LIVRE OL'ATRIÈME
grande sortie était iusensde et ne serait même plus loyale, puisqu’il y avait armistice et paroles données.
L’ascendant de Manin produisit son effet ordinaire ; les délégués se retirèrent , touchés et confus d’avoir entaché par de tels désordres l’honneur cpi’avait gagné l’armée.
La majorité des soldats ne sortit plus de son devoir-, mais quatre à cinq cents furieux prirent tout h coup les armes, s’emparèrent , vers cinq heures du soir, d’une batterie placée ’a l’extrémité du grand pont qui touche à la ville ( la batterie de itome), en tournèrent les canons contre Venise, et signifitv rent au Gouvernement quç, si leurs demandes n'étaient consenties avant le coucher du soleil , ils ouvriraient le feu.
Le danger était immense; la révolte pouvait s’étendre de nouveau dans la masse des troupes, et il |K>uvait y avoir quelque chose de pire que la révolte même : c’eût été que la municipalité, épouvantée, précipitât la rentrée des Autrichiens et recourût à la protection de l’ennemi. Manin frémissait ^ cette pensée et s’apprêtait k des efforts désespérés afin d’en prévenir l’effet, lorsque le peuple, tiré de sou atonie par le tumulte de l’armée, envahit k son tour la place Saint-Marc, mêlé aux soldats, et demanda impérieusement k connaître l'issue des négociations.
Manin répondit que Cavedalis était k Mestre , près de Gorzkovvski , avec les dernières instructions du Gonvernemeiit , et qnc la eonvaahn (il ne put se décider k prononcer le mot de capitulation) serait publiée le lendemain 24.
La foule ne se dispersa point, et resta Ik, honleuse et frémissante.
Manin revint au balcon :
« Éu^voiis Italiens, oui ou non?
— Ouil oui!
— Voulez-vous mériler d’èlre libres peiit-èlrc avant peu?
— Oui! oui!
— Eh bien , chassez (rentre vous les infimes qui vous poussent au dc'sordre! Quant ii moi, je vous promets de me faire tuer plutôt que de souscrire a un pacte déshonorant. Si la force des armes, si l’abandon de toute l’Europe. . . ! (Il ne put dire : ■( nous réduisent à nous rendre! » ) consenons l’honneur sans tache de ce;te Venise que le monde entier admire pour la conduite que vous avez tenue jusqu’à cette heure!... Vive l’Italie! »
Un grand cri s’éleva, puis un « religieux silence ». Un courant électrique avait frappé toutes les âmes, et « jiisipi’an petit nombre de malintentionnés qui pouvaient se trouver parmi la foule ».
L’tixcès de sa propre émotion avait obligé Manin à se retirer un moment. L’enthousia.sme éclata de nouveau lorsqu’il reparut, en s'écriant :
n Que ceux qui sont vraiment Vénitiens viennent faire {katrouille avec, moi! »
Il descendit, l’épée ’a la main. Un grand nombre d'officiers des divers corps et de gardes civiques le suivirent, et il prit la route du ((uartier occupé par les révoltés '.
Il avait enlejidu, (lour la dernière fois, les acclamations de la place Saint-Marc.
Il faisait nuit : les factieux n’avaieut point accompli leur cri-
' l'nrule di Danirle .Wiwiii, placard imprimé le 7i août. C'#»l la démiére publicaUon de Veniie libre. — Relation maniscrite