LIVRE OL’ATRIÈME
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lieu de rendre inévitables, par une plus longue résistance, des mesures d’extrême rigueur dont le résultat serait aussi terrible qu’inévitable. »
Manin avait aussitôt, d’une part, mandé b Pepe de suspendre toutes opérations offensives, et de revenir a Venise après avoir fait rentrer dans leurs anciennes positions les troiij)es réunies à Oiioggia; de l’autre part, il avait écrit h Pasini pour le charger d’exposer à la France et à l’Angleterre la situation que faisait à Venise la défaite du Piémont. « La France continuera-t-elle » Il nous protéger du moins du côté de la mer? — Dans les » conditions actuelles de l’Europe, la F rance et l’Angleterre U pourraient-elles être indifférentes à la réoccupation de Venise « par l’Autriche? Et, si l’Autriche voulait intervenir malgré « ces puissances en Romagne et en Toscane, l’indépendance » de Venise ne seiait-cllc pas un point d'appui pour leur poli- » tique?... Il est temps enfin que la F' rance appuie nos espé- » rances en concourant h notre défense, ou bien qu’elle dé- » clare ouvertement qu'elle nous abandonne h notre sort!... » Le 1“ avril, le Gouvernement vénitien reçut de l’amiral Albini, qui était ii Ancône avec le gros de l’escadre sarde, une lettre empreinte d’un profond désespoir, et dans laquelle ce brave marin communiquait oilicieliement h Venise l’abdication de Charles-Albert.
« Le désastre de l’armée sarde a été immense », répondit sur-le-champ Manin; « mais la Providence n'abandonne pas » un si grand peuple qui veut sou indépendance. Venise per- » sévérera dans sa glorieuse résistance, et elle continue à Il compter sur l’aide de ses frères italiens. »
Le Gouvernement vénitien avait convoqué l’Assemblée en
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séance secrète ce même jour !•' avril, et lui avait communique la lettre d'Âlbini. On ne pouvait plus douter d'une grande catastrophe; mais on ignorait encore les suites de la catastrophe, et si le Piémont courbait la tête ou s'eiTorçait de continuer la lutte. Sur la proposition de Manin, on ajourna toute résolution au lendemain.
L’Assemblée se réunit, le 2 avril, dans cette antique et illustre salle du conseil, tapissée des trophées des victoires vénitiennes et des merveilles de l'art vénitien, qui est le Capitole de la ville des lagunes : elle attendit Manin dans un profond silence. 11 entre et monte b la tribune.
« L’armistice entre l'Autriche et le Piémont est signé », dit-il d'une voix basse et solennelle ; « Gênes s’est soulevée, décidée k résister; Casale aussi résiste ; d’antres villes encore, h ce qu’on e.spère. Yoilk les nouvelles! Qu’entendez-vous faire?
— Nous attendons que le Gouvernement prenne l’initiative.
— Voulez-vous résister?
— Oui!
— A tout prix?
— A tout prix!
— Voulez-vous me donner pouvoir illimité pour diriger la résistance? — pour réprimer même, au besoin, ceux qui prétendraient empêcher qu’on résistât?
— Nous le voulons », répondirent-ils d’une seule voix.
Le président de l’Assemblée, Minotto, proposa le décret.
R L’Assemblée des représentants de l'État de Venise,
» Au nom de Dieu et du peuple,
» .A runaiiimité,
» Décrète :