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XX. — Apparitions et matérialisations d’esprits

Les phénomènes d'apparition et de matérialisation sont de ceux qui impressionnent le plus vivement les 'expérimentateurs. Dans les manifestations dont nous nous sommes occupé précédemment, l’esprit agît au moyen d'objets matériels ou d’organismes étrangers. Ici, nous allons le voir directement à l’œuvre. Sachant que, parmi les preuves de sa survivance, il n’en est pas de plus puissante que sa réapparition sous la forme humaine, celle de sa vie terrestre, l’esprit va travailler à reconstituer cette forme au moyen des éléments Hui diquesetdela force vitale empruntés aux assistants.

Dans certaines séances, en présence de médiums •doués d’une forcepsychiqueconsidérable, on voitse formerdesmains,des visages, desbustes etmémedes corps •entiers, ayant toutes les apparences de la vie : chaleur, mouvement, tangibilité. Ces mains vous touchent, tous caressent ou vous frappent; elles déplacent des objets et font résonner des instruments de musique ; •ces visages s’animent et parlent ; cescorps se déplacent, circulent au milieu des assistants. Vous pouvez les saisir, les palper; puis, ils s’évanouissent tout à coup, passant de l’état solide à l'état fluide après une durée •éphémère.

De même que les phénomènes d'incorporation nous initient aux lois profondes de la psychologie, la reconstitution des formes d’esprits va nous familiariser avec les états les moins connus de la matière. En nous

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montrant quelle action la volonté peut exercer sur les impondérables, elle nous fera toucher aux secrets les plus intimes de la création, ou plutôt du renouvellement éternel de l’univers.

Nous savons que le fluide uaiversel ou fluide cosmique éthéré représente l’état le plus simple de la matière ; sa subtilité est tellequ il échappe à toute analyse. Et cependant, de ce fluide, procèdent, par des condensations graduées, tous les corps solides et lourds qui constituent le fond de la matière terrestre. Cescorpsne sont pas aussi denses, aussi compactsqu’ils le paraissent. Ils sont traversés avec la plus grande facilité par les lluides, aussi bien que parles esprits eux-mêmes. Ceux-ci, par la concentration de leur volonté, aidés de la force psychique, peuvent les désagréger, en dissocier les éléments, les ramener à l’état fluide, puis les déplacer et les reconstituer dans leur premier état. Ainsi s’explique le phénomène des apports.

Parcourant ses degrés successifs de raréfaction, la matière passe du solide au liquide, puis à l’état gazeux, enfiu à l’état fluide. Les corps les plusdurs peuvent ainsi retourner à l'état invisible et éthéré. En sens inverse, le fluide le plus subtil peut se changer, graduellement, en corps opaque et tangible. Toute la nature nous montre l'enchaînement des transformations qui conduisent la matière, de l’éther le plus pur à 1 état physique le plus grossier.

A mesure qu’elle se raréfie et devient plus subtile, la matière acquiert des propriétés nouvelles, des forces d une intensité croissante. Les explosifs, les radiations

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de certaines substances, la puissance de pénétration des rayons cathodiques, l'action à grande distance des ondes hertziennes, nous en fournissent des exemples. Par eux, nous sommes amenés à considérer l'éther cosmique comme le milieu où la matière et l’énergie se confondent, comme le grand foyer des activités dynamiques, la source des forces inépuisables que dirige la volonté divine et d’où s’épandent en ondes incessantes les harmonies de la vie et de la pensée éternelle.

Eli bien! — et ici la question va prendre une ampleur inattendue — l’action exercée par la puissance créatrice sur le tluide universel pour enfanter des systèmes de mondes, nous allons la retrouver sur un plan plus modeste, mais soumise à des lois identiques, dans l’action de l’esprit reconstituant les formes passagères qui établiront, aux yeux des hommes, son existence et son identité.

Les memes nébulosités, agrégats de matière cosmique condensée, germes de inondes, que nos télescopes nous montrent au fond des espaces, vont apparaître dans la première phase des matérialisations d’esprits.

C’est ainsi que l’expérimentation spirite aboutit aux plus vastes conséquences. L’action de l'esprit sur la matière peut nous faire comprendre de quelle façon s’élaborent les astres et se déroule l’œuvre gigantesque du Cosmos.

Dans la plupart des séances, on distingue d’abord des amas nébuleux en forme d’œuf, puis des traînées fluidiques brillantes qui se détachent, soit des murs et des parquets, soit des personnes elles-mêmes, gros-

sissent peu à peu, s’allongent et deviennent des formes spectrales.

Les matérialisations sont graduées à I infini. Les esprits condensent leurs formes de façon à être perçus tout d’abord par les médiums voyants. Ceux-ci décrivent la physionomie des manifestants, et ce qu’ils décrivent, la photographie vient le confirmer, aussi bien à la clarté du jour qu’à la lumière du magnésium (1). On sait que la plaque sensibleest plus impressionnable que l’œil humain. A un degré supérieur, la matérialisation se complète; l’esprit devient visible pour tous; il se laisse peser; ses membres peuvent laisser des empreintes, des moulages dans des substances molles.

Ln tout ceci, le contrôle doit être très rigoureux. 11 faut se garder avec soin de toutes les causes d’erreur ou d’illusion. C’est pourquoi on doit recourir, autant que possible, aux appareils enregistreurs et à la photographie.

Voyons d’abord les cas où l’on a pu fixer sur la plaque les images d’esprits, invisibles pour les assistants. Si des supercheries et des abus nombreux se sont produits dans cet ordre de faits, en revanche, les expériences et les témoignages sérieux abondent.

l/académicien anglais Russell-Wallace, expérimentant dans sa propre demeure, avec des personnes de sa famille, obtint une photographie de l’esprit de sa mère, où une déviation de la lèvre constituait une preuve convaincante d’identité. Le médium voyant

(i) Aksakof, Animisme el Spiritisme, p. 74.

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avait décrit l’apparition avant la fin de la pose, et la description fut reconnue exacte (1).

Le peintre Tissot, célèbre par les illustrations de sa Vie de Jésus , obtint une preuve non moins frappante : la photographie d’un groupe composé du corps physique et du corps fluidique de son médium, dédoublé, en même temps que celle d’un esprit désincarné et de l’expérimentateur (2).

Des constatations analogues ont été faites par les docteurs Thomson et Moroni, par les professeurs Boutlerov et Rossi-Pagnoni et par M. Beattie, de Bristol. Tous s’entourèrent des précautions les plus minutieuses. On peut lire dans Animisme et Spiritisme , d’Aksakof. page 27, la relation détaillée des expériences de M. Beattie.

