‹ Daniel ToussainChapitre 14 sur 33 · ASS · texte numérisé non relu

ASS

Irrité des menaces de la princesse, fit advertir les capitaines Villebœuf, Cartier et le lieutenant d’Antragues, qui se vindrent embusquer dans le bois de La Bussière avant le jour, pour attendre la troupe à passer. Mais, comme quelques coureurs rapportèrent que ces misérables avoyent pris un chemin qui s'éloignait du bois, ils sortirent de l'embuscade pour ailer les : mettre en pièces au chemin de Briart.

Il n'y avait plus aucun espoir de salut car il eût fallu mettre le fleuve entre les ennemis et la troupe; la chose était impossible et le temps manquait. Tous croyaient leur dernière heure venue et se préparaient à mourir dignement quand, soudain, comme par miracle, quelques cavaliers que l'on reconnut pour être des gentilshommes huguenots, apparurent, convenablement armés; ils arrêtèrent l'ennemi et l'empêchèrent d'exécuter son criminel dessein. Les cavaliers se mirent au service de ce troupeau errant de femmes et d'enfants, l’accompagnèrent jusqu'à Sancerre, où il arriva sain et sauf, grâce à leur efficace protection (1).

L'historien Agripna-d'Aubigné nous donne de cet épisode de la rencontre des soldats ennemis un récit plus détaillé et plus long ; les indications précises qu'il renferme paraissent garantir l'historicité des faits rapportés. L'exhortation qu'il met dans la bouche de Daniel Toussain à pu être un peu amplifiée par lui ; néammoins, elle est bien dans les circonstances et ne détonne nullement dans la bouche de Daniel Toussain. Elle eut d’ailleurs assez d'auditeurs et la scène de témoins, pour que l’une et l’autre soient parvenues à l'historien. Nous la reproduisons donc:

(!) D'après le récit de Paul Toussain : Vitae et obitus D. T. narratio, p. 15.

A là veue des massacreurs qui accouroyent les coustelas à la main, Beaumont, ministre de l'Eglise d'Orléans, à la teste de la troupe agenouillée et préparée à la mort, dit ainsi : « C’est assez, mes frères, de nous destourner du chemin et vouloir esquiver le passage du ciel, où Dieu nous appelle. Il n’y a aucun de nous de qui les jambes et les pieds ne soyent las, et les âmes honteuses de nos fautes. La mort guérira les esprits et les corps lassez des voyes du monde, encores plus de ces chemins. Que ferons les mains de ces bourreaux sinon nous délivrer de leurs mains ? Où courions-nous ? À l'exil, à la faim, aux opprobres et encore à la mort! Où nous mettront ces ennemis ? À notre espérance, à nos désirs, à nostre Chanaan tant cherché, au pain des anges, à la gloire éternelle, à la face de Dieu, à ce que l’on peut appeler la vie seulement... Ne fuyons plus ceste vie, tendons la main, à la mort et bénissons celle que Dieu nous tend. Mourons en agneaux pour l'Agneau qui est mort pour nous. Voici les ennemis qui se hastent à nostre délivrance. Dieu veut nous recevoir par leurs armes. Hätons-nous de nous présenter à sa face et de chanter: « Mon dme entre tes mains je viens rendre, car tu m'as racheté...» |

Comme ils poursuivoyent ce verset du Psaume frente-et-unième les ennemis ayant faits douze ou quinze cents pas pendant le propos susdit, et n'en ayant plus que six-vingts pour les mesler, survint un accident inespéré. C’est que sur ce point venoyent de la Grande Armée, ou selon quelques-uns, de la Normandie, Bourri des Essarts et autres capitaines (huguenots), avec quelque septente chevaux. La troupe qui les vit naistre inopinément les pris pour une autre bande de tueurs et ploya le col devant eux, quand, d'entre les coureurs, un gentilhomme connut une damoiselle sa parente. Ceux-ci, haussant le manteau qui couvrait leur casaque blanche et, en même temps, apprenant l’estat des misérables, et voyant à la droicte les galans, l'épée haute, accourans à un combat sans péril, Bourri prend la charge et passe sur le ventre à ce qu'il trouve en la campagne. Villebeuf, qui menoit les arquebusiers, s’estant jeté dans Îles

Page 1