LIVRE PREMIER
toute l'Italie; nous n'aurons donc pas fait la [>aix, nous auroas ajonnié la guerre; nous aurons fourni à rAiitrirlie les moyens de nous attaquer avec plus d'avantage ; nous aurons traite en vaincus, indépendamment de la honte d'abandonner Venise ...
» Calculoas tout au pis, citoyen général; admettons l'hypothèse que repoussent votre génie et la valeur de votre armée : supposons-nous vaincus et expulsés de l'Italie; alors, ne cédant qu'à la force et au basanl des armes, notre honneur sera sauf, et nous u'aurons |)oint connivé à une perfidie qui n'aurait |>oint d'excuse, puisqu'elle eutrainerait des effets plus sinistres que les chauces de guerre les plus défavorables.
» Toute la question se réduit à savoir si nous voulons, si nous devons livrer l’Italie à l’Autriche. Or le gouvernement français ne le doit et ne le veut pas. Ainsi tlonc , il préfère tes chances de la guerre , plutôt que de changer un mot à son ultimatum , déjà trop favorable à la maison d’.Vutriche. »
Au moment où cette dépêche partait de Paris, nos armées partout victorieuses menaçaient |iar le nord et par le midi la vieille capitale des Habsbourg , le quartier général de la contrerévolution. Encore un effort, etl’Autricbe abattue signait dans Vienne la paix qu’eût dictée la République française. Si jamais il peut y avoir certitude dans les choses humaines, 4e triomphe était certain. Le Directoire executif avait donné au héros qui combattait d’une main et négociait de l'autre, à, la tête de l’armée d’Italie, des instructions conformes aux principes proclames par la Révolution sur ledroit des nationalités. La France, rétablie dans les limites naturelles de la Gaule, suivant la |Kirole de Richeneu, et l’Italie, entièrement affranchie du joug étranger, suivant la politique que les den^ grands hommes
il’État (le la monarcliic ' avaient l<‘('uéc a la Révululion, étaient la double base du traité que le (;ouvcrnenient de la République entendait im|)oser à la maistni d'Autrielie.
Mais le jeune général, qui venait de dépasser en quelques mois les plus hautes renommées militaires des âges mo<lemcs et d'égaler les colosses de l'antiquité, estimait déjà sa destinée tn>p grande |)our la subordonner à un antre but qu'à elle-même, et les droits des gouvernements et ceux mêmes des nations pesaient peu devant l'absorbante personnalité du nouveau César. La vraie gloire l'appelait à Vienne : il détourna la tête-, déjà son œil était fasciné parles fantômes éblouissants qui agitaient le sceptre de l’Orient sur la route de l'Egypte et de l’Inde; il craignait d'ailleurs d'être devancé à Vienne par l'armée du Rhin , quoique veuve de son magnanime Hoche, et de voir ainsi diminuer, dans une victoire partagée, le prestige incomparable de la guerre d’Italie.
Il signa ce pacte (h; Cam|K>-Kormio, qui, n'admeltant qu'uin* des deux bases réclamées par le Directoire, ne complétait la France qu’en mutilant l’Italie, immolait par les mains de la France républicaine une antique et illustre république, et donnait Venise et la majeure partie de la Vénétie à l’Autriehe!
Les avantages matériels accordés à la France étaient trèsgrands; mais la force morale de la Révolution était perdue; par ce traité fatal, le droit nouveau disparait ; il n’y a plus que «les faits en lutte contre des faits; la République trafique des peuples, comme faisaient les rois. On peut pressentir dès lors CCS jours funestes où les princijies internationaux de la Révo-
■ Hpiiri IV H Rk'liplieu.