Dans la première série des expériences, une forme humaine se dessina sur la plaque à la dix-huitième pose. Plus tard, le docteur Thomson s’associe à ces recherches, et l’on obtient toute une série de têtes, profils et formes humaines, vagues d’abord, puis de plus en plus distinctes, qui, toutes, avaient été décrites au préalable par le médium entrancé. Parfois, on opérait dans les ténèbres. Voici ce que dit Aksakof (3) :

« Dans ces expériences, nous nous trouvons en présence, « non de simples apparitions lumineuses, mais de conden « sations d’une certaine matière, invisible à notre œil et qui

(î) A. Russell-Wallace, les Miracles et le Moderne spiritualisme y p. 255 .

(2) Revue parisienne , juin 1899.

( 3 ) Aksakof, toc. cit. y p. 41.

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« est, ou lumineuse par elle-même ou bien qui reflète sur la « plaque photographique les rayons de lumière, à l'action « desquels noire rétine est insensible. Qu'il s’agit ici d une « certaine matière, cela est prouvé par ce fait qu’elle est « tantôt si peu compacte que les formes des personnes pré- « sentes se voient au travers, et que tantôt elle est si dense « qu'elle couvre l’imagedes assistants. Dans un cas, la forme « apparue est noire. »

On le voit, Aksakof croit comme nous que ces manifestations ne sauraient s'expliquer sans l’existence d’un fluide ou éther, substance moulée par des êtres intelligents invisibles. C’est ce qui prête au phénomène, pense-t-il, un double caractère, à la fois matériel, dans le sens strict du mot, et intellectuel, par l'intervention d’une volonté façonnant artificiellement cette matière invisible dans un but déterminé.

Mumler, photographe de profession, obtenait sur ses plaquesles images de personnes défuntes.On lui intenta un procès pour supercherie, mais on ne put découvrir aucune fraude et le photographe gagna son procès.

Non seulement l’enquête judiciaire établit le fait de la production sur les plaques de figures humaines invisibles à l’œil nu, mais douze témoins déclarèrent avoir reconnu dans ces figures les images de leurs parents décédés. Plus encore, cinq témoins, parmi lesquels le grand juge Edmonds, déposèrent que des images se sont produites et ont été reconnues, alors que les personnes représentées n’avaient jamais élé photographiées de leur vivant (1). On ob-

(i ) Aksakof, Animisme et Spiritisme , pp. 5 q à 77.

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tint même, dans le cas de M. Bronson Murray (1), l'image de personnes défuntes, en l'absence de tout témoin les ayant connues sur la terre.

On a pu photographier les phases successives d une matérialisation. J’ai en ma possession une série de reproductions que je dois à l'obligeance deM. Volpi, directeur du Vessillo, à Rome, dont l’intégrité est audessus de tout soupçon. Elles représentent les apparitions graduées d une forme d’esprit, très vague à la première pose, se condensant de plus en plus et, enfin, devenant visible pour le médium, en même temps qu’elle impressionne la plaque photographique.

Rappelons maintenant quelques-uns des cas où l’apparition est visible pour tous les assistants, en même temps que le médium, ce qui rend toute confusion impossible. L’esprit matérialisé a toutes les apparences d’un être humain ; il s’agite et marche, s’entretient avec les personnes présentes et, après avoir vécu quelques instants de leur vie, s’évanouit lentement, fond, pour ainsi dire, sous leurs yeux.

C’est d’abord le cas célèbre de Ivatie King, forme féminine qui se manifesta pendant plusieurs années chez sir W. Crookes, de la Société royale de Londres, et dont nous avons déjà parlé (2).

(1) Aksakof, Animisme et Spiritisme , p. 67.

(2) Voir Après la Mort , p. 194 ; W. Crookes, Recherches sur te spiritualisme , passim, et Aksakof, toc. cit. } pp. 95, 201 h 205, 255.

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On a souvent cherché à insinuer que W. Crookes était revenu sur ses affirmations. Or voici ce qu'il disait, à propos de ces phénomènes, dans son discours au congrès pour l’avancement des sciences (British Association), tenu à Bristol en 1898, et dont il était président :

« Trente ans se sont écoulés depuis que j’ai publié les « comptes rendus d’expériences tendant à démontrer que, en « dehors de nos connaissances scientifiques, il existe une « force mise en œuvre par une intelligence qui ditïère de « l’intelligence commune à tous les mortels... Je n'ai rien à « rétracter; je maintiens mes constatations déjà publiées. Je « puis même y ajouter beaucoup. »

M me Florence Marryat, auteur renommé, a laissé dans une de ses œuvres 1 une relation détaillée des séances de Crookes, dont elle était un des témoins les plus assidus. En voici un fragment :

« J’ai assisté plusieurs lois aux investigations faites par M. Crookes pour se convaincre de l’existence de l'apparition. J*ai vu les boucles sombres de Florence Cook attachées à terre, devant le rideau, à la vue de tous les assistants, tandis que Katie se promenait et causait avec nous. J’ai vu Florence et Katie plusieurs fois l'une après l'autre, de sorte que je ne puis avoir le moindre doute quelles étaient deux individualités distinctes... Au cours d’une séance, on demanda à Katie de se dématérialiser en pleine lumière. Elle consentit à se soumettre à l’épreuve, bien qu elle nous dit ensuite que nous

fi) Fl. Marryat , le Monde des Esprits, 189',, traduit de Ilot Tœkomstig Lever». Ulrecht, août 1902.

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lui avions fait beaucoup de mal Elle alla se placer contre le mur du salon, les bras étendus en croix. Trois becs de gaz furent allumés. L’ellet produit sur Katie fut terrifiant. A peine la vit-on encore pendant une seconde, puis elle s’évanouit lentement, ,1e ne puis mieux comparer son elîondrement qu’à une poupée de cire fondant devant un brasier. D’abord, les traits de la figure, vaporisés et confus, semblaient entrer l’un dans l’autre. Les yeux tombaient dans leurs cavités; le nez disparut et le front se brisa. Les membres et la robe eurent le même sort; tout descendait de plus en plus dans le tapis, comme une maison qui s’écroule. A la lumière des trois becs de gaz, nous regardions fixement la place que Katie King avait occupée. »

Nous avons tenu à reproduire cette description afin de montrer combien grande est la puissance de désagrégation de la lumière sur les créations lluidiques temporaires et la nécessité des séances obscures, tant décriées par certains critiques peu compétents.

Un autre cas célèbre, réuuissant les meilleurs éléments de certitude, les preuves les plus concluantes ( 1), est l’apparition d’Estelle Livermore, défunte, à son mari, le banquier Livermore, à New-York, de 1861 à 1866, en 388 séances, dirigées par un autre esprit, qui se désignait lui-mème sjus le nom de docteur Erankhn.

