TOPI 328UA3 3V1U
r/-mrTTTrf*t
maître René Gilbert, dont la magie sait donner l’éternité à la poussière, on voit que, dès son premier essai dans cet art délicat entre tous, Vierge comprit d’emblée ce qu’il offre de ressources, ce qu’il contient de charme et peut produire d’effet, qu’il se soit contenté d’indiquer une figure à l’aide de quelques taches
légères et spirituelles comme, par exemple, son Incroyable , ou qu’il ait osé de fantaisistes visions de la nature, éclatantes de transparente lumière, comme sa Libellule, rare bijou.
Relativement assez nombreuses, ses Aquarelles, paysages et types d’Espagne ou de France, enlevées d’un coup, instantanées, sont véritables fresques, éblouissantes. Un Effet de neige à Paris, un Champ de Coquelicots, la Bourrasque, une Diligence, pages de réalisation extraordinaire, ont à la fois grâce et puissance.
A noter ici que, toutes les fois que Vierge touche à la couleur, on sent qu’alors sa conception lui vient par les tons, — comme la poésie vient par la rime — et que son art présente
aussitôt les plus curieuses affinités avec l’art japonais dont il a deviné la technique, suivant l'idée du pinceau.
Peintre, son inspiration s’est trop rarement adressée à la palette, cependant il a donné quelques portraits d’aussi vivante expression que de large facture et quelques paysages d’un charme d’autant plus captivant qu’il est simple, et sa verve, un jour, a su rencontrer la bonne fortune de l’œuvre heureuse, de l’œuvre maîtresse, en une Scène d’invasion, très grande en son réalisme vrai, sans outrance et par cela même tragique, toile où l’homme des lumières les plus audacieusement éclatantes a su se tenir en une harmonieuse gamme de tons fins, en un demi-jour discret et délicat presque hollandais, mais c’est que cette fois il est en Lorraine, nous faisant ressouvenir qu'il a souffert avec nous, qu’il a partagé nos angoisses, que son cœur a battu à l’unisson des nôtres.
Cependant une autre tentation d’art l’attirait , séduisante, et dont il fut longtemps le Tentale, devant laquelle il restait hésitant, n’osant s’y essayer, l’Eau-forte.
Sa main lui permettraitelle de manier assez légèrement, assez habilement le burin, qui lui semblait l’épée d’une escrime, d’une keironomie inconnues ?
Un ami vint le secourir, Henri Boutet, artiste à qui rien de l’art n’est étranger.
Et celui-ci, de profonde tendresse, conseillant, guidant, initiant celui-là à tous les arcanes du métier , bientôt Vierge, ravi, put obtenir des planches satisfaisantes , puis meilleures, puis tout à fait réussies, parmi lesquelles il
convient de signaler un de ces Moines dont sa verve avait le secret, une très curieuse planche, Misère à Londres, des Arabes, vus à l’Universelle de 1900, un Vieillard, un Berger, un Chanteur,
une Fumeuse de ciga-
rette respirant l’Espagne autant qu’elle aspire la fumée, un amusant Menu, une piquante Carte pour son ami Paul Gallimard et une page de surprenante vitalité , variation sur Pablo de Ségovie , œuvres recherchées à bon droit par les amateurs et , qui
mieux est, par les con-
naisseurs. Il y a une nuance.
Il est à vivement regretter que son beau projet de tâter de la pierre n’ait pas eu de suite. Nul doute qu’avec un artiste de telle valeur ne se fut produit un lithographe de premier ordre, capable de rénover, de relever cet art charmant mais qui ne peut retrouver la vie qu’à la seule
condition d’être original et ne peut être original qu’à la
seule condition de rester original. Qu’on se le dise !
Bien des gens croient qu’il y a des quartiers de lard où il n’y a pas seulement de crochet pour les pendre!
soupire le bon Sancho.
Son Don Quichotte est terminé, prêt pour la gravure. Carteret, nous l’avons dit, vient de publier Colomba et, délicatement soucieux du Bibliophile, afin de lui présenter la perle en un écrin digne de Mérimée, l’éditeur avisé, qui sait prendre le bien où il se trouve, a eu soin d’en confier l'exécution à Vierge.
Mais comme à ce combatil sans cesse il faut l’action, à cette âme une pensée, à cet esprit une étude, à cette main un but, aussitôt un rêve lui point, qui l’enthousiasme, magnifier Carmen ; après Bizet qui l’a fait chanter, faire chanter pour elle le crayon. Capiteuse recherche de la réalisation, il est de nouveau pris de la fièvre du cro-
quis, médité, cherché, trouvé, indiqué, repoussé, refait jusqu’à satisfaction, sites et personnages se présentant sous vingt aspects, sous vingt poses diverses. Et les feuillets, innombrables, com-
mencent de joncher la table, de joncher le divan, de joncher tous les meubles, de joncher l’atelier, puis, bientôt toute la riante maisonnette du Parc des Princes, demeure du sage, nid modeste en lisière de forêt.
Séville ! de la fabrique de tabac à la Plaza de Toros, sur le môle féerique du Guadalquivir hérissé de mâtures et de vergues, dans les fumeuses tavernes de Triana, au marché, par les jardins et par les rues, allant, venant, courant, se cherchant.
s’évitant, Carmen, fille aux instincts pervers, Escamillo, tombeur de taureaux et de femmes, Don José, cœur éperdu de jalousie, affolé jusqu’au crime, — j’aime mieux ton amour que ta vie I — l’existence ardente, folle, enragée ! Quel cadre, quel sujet !
Un autre ouvrage de lui où l’Espagne se trouve encore au bout de son crayon est la Nouvelle de Mérimée, datant de 1834, Les Ames du Purgatoire , commandé par Charles Meunier. Dans la deuxième livraison de la Revue des Arts Bibliophiliques, que publie le même éditeur, M. Léon Thévenin, en un excellent article, considère ce volume comme le testament, comme le dernier legs de la pensée de Vierge. Par une rencontre étrange et dramatique de son destin, dit le critique. Vierge a été frappé au moment même où il travaillait à l’illustration représentant les Funérailles du duc de Gandia : un cercueil découvert, laissant voir le profil si hautain et si tragique du mort, au milieu des cierges qui brûlent, de la foule qui se presse, des têtes de moines qui se courbent , composition superbe et digne de ses meilleures pages. Est-il possible, d’ailleurs de rêver collaboration plus parfaite, des dessins de Vierge, un texte de Mérimée, — à