‹ Daniel ManinChapitre 8 sur 185 · UN SÜUVHMR DU MANIN · texte numérisé non relu

UN SÜUVHMR DU MANIN

Trop pauvre pour payer, trop fier pour recevoir ! Et le matin , après ces nuits de désespoir.

Quand la nature en lui succombait épuisée.

Tout pâle d’insomnie , et la tête bristie ,

11 allait, se traînant plutôt qu'il no marchait. Reprendre ses leçons et gagner son cachet.

Pour pouvoir, de rentant qui dans scs bras expire Alléger, bêlas! non, prolonger le martyre;

Mais ce martyre était tout ce (pii lui restait :

11 la voyait soulTrir, oui!... mais il la voyait!...

De Camille, à ces mots, la voix tombe et s'arrête Les pleurs la suffoquaient. Elle cacbe sa tête bans les bras de sa soeur qui sanglotait aussi ,

Et toutes deux longtemps demeurèrent ainsi , Honorant, dans leur âme liéro«iue et fidèle.

Des douleurs de l’exil cet accompli iinxièle !

Puis relevant les yeux, et d'un ton faible et lent. Toutes les deux, moitié pleurant, moitié parlant :

BKHIIIE.

Combien encor survécut-il ?

CAMIU.E.

Deux ans à peine.

' DKnTIlE.

Le revis-tu souvent?

CAMILI.F.

Un jour chaque semaine.

BEIITIIF.

11 était donc toujours maître d'italien ?

UN SUUVUMR DE MAMN.

\MII

CA.MILI.K.

Oui , puisqu’il n’avait rien , et qu’il n’acccptail rien. BEnnie.

Et ta vue à son cœur n’était pas douloureuse ?

CAVIIIXK.

Je lui faisais du bien.

IIERTIIE.

Que je te trouve lieureuse !

Était-il trés-changé ?

CAMILLE

Non, pas trop! Seuloment, il parlait bien plus bas, marebait plus lentement,

Et semblait , par moments , respirer avec peine.

BERTUE.

Ab !

CAMILLE

Comme j’avais vu qu’il perdait presque haleine. Quand, l’escalier frauclii, dans ma chambre il entrait. J’allais h lui, sitôt que la porte s’ouvrait.

Lui parlant la première..., avec chaleur..., de suite; De ma nisc innocente il s’aperçut bien vite.

Il voyait tout ; aloi-s, de son air fin et doux.

Il me dit, souriant : Vous êtes bonne, vous!

Mais le coup est porUi, mon enfant, et peut-être Vous faudra-t-il bientôt choisir un autre maître.

Les leçons , en effet , jour à jour, s’espacaient ; QJuclques mots de sa main souvent les remplaçaient ; Puis, un matin, sa plume elle-même s’est tue.

Et quelques jours plus tard... on votait sa statue!

UN SOUVENIR DE MANIN

L’entretien s’éteignit de nouveau dans les pleurs. Mais bientôt, et lout bas,* la plus jeune de.s sa-urs Reprit : Je voudrais bien, Camille, à son image Apporter mon offrande... ••

• CAMILLE

Oui ! mais un tel hommage \ enu de notre part peut-être étonnera.

BEKTIIE.

Nous tairons nos deux noms, et nul ne le saura...

-Vain espoir! on le sait, enfants; on vous a vues! Tandis que du proscrit vos âmes ingénues Rellétaient, pur miroir, le sévère profil,

11 entendait tout, lui ! Jusqu’à luf , vos louanges Montaient comme un écho du chant même des anges;

El cependant son front viril Se penchait, tout ému, sur sa fille chérie.

Car il l’a retrouvée, et dans une patrie Où l’on ne connait pas l’exil !

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