Le phénomène se complète par une série de preuves d'un caractère persistant. Une centaine de messages sont écrits par Estelle, sous les yeux de son mari, sur des cartes apportées et marquées par lui. Grâce à une

fi) Voir Aksakof, Animisme et Spiritisme, pp. 620, C21.

lumière mystérieuse qui enveloppait le fantôme, M. Livermore reconnaissait la main, les traits, les yeux, le front, les cheveux de celle qui écrivait. « Son visage », dit-il, «était d'une beauté surhumaine et me regardait avec une expression de bonheur. »

Ces faits sont déjà anciens et ont été souvent relatés. Nous ne pouvions cependant les passer sous silence, en raison de leur importance et du grand retentissement qui leur a été donné. En voici de plus récents. Ici, ce ne sont plus seulement des formes isolées qui apparaissent, mais des groupes d’esprits matérialisés, dont chacun constitue une individualité distincte du médium. Des formes, de tailles et de dimensions différentes, se montrent ensemble, s’organisent graduellement aux dépens d’une masse fluidique nébuleuse, puis se dissolvent tout à coup, après s’être mêlées pendant un instant aux travaux et aux entretiens des expérimentateurs.

Le docteur Paul Gibier, directeur de 1 Institut Pasteur, de New-York, a présenté au congrès de psychologie de Paris, en 1900, un mémoire très étendu sur des « matérialisations de fantômes (I) », obtenues par lui dans son propre laboratoire, en présence des préparateurs qui l’aident habituellement dans ses travaux de biologie. Plusieurs dames de sa famille assistaient, en outre, à ces expériences. Elles avaient pour mission spéciale de surveiller le médium,

(i) Voir Comple rendu officiel du IV e Congrès international de psychologie. Paris, Félix Alcan, édit., 1901, p. 675, reproduit in extenso dans les Annales des Sciences psychiques , du docteur Dariex. février 1901.

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M mc Salmon, de vérifier ses vêtements, toujours noirs, alors que les fantômes apparaissaient en blanc.

Toutes précautions furent prises. On se servait d*une cage métallique, soigneusement close, avec porte en fer fermant au cadenas. Pendant les séances, le médium est enfermé dans cette cage, dont la clef ne quitte pas le docteur (iibier. Par surcroît de précautions, un timbre-poste français est collé sur l’ouverture du cadenas. La cage est complétée par un cabinet de tentures. D’autres fois, on se sert du cabinet sans cage.

De nombreuses séances eurent lieu dans ces conditions. Nous n’en relaterons qu’une seule, parce quelle résume toutes les autres (1).

Le 10 juillet 1898, le médium, M r,,e Salmon, est placé dans le cabinet et garrotté sur sa chaise. De plus, un ruban est passé autour de son cou et fixé par un nœud chirurgical. Les extrémités du ruban sont passées par deux trous percés dans le plafond du cabinet et attachées entre elles par un double nœud très serré, bien loin de la portée du médium, qui est vêtu de noir. La lumière est abaissée; mais on distingue les objets.

Des apparitions de bras, de bustes, de faces, incomplètes, se produisent d'abord. Des formes entières leur succèdent, vêtues de blanc. Leurs tailles varient, depuis une forme d’enfant, la petite Maudy, jusqu’à des fantômes de haute stature. Puis, viennent des formes de femmes, minces et gracieuses, alors que le médium est une personne de cinquante ans, douée d’un certain embonpoint. Dans le nombre, une forme mascu-

(i) Annales des sciences psychiques , mars-avril, 1901.

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line, grande et barbue. C’est Ellan, un esprit à la voix forle, qui distribue de vigoureuses poignées de main aux assistants. Cette main, pressée parcelle du docteur Gibier, fond peu à peu sous son étreinte.

Ces apparitions se forment sous les yeux des expérimentateurs. On distingue d'abord un point nébuleux, brillant et mobile, qui s’étend et s’allonge en forme de colonne; puis c’est un T. Celui-ci se change en un profil de femme voilée. Enfin, une charmante figure de jeune fille, svelte, délicate, se dessine, se condense. Elle se promène parmi l’assemblée, salue, serre les mains tendues vers elle. Après quoi, l’apparition s’écroule comme un château de cartes. Un instant, on aperçoit encore une tête gracieuse émergeant au dessus du parquet, puis tout disparait. Au même instant, le docteur Gibier touche le médium qui est à sa place, lié, dans le cabinet. On fait la pleine lumière; les rubans sont vérifiés, reconnus intacts; il faut un certain temps pour les détacher.

Ces formes s’agitent et parlent. Elles donnent leurs noms : Blanche, Lélia, Musiquita, etc. Celle-ci joue d’une guitare. Toutes s'entretiennent avec les assistants; leurs voix se font entendre de tous les points de la salle. Quant aux tissus dont les apparitions sont revêtues, elles disent elles-mêmes les produire à l’aide d’éléments empruntés aux vêlements du médium, dématérialisés en partie. Dans une séance, l’esprit de Lélia forme avec le souffle, sous les yeux des assistants, un tissu léger de gaze blanche, qui s’étend peu à peu et couvre toutes les personnes présentes. C’est un exemple de création par la volonté qui vient con-

APPARITIONS ET MATERIALISATIONS |f ESPRITS TVt

lirmer ce que nous disions au début de ce chapitre.

D’où viennent ces apparitions et quelle est leur nature ? Le docteur Gibier va nous le dire : « Les fantômes interrogés déclarent tous eux-mêmes être des entités, des personnalités distinctes du médium, des es prits désincarnés, qui ont vécu sur la terre et dont la mission est de nous démontrer l existence de l’autre vie. »

Ln détail, entre autres, va nous démontrer que ces esprits ont tout le caractère humain. « Les formes », dit Gibier, « se montrent très timides au début et il faut gagner leur confiance. »

L’identité d’un de ces esprits a été établie d une manière précise. C'est celle de Blanche, parente défunte de deux dames assistant aux séances; elle était nièce de I une et cousine de l'autre. Toutes deux ont pu l’embrasser à maintes reprises et s’entretenir avec elle en français, langue que ne comprend pas le médium.

Le docteur Gibier a remarqué que les manifestations variaient d’intensité, suivant le « volume de forces » fourni aux esprits par le médium, et se produisaient, selon les cas, à une plus ou moins grande distance de la cage ou du cabinet ou celui-ci était assis.

Au cours d’une séance, un fait troublant se produisit. Le médium, entrancé et enfermé dans la cage, fut retrouvé en dehors, à la fin de la soirée. D'après les explications données par l’esprit Ellan, la porte de la cage avait été dématérialisée, puis reconstituée parles agents invisibles (1). C’est là un cas remarquable de

(1) Annales des Sciences psychiques , mars-avril 1901.

désagrégation et de reconstitution de la matière qu'il était bon de signaler.

