‹ Daniel (volume 2)Chapitre 1 sur 18 · Daniel · texte numérisé non relu

Daniel

Familier avec l'aspect des souffranees du corps el de i'ame, le docteur n'avait guère de consolations pour les douleurs qu'il ne pouvait soulager. Son temps ne lui permettait pas

(le jiordro, on soins inutiles, des paroles on des secours qu'il snvait comment dépenser d'une manièie plus efficace. Il opérait et guérissait, ou bien il exhortait à la résignation, en démontrait la nécessité, et n'ajoutait plus un inot.

Vous le savez , il avait agi de la sorte avec la pauvre mère séparée de son enfant. Arrivé chez la dame étrangère , il aida Catherine à descendre de voiture , et lui dit :

— Prenez sur votre douleur : armez-vous décourage. Sans cela , voire lait s'aigrirait , cl NOUS rendriez malade l'enfant qu'on va vous confier, ce qui serait une mauvaise action. Si ce malheur ;irrivait . je serais obligé de vous faire renvoyer; vous retomberiez alors, \(»us et volie fille, dans un(* pro

fonde misère. Portez votre croix pour Louise; celle que Jésus a portée pour vous était aulrenient lourde.

Après cette courte et rude exhortation , il monta l'escalier, et précéda Catherine dans une chambre à coucher richement meublée. Là , se trouvait une jeune femme qui pouvait compter seize ans au plus : c'était la mère du nouveau-né; prés d'elle se tenait un jeune homme qui prodiguait à la dame les soins les plus tendres. Le docteur, après les avoir salués de quelques paroles bienveillantes, s'approcha du berceau de l'enfant qui venait de s'éveiller, et qui jetait des cris. La pauvre mère ne put retenir ses larmes.

— Une étrangère! c'est une étrangère qui

\ri c'otisolei- sn proniit're douleur! qui va \f nourrir do son laitl s'écria-l-elle.

OuoiquY'lIc s'oxpriiun dans une langue inconnue à Catherine, celle-ci n'en devina pas moins la pensée de r»''trangère. Elle jeta au docteur un regard qui disait avec éloquence qu'elle aussi éprouvait cruellement le désespoir de laisser son enfant aux mains d'une autre.

Fidèle à son système, le docteur, quoique ému , leignit de ne rien comprendre , prit le nouveau-né, le plaça dans les bras de Catherine et ajouta :

- C'est une seconde fdle que Dieu vous

«loiiiie. Su\x'iS-lui boiiiK' in«Jro; Dieu a los veux lixés sur vos deux erilauls!

Catherine réprima les sanglols ()ièls à écloler sur ses lèvres, reçut reniant dans ses bras qui tremblaient , a|)|)roclia de son sein la petite créature affamée et se mit à réciter mentalement une fervente prière; car elle souffrait bien, liéias! Le docteur, qui lisait dans les cœurs navrés des deux pauvres mères, se jeta à travers leur trouble, en prescrivant, de sa voix grave , les soins qu'il fallait donner a Penfant. Il attira ainsi leur attention sur des choses de nécessité urgente et d'une importance telle que , malgré leur préoccupation , il fallut bien écouter attentivement. Quand il vit chacune d'elles dans la situation d'esprit <]u'il désirait , il se disposa à [tartir, Dona Annouciala lui l«Mi(iîl.

la iDuiii qu'il huisa. Catherine le sui\il des \o.u\. licn(lu<?, par stm dt'pîu'l, ;i toutes ses douleurs maternelles.

— O! monsieur, u^ônsieur, s'écria-l-elle , allez voir mon enfant, je vous en conjure!.

Le docteur rcvinl xci's (îlie.

— Je vous promets de le visiter tous les jours. Chaque fois que je viendrai ici, je vous en apporterai des nouvelles.

— Dieu vous bénisse en ce monde et dans l'aulre! répondit-elle avec une ferveur qui dut faire monter sa prière dans le ciel , tout droit aux pieds de Dieu, car c'élail la prière d'une marivre.

Huit jours s'éc'julèreiit, iKMidant lesquels (^atlierineij'acquiuu pieuseuicnldts nouveaux, devoirs qui lui étaient imposés. Cecœui' tendre et bon ne tarda même point à éprouver , pour l'enlant qu'elle nourissail de soi» lail, une alîection dont elle était presque lepentante ; il lui semblait qu'elle la volait à su

mie.

