LIVRE PREMIER
Iiilioii, abaiuluniiés par la Franco, seront retournés contre la France, et 1813 est en germe dans 1797.
Le Directoire frémit, hésite... Où chercher appui pour rompre avec cet homme qui semhle la Victoire incamt'e, pour oser se passer de son épée et braver s*‘s ressentiments?... Hoche n’est plus!... I^e Directoire ratifie tristement cette abdication de la politique nouvelle, ce reniement de la Révolution par elle-même!
La mauvaise opinion qu’on avait de Venise, k la fin du dixhuitième siècle, avait préparé l’esprit public ’a souffrir, et peutêtre l’esprit de Bonaparte lui -même à résoudre cette grande iniquité. Ce n’est pas que le gouvernement vénitien effrayât beaucoup alors les imaginations par la mystérieuse tyrannie sur laquelle les romans et le. théâtre ont accrédité tant d’exagérations fantastiques; il n’inspirait pas l’horreur, mais le dédaiu. .Vprès la grandeur, dès longtemps éclipsée, on avait vu, â la fin , disparaître la sagesse ; ce pouvoir qui jadis occupait ses sujets par l’action, par les arts, par la navigatmn, par la guerre, paraissait â présent ne plus savoir s’assurer leur obéissance qu’en les énervant par la dis.solution des moeurs. Tout semblait mollcs.se, fausseté, corruption. Au dernier jour, cependant, lorsqu’il fallut que Venis»; abjurât une indépendance de treize siècles aux pieds d’un des|X)tisme sans gloire et devint le butin d’un vaincu, un cri de désespoir jaillit du fond de ses entrailles et fit tressaillir l’Europe.
\ une aristocratie sénile et perfide, justement brisée par Bonaparte , comme complice de l'Autriche, venait de succéder une démocratie nouvelle sous le patronage de la France, qui maintenant la sacrifiait! La vieille noblesse, qui avait abdiqué.
DANIEL MAMN.
et la bourgeoisie révolutionnaire, qui avait hérité d’elle, se sentirent frappées du même coup, et les n'grets des uns, les es|)érances déçues des autres se confondirent dans une même douleur. Le deuil s’étendit de Venise non-seulement sur la Vénétie italienne, mais sur la Vénétie grecque et slave : quand l’arbre tombe, ou voit combien profondes et larges étaient ses racines.... Une longue décadence n’avait pas fait perdre aux populations le souvenir de ces temps où une aristocratie , rc<lontable seulement a ses propres membres , alliait la modération a la force et gouvernait scs sujets avec une douceur éclairée dont l'Europe n’offrait pas d’autre exemple ; la force éteinte, la douceur avait sultsisté. Les Dalmates enterrèrent sous les autels de leurs églises les bannières au lion de Saint-Marc! Venise ne put pas même essayer de se défendre : Bonaparte lui avait enlevé ses approvisionnements et sa mariue. A l’entrée des .Autriebiens, une noble dame vénitienne s’empoisonna. Lt; dernier doge , qui , ptu' sa faiblesse , avait contribué à ])réparer la catastrophe, s’évanouit au moment de prêter sciTneut au nouveau maître! Ce doge .se nommait Manin.
Ce fut, dans la pensée de ceux-la mêmes qui avaient plaint la victime, le dernier soupir de Venise. Le silence se fit. La tombe se referma sur la reine de r.\driatique, et la lourde main de r.Vutrielie scella la pierre.
Ia^ Autrichiens gardaient le sépulcre depuis six ans , lorsque naquit l'enfant qui devait rappeler Venise a la vie. Par une coïncidence où les anciens eussent cherché de symboliques mystères, le futur initiateur et martyr d'une nouvelle Venise démocratique portait le même nom que le dernier ciief de la Venise ancienne , bien que l’enfant plébéien fût étranger à la