D’autres témoignages, non moins importants, ont été recueillis par le congrès spiritualiste de 1900, à Paris.

Dans la séance du 23 septembre, le docteur Bavol, ex-gouverneur du Dahomey, actuellement sénateur et président du Conseil général des Bouches du Rhône, a exposé avec clarté les phénomènes d’apparilion observés du 1 er janvier 1899 au 6 septembre 1900 dans une ferme des Aliscamps, à Arles (I).

Nous avons visité, depuis lors, le cimetière romain des Aliscamps (Champs-Elysées), où. parmi les ifs et les térébinthes, sous le ciel pur de la Provence, s’alignent de longues rangées de sarcophages antiques. Nous avons vu la sépultured’Acella, dont il va êtrequestion, et lu l'inscription suivante : « A ma fille Acella, morte à 17 ans, la nuit même de ses noces. » C’est dans une ferme voisine, construite avec des pierres tombales, que se firent les expériences du docteur Bayol, en présence de personnages éminents, tels que le préfet des Bouches-du-Rhône, un général de division, le grand poète Mistral, auteur de Mireille, des docteurs en médecine, des avocats, etc.

Les phénomènes commencèrent par les mouvements

(i) Voir Compte rendu du Congrès spirile el spiritualiste de 1900, pp. 241 et suiv. I.eymarie, éditeur.

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d’une lourde table qui roulait dans la pièce avec grand bruit. Puis, on vit des globes lumineux voltiger et se refléter dans les glaces, ce qui démontrait bien leur objectivité. Le docteur Bayol eut l'idée d’évoquer l’esprit d’Acella, la jeune romaine, morte au temps des Antonins. Une flamme apparut, vint à lui et se posa sur sa tête. Il s’entretenait avec elle comme il l’eut fait avec une personne vivante, et la flamme s’agitait d’une façon intelligente. Parfois, on voyait jusqu’à dix et douze flammes qui paraissaient intelligentes; la salle entière en était illuminée.

« Etions-nous hallucinés ? » se demande le docteur Bayol. « Nous étions quelquefois dix-neuf et je crois qu’il est difficile d’halluciner un vieux colonial comme moi. »

Plus tard, à Eyguières, Acella se rendit visible et donna une empreinte de son visage dans la paraffine, non pas en creux, comme se produisent habituellement les moulages, mais en relief. Puis ce furent des apports, des pluies de feuilles de rose, de feuilles de figuier, de laurier, remplissant les poches du narrateur. Un poème fut dicté en langue provençale et des mélodies tirées d’une mandoline, sans contact apparent.

Les médiums, gens illettrés, obtinrent des phénomènes d’écriture en langue grecque. D’autres fois c’étaient des effets physiques d une grande puissance. Un des médiums lut projeté dans le vide, à une hauteur de quatre mètres, et retomba sur une table sans se faire de mal.

« Mes expériences », a dit le docteur Bayol dans son

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exposé (1), « ont été entourées de toutes les précautions possibles. Il y a en France une chose formidable, un monstre terrible, qui fait peur aux Français et qui s’appelle le ridicule. Vous permettrez à un vieux colonial comme moi de le braver. Je suis convaincu que j'ai raison et que je ne dois pas avoir peur de dire la vérité. »

Au cours des années 1001 et 1902, toute la presse italienne s’est occupée d une série de séances données par le médium Lusapia Palndino, au cercle Minerva, à Lènes, en présence des professeurs Lombroso, Morselli, F. Porro et du spirituel écrivain, connu dans toute la péninsule et fort sceptique à l’endroit du spiritisme : A. VassaJo, directeur du Secolo XLX

Dix séances se succédèrent. Après de nombreux phénomènes physiques et plusieurs cas de lévitation (2), des apparitions se formèrent. Voici comment M. Vassalo les décrit dans son journal (3).

« Le phénomène dure trop longtemps pour qu il puisse « être question d hallucination partielle ou collective. Au- « dessus de la tète du médium se montre une main blanche « qui salue tous lesassistants. Pour développer le phénomène, « on éteint la lumière empêchant la matérialisation. Immé- « diatement,jeressensderrièremoilecontactindéniabled’une

(1) Compte rendu du Congrès spiritualiste de 1900, pp. 2.o3, 204.

(2) Voir chap. XVII, p. 22O.

1 ( 3 ) Secolo XIX , de Gènes, articles du 21 au 25 juin 1901.

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personne; deux bras m'entourent, avec passion et tendresse; deux petites mains tluettes proportionnées à la rnain entrevue me prennent la tète en la caressant. Une lumière mystérieuse m’éblouit et je reçois de longs et nombreux baisers entendus de tous. Ce ne peut-être que mon fils défunt Naldino, et maintenant que l’on allume une bougie, une silhouette se dessine à côté de moi, visible pour tous et représentant exactement les traits de mon petit garçon décédé; cette forme demeure immobile pendant plusieurs secondes. »

« La quatrième séance nous montre le phénomène à son point culminant. Naldino apparaît de nouveau. D'abord, une longue embrassade pendant laquelle je sens une line forme de garçon se presser contre moi. Puis, une multitude de baisers, perçus de tous, et des mots exprimés en dialecte génois — le médium ne parle que le napolitain — que tous entendent et qui ont un timbre particulier auquel je ne puis me tromper : « Papa mio ! papacaro î » entremêlés d'expressions de joie « o dio ! »

« Tout à coup le contact avec l'invisible et pourtant si visible semble vouloir s’etlacer; il semble s’évaporer, puis un nouvel embrassement. Je reçois trois longs et passionnés baisers, et la voix me dit : « Ceux là sont pour maman. » On nous engage à rallumer la lumière électrique et, comme si I invisible voulait nous donner une dernière preuve de sa présence, un phénomène entrevu dans une séance précédente par le professeur Lombroso sc renou velle. Nous apercevons tous une forme humaine, ayant toute ressemblance avec celle déjà désignée, s’avancer vers moi, ouvrir les bras et m'entourer. Une de ses mains tient ma main droite, pendant qiie, de la main gauche, je tiens toujours le médium qui, comme nous pouvons nous en assurer tous, repose sur sa chaise dans une hypnose profonde. »

Certains soirs, les apparitions sont multiples. Des profils indistincts, des contours de têtes, des ombres obscures se dessinent sur un fond faiblement éclairé; des fantômes blancs, dune extrême ténuité, se montrent dans les parties ténébreuses de la salle. Le professeur Morselli reconnaît l’ombre de sa petite fille, décédée à l’âge de onze ans. M. Bozzano sent une délicate main de femme l’étreindre, le caresser; deux bras entourent son cou. Une voix faible, mais distincte, prononce un nom qui est pour lui « une révélation d’outre-tombe ». Pendant tout ce temps, le médium, éveillé, gémit, implore ses amis invisibles, leur demande du secours. Ses souffrances deviennent telles qu’il faut suspendre la séance.