Ce remords linit par eéder à un de ces aeûomniotlements que les eonsciences les plus droites trouvent, à l'occasion, pour se justifier, à elles-mêmes, ce qu'elles ont d'abord accusé de faiblesse. Elle se persuada peu à peu que la tendresse qu'elle ressentait pour la petite Francesca s'identifiait à celle qu'elle éprouvait pour Louise absente, et elle finit par s'y laisser aller librement. Catherine n'avail pas besoin de recourir à d'ingénieux pa

radoxespours'expliquor su nouvelle ulTection. Elle aimait son nourrisson , parce qu'elle lui i.'onnait le lail (Je son sein; parce qu'elle veillait, jour et nuit, près de son berceau; parce qu'elle le consolait; parce que ce petit être chétif n'avait de joie et de repos que par elle.

Un soir, Catherine, assise près de l'enfant, rêvait délicieusement à la journée du lendemain. Dona Annonciala lui avait promis de la laisser partir avec le docteur pour aller embrasser sa (ille, et de lui donner deux heures à rester près d'elle. Jugez donc du bonheur qu'elle éprouvait 1 Revoir sa petite Louise, la bercer sur ses genouv, entendre ses vagissements , passer doucement sa main sur ses cheveux blonds !... Toutà-C(Hi|> elle entend frapper riKicirienl à la porte inlé-

Heure; un vieillard suivi de gendarmes se précipite dans l'appartement, tanciis que les soldats s'emparent de toutes les issues. Un huissier! qui accompagnait l'inconnu, entre dans la chambre de Dona Annonciata, et montrant le mari de la jeune femme :

— Voici l'homme qu'il vous faut arrêter , dit-il à l'huissier , comme vous l'ordonne le mandai dont vous a chargé monsieur le procureur général.

— M'arréter? s'écria le jeune homme.

—N'étes-vous point coupable du rapt d'une mineure?

— Mou père! mon père! Antoine Poyraicavo

csl mon mari, vous le savez bien! s'écria l'Es |>u{jMiok3, que la icrrcur uNail retenue jusqualors dans une sorte (ranéantissenienl.

L<' vieillard se tourna veis elle :

— Oui, dit-il, oui, un prêtre espagnol vous a mariés dans quelque chapelle abandonnée, n'est ce pas? En France, il n'en est pas de même qu'en Espagne. La loi y consacre les mariages, et non l'Église. Vous êtes la maîtresse de cet honniie; vous n'«te« pas sa femme. A vous l'infamie, à lui les galères!

— Mon enfant ! vous aurez aurez pitié de mon enfant, mon père'.

- In enfant! >r me h; inunlrcz pas, car

— lî —

je l'écraserais sous mes pietls. (Juoi! la fille d'un grand d'Espagne est devenue mère, t^t le misérable qui l'a séduite est un Français, le fils d'un intendaril, d'un valet!

. .^ i ~ l — jN'ai-je point conquis ma noblesse par '-\'^ /c»ion art? s'écria Antoine Peyraieave.

— Tais-toi, misérable! Emmenez cet homme, monsieur , interrompit le vieillard. Livrez-le au bourreau qui le flétrira et aux argousins qui le battront, quand il aura revêtu la casaque des forçats.

L'huissier obéit et les gendarmes entraînèrent Antoine.

Quant à vous, maliicurousc, nous allez

me suivre sur-le-cliaiup, ajouta réliuiij^or eu saisissant par le bras sa lille, qui était tornbéo évanouie à ses pieds.

— Gràee, mon père, pitié î

— Avez-vous eu pitié des larmes de votre mère? Avez-vous fait grâce à l'honneur de votre famille? Vous avez cru que ma haine et ma vengeance ne vous poursuivraient pas. Vous êtes coupable; subissez les conséquences (le voire faute. Dès que j'aurai fait condamner votre séducteur, vous repartirez avec moi pour l'ICspagne. L^n couvent vous recevra pour le reste de votre vie.

— Pardon pour mon enfant! Partiou pour

Uioii eiil'iiHl !

— Ne prononcez plusceniol-là, AnnonciaUij ne le prononcez plus , il y aurait un nouveau crime dans notre famille. Si cet enfant se trouve ici , prenez garde (pie je no le voie. Allons, suivez-moi.

