LIVRE Ql'ATRlfeME
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» Venise résistera k l’Autrichien a tout prix.
» A cet effet , le président Manin est investi de pouvoirs illimités. »
Tous se lèvent, entourent Manin, cherchent ses maihs pour les joindre k leurs mains qui s’entrelacent; le décret est voté d’un seul cri, d’un seul cœur, et tous, les hras levés, prennent k témoins de leur serment ces mille années d'une glorieuse histoire, cette longue série des chefs au bonnet de drap d'or qui, du haut des murailles, semblent les regarder silencieusement
L’esprit du vieux Dandolo, qu’invoquait naguère le bardé anglais* dans Venise asservie, planait en ce moment sur le sublime plébéien qui avait ressuscité Venise!
L’Assemblée entière fut digne de son chef : tous voyaient la cause italienne en ruine; Charles -Albert détruit; Parme, Bologne, la Toscane, près de retomber inévitablement aux mains de l' Autriche; la République romaioe menacée du côté de la France; cette même France et l'Angleterre laissant k Venise si peu d’espoir de secours , tandis que trente mille soldats s’apprêtaient k assiéger et 'a bombarder les Iles vénitiennes, déjà bloquées par terre et par mer; pour tout espoir, une faible ciiance de diversion du côté de la Hongrie, victorieuse des Autrichiens, mais déjk menacée par les Russes; enfin, la cer-
' C'est dans cette salle immense que se trouTent collection des portraits des doges , le colossal Paradis du Tintoret , et une multitude d'autres rJiefS' d'oeuvre du Titien , du Wronese , de Giam Bellin , etc. Nous avons entre les ■nains les proces-vcrbâuv des deux séances secrètes des !•' et î avril , et le précieux journal manuscrit de Pezzalo, ami de Manin. Ces documents noos ont permis de compléter le récit de M. Flagg, t. II, p. 3tt-^l2.
> Lord Byron.
litude du plus Cruel Irailement de la part d’un eniiemt incapable d’aucun respect pour le droit et pour le malheur : tous le voyaient, et pas un n’hcsita.
L’Assemblée ordonna d’envoyer k liaynau, pour unique réponse k sa sommation de se rendre, 1e décret qu’elle venait de voter.
Le peuple entier, au sortir de l’Assemblée, ratifia le décret par une acclamation unanime; le peuple entier adojita un ruban rouge k la boutonnière en signe de résistance désespérée'. Tout en haut du campanile de Saint-Marc, bien audessus des dômes, des toits, des nèclics du palais et de la basilique, a côté de l’ange doré qui semble veiller sur la ville, on planta un immense pavillon rouge, qui se détachait sanglant sur l'azur du ciel, et que la (lutte ennemie voyait au loin de l'Adriatique, ct l’armée ennemie au loin de la terre ferme. Il les défiait toutes deux et leur annonçait que Venise combattrait jusqu’à la dernière goutte de son sang. Pour la première fois, comme le dit l’historien américain, dans la longue histoire des révolutions, le drapeau rouge purifié symbolisa la cause de la vraie liberté. « Depuis ce jour, résister à tout prix! de\int le mot d’ordre de toute lèvre cl de toute langue dans Venise *. » A tous les coins de rue, sur toutes les colonnes des palais, étaient affichés des placards ainsi conçus : « Venise résiste'. L’argenterie des églises, l’or des bijoux de femmes, le bronze des cloches, le cuivre des cuisines, le
' Manin , prosqne seul , toujours ennemi des signes extérienra» s'abstint de cet emblème d'une résolution qu'il n'avait pas besoin de rappeler aux autres ni à lui-mème. ,
' Flagg, t. II, p. 214.