Au cours d’une séance dirigée par le docteur Morselli, professeur de psychologie à l’université de Gênes, pendant laquelle le médium, après examen minutieux de ses vêtements, fut attaché sur un lit, cinq formes matérialisées apparurent en demi-lumière. La dernière était celle d’une femme enveloppée de gaze transparente et portant dans ses bras un petit enfant. Une autre figure de jeune femme, dont l’ombre projetée par la lumière du gaz se dessinait sur la muraille, salua et l’ombre suivit tous les mouvements de la forme (1).

Une vive polémique s'engagea entre plusieurs journaux au sujet de ces expériences. Dans une de ses répliques, le professeur Morselli s’exprimait ainsi : « Je déclare que le spiritisme mérite pleinement d’être étudié par les savants et j’avoue que j’y crois entièrement.

(1) Revue des Etudes psychiques , septembre 1902, p. 26U

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Moi, le matérialiste obstiné; moi, le directeur énergique d’un journal intransigeant et positiviste, on voudrait me faire passer pour la victime d’une hallucination ou pour un crédule néophyte! »

A. Yassalo, dans une conférence, faite depuis à Rome, au local de l’Association de la presse, devant un public d’élite, sous la présidence de M. Luzzatti, ancien ministre, a courageusement exposé tous les faits dont nous venons de parler et affirmé les apparitions de son fils défunt.

Les apparitions et matérialisations d'esprits ne se comptent plus. Elles ont été observées en tous pays par de nombreux expérimentateurs. Moi-môme, j'ai pu en constater une à Tours, que j’ai décrite dans Christianisme et Spiritisme , p. 2.T1. ()ans ce cas, la forme était vague et sombre. Elle ne marchait pas; elle glissait sur le parquet. Mais parfois, les apparitions revêtent tous les caractères d’une idéale beauté.

M. Georg Larsen, dans une lettre adressée au journal suédois Eko (1), décrit l’apparition de son épouse Aûna, décédée le 24 mars 1899. Le phénomène eut lieu à Berlin, en 1901, en présence de la princesse Karadja, de la comtesse de Moltke et d'autres personnes. Le médium était M ,ne Abend. Un procès-verbal fut établi et signé par tous les assistants. M. Larsen s'exprime ainsi :

(i) Voir Reçue scientifique et morale du spiritisme , mai icjoi,

« Les rideaux s'ouvrirent, découvrant un spectacle merveille Jeux. Nous vîmes une femme élancée, vêtue comme une « mariée, avec un long voile blanc tombant de la tète aux « pieds; mais quel voile ! 11 semblait tissé de rayons aériens « lumineux. Comme je reconnaissais le visage! Il y a douze « ans, je menais à l'autel cette femme, vivante alors ! Quelle « était belle, avec le voile sur ses cheveux noirs et rétoile « brillant au-dessus de sa tète! J’entendis autour de moi des « exclamations d'étonnement. Mes yeux restèrent fixés sur « le visage bien aimé jusqu’à ce que les rideaux se refer « massent de nouveau ».

« In instant après, elle reparut, telle qu elle était dans « notre maison; elle avança plus près de moi et se tint les « bras étendus et levés. Ses cheveux noirs formaient le plus « beau cadre autour de son visage; elle avait les bras nus; « le corps svelte était drapé dans une longue robe d’un blanc « de neige. Elle me regardait de ses yeux noirs lumineux; « je retrouvais son expression affectueuse, son attitude; « c'était ma femme vivante; mais l’apparition entière avait « une beauté et une harmonie exquises, un ensemble idéa- « lisé que ne possède pas un être de la terre. Je murmurai « son nom. Le sentiment d'un bonheur inexprimable s’em- « parait de moi. Elle glissa silencieusement dans le cabinet « dont les rideaux se refermèrent. La chambre était bien « éclairée; les assistants étaient calmes et sérieux ; le médium « resta visible dans son fauteuil, à côté et pendant tout le « temps de l’apparition »

Sur la demande de M. Larsen, un morceau du voile lui fut laissé. Il est encore entre ses mains. Ce voile* dit-il, d’un tissu délicat, a été tissé avec la même matière que l’esprit emploie pour se rendre visible et qui tire son origine des radiations du corps humain.

APPARITIONS KT MATEltlAUSATIONS D'iiSPRlTS 33q

Dans leur critique des phénomènes d’apparition, les détracteurs du spiritisme ont presque toujours recours à la théorie de l’hallucination. C’est là une explication aussi vague que commode, et plutôt un mot vide, destiné à dissimuler la pénurie d’arguments de contradicteurs aux abois.

11 faudrait d’abord préciser ce qu’est l'hallucination. C'est, nous dit-on, une erreur des sens. Mais le champ de nos perceptions est si limité ; tant de choses, dans la nature, échappent à nos sens imparfaits, que nous ne savons jamais, dans les cas contestés, s’il ne s’agit pas d’objets perçus par des sens plus subtils, plus affinés que ceux de la généralité des hommes.

Nous l'avons vu, un grand nombre de manifestations spirites s’appuient sur des photographies ou des moulages qui, en confirmant leur authenticité, écartent toute possibilité d’erreur.

Aksakof a obtenu des photographies d’une forme d'esprit matérialisé qui soutenait dans ses bras le médium Eglinton, profondément entrancé et dans un état complet d’épuisement. Tous les assistants distinguaient l’apparition, de haute taille, à barbe noire, aux yeux perçants (I ).

Chez M me d’Espérance, à Gothembourg, en 1897, de nombreuses photographies d’esprits furent obtenues en

(1) Voir Animisme et Spiritisme, pp. 23 * 2 , 2^o.

DANS r. LWISlliLE

présence d’Aksakof et d’autres expérimentateurs (I).

Des moulages de membres matérialisés sont obtenus dans la paraffine fondue, moulages au moyen desquels on fait ensuite un modèle en plâtre reproduisant en relief, avec une exactitude parfaite, tous les détails anatomiques de la forme.

Les mains, moulées à l’aide de ce procédé, n’ont pas de rapport avec celles des médiums. Le professeur de géologie Denton en a obtenu de dilïérentes graudeurs, depuis des mains gigantesques, dépassant les dimensions de maius humaines, jusqu a des doigts de petit enfant. Far mesure de contrôle, les expériences furent faites dans une caisse fermée à clef et cachetée, examinée au préalable par tous les assistants. L’opération eut lieu en pleine lumière, le médium étant constamment observé, et des procès-verbaux furent signés par les expérimentateurs; parmi ceux-ci se trouvaient le professeur Denton, le docteur (iardner, le colonel Cope, Epes Sargent, homme de lettres bien connu aux Etats-Unis, etc. (2).

