‹ Daniel ManinChapitre 180 sur 185 · U JOUR DES MORTS DE IIST · texte numérisé non relu

U JOUR DES MORTS DE IIST

Ils ont enseveli Manin si loin, si loin.

Et nous avons à Saint-Michel notre terre sainte ' !

Si ma gondole était un vaisseau ,

Je voudrais ni’en aller jusqu'à Marseille ;

Là, je trouverais la femme de Daniele,

Qui-, dit-on , redemande sa famille.

Et je voudrais voler comme un oiseau Pour lui reporter son mari et sa fille ;

Puis je mettrais sur la poupe le doux fardeau ,

Et je voudrais retourner le soir à mon Saint-Marc.

Ils ont enseveli Manin si loin, si loin.

Et nous avons à Saint-Michel notre terre sainte !

Pauvre EmHia , qui portait tant d'amour A celte belle mer où elle était née !

On m'a dit que lorsqu'elle fut à la fin de ses peines. Elle appela Venise et expira.

' Campo tailla, le cimetière.

A LA MKMOIIIE t)E DANIEL MAMN.

•Si , toute morte riu'elle est , elle revient à sa belle mer, Je suis sûr de la voir ressuscrter;

Je suis sûr de rentendre crier :

— Je te revois encore , ma \ cnisc !

Us ont enseveli Manin si loin , si loin ,

Et nous avons à Saint-Michel nolrejlcrre sainte !

Mais tu n’es pas un vaisseau, ma gondole,

Et le gondolier n’a ([ne son aviron;

Pourtant j’aurais le courage de te mener en France; Mais toujours flotte sur Venise le jaune et noir ' ;

Et tant (pie le jaune et noir lluttera sur elle, lx;s trois morts ne viendront pas au cimetière!

Quand nous irons porter là les trois morts ,

Sur la tour ’ paraîtront les trois couleurs !

Ils ont enseveli Manin si loin, si loin.

Et nous avons à Saint-Michel notre terre sainte!

Voici l’escalier ’ et voici la terre sainte.

Attends-moi que je revienne, ma jietite barque;

Je in’en vais seulement dire un nequiem Sur les restes de ma pauvre mère.

Quand j’aurai prié et pleuré pour elle ,

Je me ressouviendrai de toutes les autres âmes aimées ; Mais j’aurai de nouveau une larme sur la joue Pour ces trois qui sont sous la terre, en France!

Ils ont enseveli Manin si loin , si loin ,

Et nous avons à Saint-.Midiel notre terre sainte !

O gens de Venise, qui prier.

Pour ceux que vous n’avez plus avec vous,

drapeau de l’Autrirhe.

Campanile de Stiut-Marc.

l'oo débarque.

Je vous le demande à tous qui venez Ici où vous me voyez agenouillé :

Les osseinenLs des nôtres, ici , furent ensevelis,

Des nôtres qui moururent au tempt que vaut taoet;

Par le fer et la maladie ils moururent eùtre les vaillants.... Oh ! venez prier pour ces morts-là !

Ils ont enseveli Manin si loin , si loin ,

Et nous avons 5 Saint-Michel notre terre sainte !

Voyez là cette touffe de violettes :

Là-dessous est ensevelie une jeune fille !

Un jour, elle entrait toute seule dans l’église.

Voulant prier pour sa belle Venise;

Elle n’avait pas dit : — Seigneur, ayez pitié de nous! Qu’une bombe éclate en tombant sur sa tête.... L’infortunée lève au ciel les bras ,

Puis tomlx; dans son sang la face contre terre....

Ils ont enseveli Manin si loin , si loin ,

Et nous avons à Saint-Miche! notre terre sainte !

O Dieu! comme ma mémoire se trouble!

Je ne puis plus dire ce que j’ai dans le coeur!

Toute croix funéraire ici conte une pieuse histoire. L’histoire du martyre et de l’amour :

Ici est la gloire de Mestre et de Malghera ;

Ici est la vaillance du grand pont et de la lagune;

Ceci est le lieu le plus beau du cimetière ,

Où sont gravés les noms de Rosaroll et de Poerio.

Ils ont enseveli Manin si loin, si loin.

Et nous avons à Saint-Michel notre terre sainte!

Mais pourtant il glt loin de son noble berceau Celui qui eût tant voulu mourir ici avec eux tousl Je le vois encore du Canareggio au Lido ;

Partout je le vois, et nous tous autour de lui;

A LA MÈMOlUK DI- nAXIKL MANIN.

J’cnlciuls encore dans mon âme son cri :

— A tout prix, Venise nisistera!

El Venise ressuscitée qui répond I

— Il faut que toute peur soit morte ici !

Ils ont enseveli Manin si loin, si loin.

Et nous avons à Sainl-Micjiel notre terre sainte !

S’il ne peut avoir une fosse, au moins une croix!

Nous y mettrons les trois noms unis ensemble !

Celui qui le premier éleva la voix pour nous N’a pu dire ici ses dernières paroles;

Celui qui voulait nous sauver de la serre impitoyable *

A dû rendre en terre étrangère son dernier soupir !

Mais c’est là une cruauté trop cruelle!...

Manin n’a pas une croix à Saint-Michel!

Ils ont enseveli Manin si loin , si loin ,

Et nous avons à Saint-Micbel notre terre sainte!

Pourquoi n’es-tu pas un vaisseau, ma gondole?

Pourquoi le gondolier n’a-l-il que son aviron ?

Pourtant j’aurais le courage de le mener en France....

Mais toujours sur la tour flotte le jaune et noir !

Mais à la fin, ô jaune et noir, tu dois t’en aller,

El Manin aura sa fosse dans le cimetière!

Quand nous viendrons apporter ici Manin ,

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