— Non, dit-elle, non, je n'obéirai point. Je ne me séparerai point de ma fille !

Le vieillard, sans prendre la peine de répondre à ces protestations désespérées, la prit dans ses bras comme il eût fait d'un enfant. En vain elle jeta des cris perçants , en vain elle se débattit pour se soustraire à celte violence, il descendit avec son fardeau , le plaça dans une voiture de poste qui attendait à l'entrée de la villa et donna au postillon l'ordre de partir au galop.

Aux premiers symptômes île la terrible scène qui se passait clans la maison , Catherine, par lin mouvement machinal de terreur, s'était emparée de la petite Francesca et l'avait emportée dans un cabinet voisin de la chambre à couchei-. La main sur la bouche de l'enfant, pour étouffer ses cris, s'il venait à s'éveiller, elle avait assisté , témoin invisible, à l'arrestation d'Antoine , à la lutte de du père et de la fdle, aux malédictions et aux menaces que le vieillard avait proférées contre le nouveau-né. Elle l'entendit sortir avec sa victime^ bientôt, le bruit de la voiture qui s'éloignait arriva jusqu'à elle. Alors, elle quitta son refuge avec précaution et prêta l'oreille. Il ne restait personne dans la maison. Les deux domestiques <|ui servaient Antoine et sîi femme avaienl éié arrêtés comme lomplices lie leur inatire.

Un profond sentiment d'effroi s'empara de la malheurense femme, seule dans celle maison abandonnée. Elle se demanda, non sans angoisse, quelle résolution il fallait prendre. L'arrestation des deux autres domestiques l'épouvantait : ignorante des lois de la justice, elle craignait pouj* elle-même un pareil sort. A tout moment, elle s'attendait à voir revenir les gendarmes pour s'emparer d'elle. A la fin, ces terreurs s'accrurent tellement, qu'elle résolut de profiler de la nuit et de son obscurité pour gagner Toulon et demander les secours du docteur, sa providence dans tous les moments difficiles. Elle enveloppa la petite Francesca dans son manteau , la serra contre -sa poitrine , ferma derrière elle la porte extérieure de la maison , et se mit en marche non sans prêter l'oreille au moindre bruit, non sans s'arrêter et sans se cacher derrière les

))uisson$, dès qu'un murmure île roues, des l)as de chevaux ou même une voix d'homme se faisaient entendre ;iu loin.

Ce n'était point chose facile que de trouver ot (le suivre le chemin de Toulon, dans une obscurité profonde et avec de pareilles agitations. Le hasard la servit heureusement néanmoins. Quoiqu'elle eût marché, presque à l'abandon, elle se trouva devant la porte do la ville au moment où l'on ouvrait. Elle passa devant les douaniers , pâle et tremblante; elle s'attendait, dans sa frayeur, à se voir arrêter par eux; elle faillit s'évanouir quand ils s'approchèrent d'elle. Ils se contentèrent de soulever le manteau qui enveloppait l'enfant , et ils la laissèrent passer. Bénissant Dieu, elle se hâta de chercher la maison du docteur.

Hélas 1 trouver la maison du docleur présentait à Catherine plus de ditficultés que de venir, pendant l'obscurité et à travers l'orage, de la villa à Toulon. Il fallait, à chaque instant, s'enquérir, des passants, s'ils connaissaient la rue habitée par celui qu'elle cherchait : son émoi, ses terreurs imaginaires, son ignorance complète de la ville, la fatigue du fardeau qu'elle portait dans ses bras, le besoin de sommeil, la mauvaise volonté de la plupart de ceux à qui la nécessité l'obligeait de prendre des renseignements ajoutaient encore à son trouble et à sa maladresse. Catherine ne connaissait point la demeure du vieux médecin. Jamais elle n'était allée chez lui; à peine avait-elle quitté une ou deux fois sa mansarde depuis sa sortie de l'hôpital jusqu'au moment où il avait fallu partir T. H. 2

{X)iir la maison de Doua Annonciata. EnAn , après do nombreuses méprises , harassée , mourante, presque folle, elle arriva devant la maison tant cherchée. Une couche épaisse de paille couvrait le pavé de la rue , et les tambours d'une compagnie de soldats qui passait interrompirent leur batterie bruyante et ne la reprirent que beaucoup plus loin. Catherine, inquiète et tremblante, souleva le marteau de la porte; une servante vint lui ouvrir en pleurant.