Les mêmes expériences furent faites avec les mêmes résultats par M. Heimers, de Manchester. Là, le médium a la tète et les mains enfermées dans un sac de tulle noué à la ceinture. Les agents occultes sont visibles en même temps que le médium. Dans une séance, on voit simultanément ce dernier et quatre formes matérialisées, chacune ayant ses traits parti-

(0 Voir G. d’Espérance, Au Pays de l'ombre. Leymarie, édit., 1899, avec photographies des esprits Leila, Yolande, Y-An- Ali, etc., pp. 255 . 3 10, 3i2et préface d’Aksakof.

(2) Voir Aksakof, loe. cil., pp. 127 à 178.

APPARITIONS ET MATERIALISATIONS D ESPRITS 3ql

culiers qui la distinguent des autres figures. Elles se présentent aux assistants après l’opération du moulage et les invitent à retirer eux-mêmes les gants de paraffine de leurs mains ou de leurs pieds matérialisés (l).

Toute supercherie est d’ailleurs rendue impossible par le fait que la paraffine étant bouillante, aucune main humaine n’en pourrait supporter la température excessive. Une main humaine ne saurait non plus se détacher du moule sans en briser ou tout au moins sans en endommagerla forme, délicate et très friable, tandis que la main occulte semble se dématérialiser dans le moule même.

Les matérialisations de membres lluidiques peuvent quelquefois s’expliquer par un dédoublement partiel de l’organisme du médium. Aksakof a obtenu un moulage du [lied de la forme dédoublée d’Eglinton (.2). On a constaté également que les mains extériorisées d’Eusapia Paladino laissaient des empreintes à distance dans des substances molles.

De ces faits, on a cru pouvoir déduire que les apparitions de fantômes ne sont que des dédoublements du médium. Eetle explication est inadmissible, puisque, nous l’avons vu, en présence d’un seul médium, on a pu compter jusqu a cinq ou six esprits matérialisés, de sexes dilférents, dont plusieurs parlaient des langues étrangères, inconnues du sujet. Même dans les cas d’apparitions isolées, les formes matérialisées diffèrent totalement du médium, physiquement et in-

(1) Aksakof, ouu. eilé , p. î^o.

(2) Aksakof, loc. cil., p. i 65 .

tellectuellement, comme le démontrent les cas cités.

Aksakof est porté à croire que ces formes ne sont pas les reproductions de celles que revêtaient les esprits dans leurs existences terrestres; ce sont plutôt des formes de fantaisie, créées par les agents invisibles, ne se renfermant pas dans ces formes, mais les animant du dehors. Cette explication, dit-il, serait donnée par les esprits eux-mêmes (1 ).

Cette théorie, si elle s’applique aux phénomènes de Gothembourg, ne paraît pas pouvoir être étendue à tous les cas de matérialisation, par exemple, aux faits observés par Crookes, Wallace, (iibier, etc. En eil'et, si l’esprit peut créer des formes matérielles qui sont de simples images, il peut aussi bien eoncréter sa propre enveloppe de façon à la rendre visible. Le phénomène des matérialisations s’explique d’une façon rationnelle et satisfaisante par le fonctionnement du périsprit. Oetteenveloppe fluidique de l’ême est comme un dessin, un canevas sur lequel la matière s’incorpore, se concrète, par accumulations successives des molécules, jusqu’au point de reconstituer un organisme humain.

Ainsi, avec Katie King, l'esprit matérialisé est une femme terrestre; elle respire, son cœur bat; elle possède tous les caractères physiologiques d’un être vivant (2):

Dans les moulages en parafline obtenus parZœlIner, Denton, etc., moulages ou empreintes de mains, pieds

(1) Aksakof, foc. cit ., p. 57, et préface de: Au pays de l'ombre.

(2) Voir Florence Marryat, le Monde des Esprits, 1894, et W Crookes, Recherches sur le spiritualisme , appendice.

APPARITIONS ET MATERIALISATIONS d’eSPRITS 3^3

et visages, les moindres détails de la peau, des os, des tendons, sont reproduits avec une exactitude rigoureuse. Les docteurs Nichols et Friese recueillirent, en présence de douze témoins, le moulage d'une main d’enfant, avec un signe particulier, une légère difformité qui permit à une dame présente de reconnaître la main de sa fille, morte à l’âge de cinq ans (1).

Les éléments des matérialisations, avons-nous dit, sont empruntés temporairement aux médiums et aux autres personnes présentes. Leurs radiations, leurs effluves sont condensés par la volonté des esprits, d’abord en amas lumineux, puis, à mesure que la concrétion augmente, la forme se dessine, devient de plus en plus visible. Ce phénomène est toujours accompagné, dans les séances, d’une sensation de froid, indice d’une déperdition de force et de chaleur : chaleur et lumière n’étant, on le sait, que des modes vibratoires, plus ou moins intenses, de la même substance dynamique, dans une période de temps uniforme. Pour les médiums, cette déperdition est considérable et se traduit par des différences de poids très sensibles.

\V. Crookes l’a constaté pendant les matérialisations de Ivatie King, au moyen de balances inunies d’appareils enregistreurs. Voici ce que dit à ce sujet M me FL Marryat :

(i) Aksakof, loc. c.it pp. i 58 , i 5 <).

DANS L ÏNVFS1 l>LE

Wt

« J’ai vu Florence Cook sur une balance construite spé- « cialement par M. Crookes ; elle était derrière le rideau, « tandis que le balancier restait en vue. Dans ces condi- « tions, le médium, qui pesait 80 livres dans son état nor- « mal, en pesait à peine 40, dès que la forme de Katie était « complètement matérialisée. »

Dans les expériences de MM. Armstrong et Reimers, faites à Liverpool, avec le concours des médiums miss Wood et Fairlamb, on procéda au pesage des médiums et des formes apparues, et l’on put constater que le poids perdu par les sujets se retrouvait dans les apparitions matérialisées (1).

Pendant toute la durée de ces phénomènes, les médiums sont plongés dans une trance profonde, semblable à la mort. Leur corps est rapetissé ; les vêtements flottent autour d’eux ; les peaux pendent, flasques et vides, et forment de véritables sacs (2).

Les autres assistants ressentent aussi une diminution de force et de vie. M. G. Larsen le constate après l’apparition de sa femme (3) :

« J’ai du contribuer à sa matérialisation, car le lende- « main, j’étais bien fatigué ; mes yeux ternes, mes cheveux « et ma barbe ayant quelque peu blanchi- 11 est évident que « beaucoup de force physique m'avait été soustraite. Fn peu « de jours, mon corps reprit sa vigueur, mais cela prouve « que les personnes douées de pouvoirs médianimiques doi- « vent prendre des précautions. »

(i) Aksakof, loc. cil p. 1$.

