouvâmes dans la bête des traits correspondants , traits hardis et frappants de ressemblance , bien qu'on ne vît encore d'elle que sa tête et ses ongles. Maintenant , ne sauriez-vous pas m'indiquer encore, dans les destinées politiques de Rome , un troisième trait non moins extraordinaire que les deux premiers, et non moins signalé par tous les historiens comme caractéristique de cet empire? — Quand vous me l'aurez indiqué, je vous ferai voir également que la Prophétie ne Ta pas moins fidèlement représenté que les deux autres. — Quelqu'un de vous donc saurait-il me dire ce qu'il y a de plus remarquable, après l'invasion des barbares, dans les destinées de ce royaume des Latins ? — Que l'un des plus avancés se lève , et me réponde.
— C'est peut-être le royaume des papes, qui est établi dans Rome et qui gouverne toute l'église romaine.
— Je ne suis pas mécontent de cette réponse , quoiqu'elle n'aille pas à ma question ; mais prenez-y garde, chers enfants, nous n'en sommes point encore là : ce fait appartient à l'ordre religieux , tandis que nous en sommes à l'ordre politique. N'anticipons pas : chaque chose aura son temps , et chaque symbole sa place. — La bête , c'est l'Empire , et nous en sommes à la bête ; plus tard , nous en viendrons à la petite corne , et peut-être alors parlerons-nous des papes ; mais ce n'en est point encore le moment. Non ; voici le troisième trait que je vous demandais. Je me propose, sur celui-ci comme