— Oue demandez-vous? lui dit-elle : mon maître se meurt !

Catherine jeta un cri de désespoir, en joignant les mains.

— Par pitié, s'écria l-elle, laisser moi lui

— ly —

parler, laissez-moi lui dire un seul mol.

— Hélas ! depuis trois jours le délire ne l'a point quitté; il ne vous reconnaîtrait même pas.

— Et mon enfant! mon enfant! comment saurai-je le nom de la nourrice de mon enfant? murmura Catherine, .

Cette fatale pensée apparut tout-à-coup , comme la foudre durant un orage, au milieu du désespoir que lui causait la maladie de la seule personne en qui elle put espérer.

— Par pitié^ dites-moi si votre maître vous n dit où f-lait mon enfant ?

— Je n'en sais rien. Mon maître était le hienfaiteur de tant de pauvres gens, qu'il lui eut été difficile de m'apprendre tous les détails <ie ses bonnes œuvres. D'ailleurs, il n'en parlait jamais à personne.

En achevant ces mots, la vieille gouvernante referma la porte. Catherine se laissa tomber, sans force, sur la pierre du seuil. Elle aurait voulu mourir.

A cet abattement succéda bientôt, plus vive et plus poignante que jamais, la pensée <fe sa fille. Elle posa son front entre ses deux mains et chercha à rassembler seji pensées. Com-' ment se souvenir du quartier où l'avait menée le docteur , puisque c'était la nuit, en voilure, et les yeux voilés par les larmes, qu'elle y était allée? Il faut donc qu'elle visite, rue à

riio, maison a maison, port»* a j)orlo, Ions les faubourgs de la ville. Déjà les forces lui manquent; comment soùtiendra-l-ellc une j)aleille fatigue? Oli! son enfant! son enfant! <|ui lui rendra son enfant!

Elle se remit en marche, allant au hasard, s'orienlant du mieux possible et priant Dieu de la soutenir. Ce ne fui r|u'a[)iès avoir erre toute la journée qu'elle arriva, vers la nuil tombante, devant une chaumière qu'elle reconnut en jetant un cri de joie.

Sa fille! elle l'avait vue! elle l'avait reconnue! elle la serrait dans ses bras; elle la couvrait de baisers. Oh! ce moment de joie la payait de toutes ses douleurs. 11 lui faisait oublier les angoisses du passé et les terreurs

de l'avenir. Sa fille 1 Comme elle recoiiiiait ses yeux bleus, ses cheveux blonds, sa petite bouche mignonne , ses mains délicates. Sa lille! sa fille! quelle joie immense! quelle félicité du ciel!

Cependant la nourrice la regardait faire avec l'insouciance pateline dune marchande qui se trouve en face d'un chaland.

— Je vous remercie d'être venue, dit -elle à Catherine. En apprenant que le docleur était à la mort, je me demandais qui me paierait mes mois de nourrice , s'il trépassait. Je vous vois , je n'ai plus d'inquiétude. Tiens, voilà voire nourrisson à vous? Comme il est pâle! Pourtant, ajouta-t-elle, vous ne (levez pas lui épargner les soins, car vous éles bien pnvrc, nous? tandis que moi,

quinxe francs'.... quinze francs pour un mois, mon doux Jésus !

La VOIX de cette femme avait tire Catherine des joies maternelies |)Our la replonger plus avant que jamais dans la réalité de sa triste position. Heureusement, dans la précipitation (le sa fuite, elle avait eu la présence d'esprit de prendre le petit sac qui renfermait ses épargnes et qui contenait une cinquantaine de francs. C'était un mois de ses gages que Dona Ânnonciata lui avait remis à l'avance. Elle paya la nourrice et plaça sa fille dans ses bras, à côlé de la petite Espagnole. Avec ce double fardeau, elle se mit silencieusement en quête d'un logis. Elle ne tarda point à trouver une mansarde dans le faubourg même. Elle s'y installa avec ses deux enfants.

Quand elle cul ;iclielc les choses indispensables, il lui restait seulement quelques piè ees de monnaie.