(•2) Voir comtesse Wachtmeister, le Spiritisme ella Fhéosophie , p. 19. Leymarie, édit.

( 3 ) Revue scientifique el morale du spiritisme, mai 1901, p. O72.

APPARITIONS ET MATERIALISATIONS D’ESPRITS 3^5

M me Fl. Marryat rend compte d’une séance qui eut lieu dans l’appartement du médium Fglinton, à Londres, le 5 septembre 1884, en présence des colonels Stewart et Lean, de M. et M me Russell Ravies, \1. Morgan et d’elle-même, et où les esprits montrèrent aux expérimentateurs de quelle façon ils s'y prenaient pour se construire un corps aux dépens du médium (1).

« Fglinton se montra d’abord en pleine trance au milieu « de nous. Il entra à reculons, les yeux fermés, la respirait tion haletante, semblant lutter contre la force qui le pous- « sait vers nous. Une lois là, il s’appuya contre une chaise « et I on vil sortir de son liane gauche une sorte de vapeur, « masse nuageuse comme de la fumée. Ses jambes étaient « éclairées par des lueurs qui les parcouraient en tous sens, « t n voile blanc s’étendait au-dessus de sa tête et de ses « épaules. La niasse vaporeuse allait toujours en augmentant « et l'oppression du médiumdevenait plus intense, tandis que « des mains invisibles, retirant de son flanc des flots d’une « sorte de gaze légère les accumulaient à terre par couches « superposées. Nous suivions avec une attention passionnée « les progrès de ce travail. Tout à coup la masse s’évapora, « et en un clin d’œil, un esprit parfaitement formé se trouva « aux côtés d’Fglinton. Personne ne pouvait dire, ni com- « ment, ni d’où il était venu au milieu de nous, mais il y « était. Fglinton s’atlaissa sur le parquet. »

Non seulement des emprunts considérables sont faits au corps du médium, mais, dans certains cas, celui-ci est soumis aune désagrégation totale. Dans

(1) Revue scientifique et morale du spiritisme, août 1902, p. 97. Traduction du docteur Dusart.

les expériences dirigées par Aksakof, chez M ,ne d’Espérance, à Gothembourg, on constata une chose stupéfiante. Le corps du médium, isolé dans le cabinet noir, avait complètement disparu Entièrement désagrégés et rendus invisibles par un mystérieux pouvoir, ses éléments avaient servi aux matérialisations des esprits Anna, Yolande et Leila. Ils étaient passés temporairement dans les formes fantômales pour revenir ensuite à leur état primitif, ayant conservé toutes leurs propriétés el sans que le médium en ait eu conscience (1 j.

l’n fait semblable fut constaté par le colonel Olcott, dans des conditions de contrôle rendant toute fraude impossible (2).

Le médium, M ,ue Compton, dont on avait enlevé les boucles d’oreille, fut attachée sur une chaise au moyen de fil très fort, passé dans les trous des lobes de ses oreilles et scellé au dossier de la chaise, en imprimant sur la cire à cacheter le sceau personnel du colonel. En outre, la chaise fut fixée au parquet par une ficelle et de la cire. L’esprit d’une petite fille, Katie Brink, apparut, vêtu de blanc, fit le tour du cercle et toucha plusieurs personnes. Invité à se laisser peser, il s’y prêta de bonne grâce et le poids constaté fut de 77 livres anglaises.

« Je pénétrai dans le cabinet», ditle colonel, « tandis que la « petite fille était encore dans la chambre ; je n’y trouvai « point le médium ; la chaise était vide ; il n’y avait dessus

(1) E. d'Espérance, Au pays de l'ombre. Leymarie, édit.

(2) Voir Col. H. S. Olcott, Gêna de l'autre monde (Peoplc fïom the other World), 1875.

APPAHITIONS ET MA T É Kl A L1S ATI ON S d’eSPIUTS 3/Jj

« aucune espèce de corps. Alors j'engageai la jeune fille à « se rendre plus légère, si c’était possible, et à remonter sur « le plateau delà balance. Son poids était descendu à 59 livres.

« !a 11 e reparut encore, s'en fut d'un spectateur à 1 autre,

« s'assit sur les genoux de M ,ne Hardy et, finalement, se « prêta aune dernière pesée qui ne donna plus que 32 livres « bien que, du commencement à la fin de ces opérations,

« aucun changement ne fût survenu dans l'apparence de sa « forme corporelle. »

« Ce dernier pesage accompli, l'esprit ne reparut plus. « Je pénétrai avec une lampe dans le cabinet et j’y trouvai « le médium tel que je l’avais laissé au début de la séance, < attaché avec ses fils et ses cachets de cire intacts. 11 était « assis, la tête appuyée contre un des murs; sa chair pale « était froide connue du marbre ; ses pupilles relevées sous « les paupières, le front couvert d’une sueur froide, il était « sans pouls et presque sans respiration. Elle resta vingt « mioutesen catalepsie ; puis la vie rentra peu à peu dans son « corps et elle revint à son état normal ; mise sur le pla- « teaude la balance, elle pesa 121 livres.

Aux matérialisations d’esprits, viennent parfois s'ajouter des créations spontanées de plantes, des apports de fleurs et de fruits.

Le 28 juin 1890, sous les yeux d’Aksakof et du professeur Boutleroff, chez M ,ue d’Espérance, à Gothembourg, unlys d’or de six pieds de haut fut produit par l’esprit Yolande. Avec le concours des assistants, cet esprit déposa du sable, de la terre et de l’eau dans un vase qu’il recouvrit ensuite de son voile. Celui-ci s’éleva lentement, soulevé d une façon continue par un objet invisible; et lorsque Yolande l’enleva, on vit apparaître une belle plante couverte de fleurs, dégageant un par-

fum pénétrant. Ce lys d’or subsista pendant toute une semaine; après quoi il disparut mystérieusement, comme il était venu (1).

D’autres fois, ce sont des apports de fleurs fraîches, humides, odorantes, et même de fruits. La princesse Karadja l’atteste (2; :

« Des narcisses blancs, des jacinthes, des asphodèles. « une touflede mimosa, se formèrent sous mes yeux. Un oi- « gnon de tulipe se matérialisa tout près de mon visage. Je « remarquai une sorte de substance scintillante, d'un blanc « de neige, filtrer à travers les pores des mains du médium « et s’agglomérer en boules brillantes, animées d'un mouve- « ment de rotation qui dura jusqu’à la formationde l’objet. »

« Les savants, qui analysent la matière dans leurs cornues, « sont incapables de produire la plus petite semence ayant « le germe de vie. Nous venions d’avoir sous les yeux une « manifestation de la puissance spirituelle; une étincelle de « la vie florale s'était incorporée dans la matière. La force « mystérieuse qui, avec un peu de poussière et des gouttes « de pluie, produit de belles fleurs parfumées, était cachée « dans ce bulbe. »>

« Les mains du médium étaient restées constamment en « vue .»

