LIVRE QUATRIÈME
Le 22 au matin, Gorzkowski fit annoncer à Manin qu'il avait reçu <les pleins pouvoirs de Milan. Les delègues retournèrent près du général ennemi. A six heures du soir, l’ordre fut envoj aux batteries du grand pont de cesser le feu ; oITieicrs et soldats SC dispiilèrent k qui déchargerait les canons |)our la dernière fois. Ia*s halterics aulrichieniies sc lurent également et un silence funèbre .succéda k ce tonnerre qu'on s’éiait habitué a entendre depuis des mois, k toute heure du jour et de la nuit. Le p<‘uplc ne se sentit fias soulagé , mais accablé : il lui sembla passer d'une vie fiévreuse k la paix, non du repos, mais de la mort. On eût dit que, jusqu’à ce jour-là, il n'avait pu croire qu'on on viendrait à jamais sc rendre.
Le peuple, plongé dans la stupeur, à liout de l immensc dépi'nse d’énergie qu’il avait faite depuis dix-huit mois, attendait avec résignation le destin qu'il plairait à la l’iovidence de lui imposer. Il semblait que Venise n’cùt plus rien à craindre au delà de son malheur, et qu’elle eût perdu tout ce qu'elle pouvait (lerdre! Il lui restait encore ceiiemlant un |MÛil à surmonter, le plus grand de tous, le péril de ne pas tomber dignement. Si le peuple était calme, une violente fermentation sc manifestait dans l'armée. Sur les 6 millions de papier-monnaie votés le O août par l’.Vssemblée, et qui ne valaient guère plus de 3 millions en numéraire, la municipalité était parvenue a se procurer une première somme de 1 ,200,000 livres en or pour commencer à secourir les blessés , k payer trois mois de solde aux militaires étrangers à la Vénétie et dix jours aux soldats vénètes; cette différence de traitement n'était que trop
' > Depui» te 4 in*i , il avait Hé lancé plna de qnatre-vingl-dix miUe pnijeotile« de toute eapèec. » ( Général l'Iloa , t. II , p. S4S.)
molivi'c |>ar les misères qui altendaient tous ces puvres volontaires «les diverses nigioiis italiennes ' , auxquels leur terre natale était fermée. Les soldats vénètcs cependant, s’irritèrent de celte inégalité et n’en apprécièrent point la justice-, les uns, d’ailleurs, étaient exaspérés d'av«>irîi déjwser les armes ^ les autres craignaient d’être contraints a les repremJre dan.s. les rangs des Autrichiens. Remués par toutes ces causc's d'agitation, ils commencèrent à s’ameuter. Le 22, les canonniers de marine, débarqués a l’insu du Gouvernement et de la Commission militaire , se portèrent h la place Saint-Marc en réclamant h grands cris les trois mois de solde. Manhi et les autorités militaires parvinrent h leur faire entendre raison en promettant quelques jours de paye de plus; mais, le lendemain, ils revinrent, entraînant avec eux un grand nombre de soldats des autres corps vénètes, et répétant la demamle des trois mois de solde , mêlée de cris confus de levée en maue et de grande tortie.
Manin les invita à lui envoyer des délégués. — « Nous vou- » Ions les trois mois, » dirent les délégués; « nous voulons » être licenciés, pour ne pas être, après la capitulation, repris » pour le service autrichien ; beaucoup voudraient sortir de la » lagune, sous Ulloa et Sirtori, pour continuer a se battre. )>
Manin les assura que la capitulation leur garantirait le retour dans leurs foyers, et, quant à la solde, qu’on ferait tout ce qui serait possible dans la triste situation de Venise; que ta
' Il y avait qnrJqws étrangm , mais en très-petit nombre ; une compagnie <ie cbasseurs suisses , fort braves gens , qui avaient rendu les plus grands services et lavé de leur mieax l'honneur de leur pays , si souillé è Naples ; plus, quelques Hongrois et quelques Ualnates.