— Qu'importe! dit-elle. Dieu n'abanrionnera pas ces deux innocentes créatures. Je travaillerai ,, tant , qu'elles n'auront point à souffrir de 1^ pauvreté; ce sont mes enfants, elles sont deux sœurs.

Comme pour sanctionner cette promesse de maternité à l'orpheline que la provitlence avait jetée dans ses bras , elle prit les deux petites filles et les approcha, à la fois, de sa poitrine, pour les allaiter eosemblo. Avec quelqu'avidité que leurs lèvres prissent le sein de Catherine, leurs cris ne s'appaisèrent point. Toutes deux liniicnl par détourner la

lêle en poussant des plainles qui déchirèrent l'amc de leur mère.

La douleur et la fatigue avaient tari le lait de Catherine.

Pendant que de si vives souffrances éprouvaient l'infortunée, et comme le charbon ardent dont l'ange purilia les lèvres d'Isaïe, achevaient l'expiation de ses erreurs, M. et madame Maubertier ne laissaient point passer une journée sans regretter la bonne, la gaie, l'alerte Catherine, La perte d'un enfant ne leur eût point laissé plus d'isolement et de vide. Une phalange de nouvelles servantes s'étaient succédées une à une chez la vieille dame, sans jamais pouvoir la satisfaire; aucune ne lui rappelait Catherine. Quant à l'ancien chef de bureau, déshérilé des soins que

!ui domiail, avec tant d'inteUigence el de zèle, sa favorite, dérangé dans ses habitudes, il soupirait à chaque instant et semblait vieilli de dix années.

Un matin, le facteur, au lieu de passer, comme d'habitude, devant la porle, s'arrêta, sonna et remit une lettre. Ce fut un événement pour les deux époux, car ils ne recevaient jamais de lettres que la veille de la nou velle année, époque où deux arrière-cousins, leurs héritiers, écrivaient une lettre officielle. De sa main tremblante de curiosité, M. Maubertier décacheta la lettre qui portait le timbre de Toulon et reconnut l'écriture de Catherine. "*

'( Monsieur mon maître, disait-elle, jamais K je n aurais eu recours à vous pour moi, car

« je suis une malheureuse, indigne de nos •( bontés; mais ma fille et un autre enfant « que le bon Dieu m'a confié vont mourir de « faim, si vous ne les prenez pas en pitié. « Vous les sauverez de la mort, j'en suis « sûre.

Catherine. •

nF.TOI'R. KPRI UVF F.T BONHKIR.

Je VOUS l'ai dit, depuis le départ de Catherine, le bonheur et la paix s'étaient enfuis avec elle du logis des époux Maubertier. Une longue série de servantes s'était succédée chez cii\, SUIS <|u'nn<^ s(Mile rcunil les qua-

j lilés et les soins auxquels la jeune fille avait habitué ses maîtres. Maintenant, il (allait que madame Maubertier fermât les armoires, gardât les clefs, surveillât les achats du marché, et se résignât à une cuisine faite sans goût , sans talent et sans désir de complaire. L'éloi gnement et l'absence rehaussaient encore les qualités de Catherine. Aussi, lorsque le facteur vint apporter la lettre de la pauvre fdle , ce fut avec un mouvement de trouble et d'émotion que madame Maubertier la reçut des mains de son mari qui la lui présenta silencieusement.

— Elle nous écrit , j'en suis sûre, pour demander à revenir près de ses anciens maîtres ! s'écria-t-elle en cherchant ses lunettes.

A peine eut-elle lu ce que contenait la let-

Irfi, que des larmes coulèrent de ses yeux et des sanglots s'échappèrent de ses lèvres.

Pauvre Catherine! pauvre Catherine! Il faut lui répondre sur l'heure; il faut lui envoyer de l'argent par un bon sur la poste. Pourquoi ne reprendrait-elle pas son service près de nous? Nous sommes vieux et sans enfants! Eh bien! les deux enfants dont elle parle deviendront les nôtres. Il vaut encore mieux leur laisser notre petite fortune qu'à des étrangers.

— Tu as raison , oui , tu as raison , répliqua M. Maubertier, aussi vivement ému que s« femme.

Il prit dans son secrétaire trois cents francs, courut plutôt qu'il ne marcha jusqu'au bu-

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