Nous venons de voir les esprits à l’œuvre dans la création d’objets et de fleurs. Ils agissent de même dans la formation des vêtements, costumes et attributs

(i) E. d'Espérance, Au pays de l'ombre , p. 264, avec préface d'Aksakof.

J‘i) Light t mai 1901.

APPARITIONS ET MATERIALISATIONS D'ESPRITS

dont ils paraissent revêtus. Ce fait que les esprits se montrent costumés a soulevé des objections nombreuses: et il importe d’y répondre.

Rappelons d’abord qu'en principe la pensée et la volonté sont créatrices. Nous avons déjà vu, dans les apparitions, comment la matière subtile obéit à leurs moindres impulsions. Un esprit peut agir sur les tluides et leur prêter des formes et des propriétés accommodées au but qu’il poursuit.

Dans le domaine terrestre, cette action se révèle déjà dans les pratiques du magnétisme. L’homme, doué du pouvoir de guérir, communique, par la volonté, aux effluves qui émanent de lui et, par extension, à l’eau et à certains objets matériels, tels que linges, métaux,etc., des propriétés curatives. Sous d'autres formes, les phénomènes de l’hypnotisme et de la suggestion nous montrent l’application de cette même loi. Par la suggestion, on provoque,dans l’organismede sujets endormis, des modifications profondes; on peut faire apparaître ou cicatriser des plaies, des stigmates, des brûlures, régler certaines fonctions, telles que la circulation, les sécrétions, etc., qui sont, dans l’état normal. soustraites à l’influence de la volonté.

Il est des cas où un expérimentateur, suggérant à des sujets qu’un timbre-poste, un pain à cacheter, sont des vésicatoires, transmet par la pensée à ces objets inofïen sifs une force qui soulève la peau et produit des séro sités. D’autres ont provoqué, par ordre, des hémorrhagies cutanées (I ).

(i) Binet et Ferré ,le Magnétisme animal , pp. 1 40 et suiv. Docteur

Parla suggestion, qui est, surtout, un acte de la volonté, on a pu non seulement impressionner des sensitifs, mais aussi causer en eux de véritables désordres, par l’absorption de liquides anodins à qui on prête des propriétés malfaisantes. C’est ainsi qu’on provoque l’ivresse avec de l’eau claire. Chose plus grave, on a fait absorber à un sujet un poison imaginaire, et ce poison, malgré une suggestion contraire presque immédiate, a causé des ravages physiologiques qui ruinèrent pour longtemps sa santé. Le procès verbal de cetteexpérience existe à laSalpêtrière(l).

Il faut ajouter à ces exemples les impressions ressenties par des femmes en état de grossesse et se traduisant, sur le corps de l’enfant qu’elles portent, par des tares, des taches, des déformations. L’influence de ces émotions est parfois très vive. Le docteur Goudard,daos une communication à Ja Société des études psychiques de *MarseiIIe (ij, rapporte les faitssuivants :

« Ln homme cultivé, sorti d’une de nos grandes écoles, fut opéré dans son enfance d’un pouce double de chaque coté, simulant une pince de crustacé et attribué à ce fait que, durant la grossesse, sa mère avait eu la main fortement pincée par un homard. Une autre mère, vivement frappée à la vue d une gargouille, accoucha d’un fœtus dont la tête avait une étrange similitude d'aspect avec cette gargouille. »

lieaunis, le Somnambulisme provoqué, pp. 24 et suiv. Revue de l'hgpnotisme , décembre 1887,p. i 83 ; avril 1889, p.2j8; juin 1890, p. 3 üi. Voir aussi Progrès médica\ 11 et 18 octobre >, un cas de cyanose par suggestion.

(1) Voir Journal du magnétisme , 19:11, p. 53 .

(2) Bulletin de la Société des Études psg -hiques de Marseille , janvier 1903, p. 17.

apparitions i:t matérialisations d'esprits 35 1

On le voit, chez l'être humain, la pensée et la volonté influent profondémentsur l’organisme et ses fonctions. Un d’autres cas, notre pensée peut acquérir assez d’intensité pour créer des formes, des images susceptibles d'impressionner des plaques photographiques. Les exemples sont nombreux.

Aksakof rapporte (l) qu’au cours d’expériences photographiques faites chez Mumler et le docteur Çhild, en 18G2, on obtint sur une plaque 1 image d’une dame qui désirait ardemment apparaître avec une guitare dans ses bras La forme désirée apparut. Depuis lors, ces cas se sont multipliés. Dans les expériences de sugges tion, on a souvent créé par la pensée des objets, qui, pour les sensitifs, avaient une existence réelle et étaient soumis aux lois de l’optique

Il n’est même pas nécessaire que l'action soit voulue. Souvent, comme dans les cas de grossesse que nous avons indiqués, la pensée est inconsciente, et elle n’en produit pas moins des effets très sensibles sur la matière. De même, chez les vivants extériorisés qui apparaissent à distance. Il suffit que leur pensée se soit portée vers une personne éloignée pour que leur forme se dessine à la vue de celle-ci de façon à être facilement reconnue.

Si l’homme peut réaliser mentalement de tels effets, quels résultats l’esprit, dégagé de toute entrave charnelle, n’obtiendra-t il pas, lui dont la pensée vibre avec une intensité bien supérieure?

Non seulement l’esprit commande aux éléments

(1) Aksakof, Animisme et Spiritisme , p. 0 ^.

DANS l/lN YIS1HLE

subtils de la matière, de façon à impressionner la plaque sensible et les organes des voyants, mais, dans les apparitions visibles pour tous, il peut encore reproduire, par la volonté, les formes et les costumes qu’il a revêtus sur la terre et permettant de le reconnaître C’est là, en effet, le but essentiel de ces manifestations. Delà, les draperies, vêtements, armes et attributs dont les apparitions sont pourvues.

Presque toujours, ces accessoires n’ont ni consistance, ni durée. 11 peut arriver cependpnt que l'esprit concentre assez de puissance pour concréter des objets, au point de les rendre tangibles et durables.

Certains esprits peuvent modifier leur aspect avec une facilité prodigieuse, sous les yeux mêmes des assistants. Voici un cas qui semble donner raison à l’hypothèse d’Aksakof, signalée plus haut.

M. Brakett rapporte (i) que, dans une séance de matérialisations, on vit apparaître l’esprit d’un grand jeune homme, se disant le frère d’une dame qu'il accompagnait. Celle-ci lit observer qu’elle ne pouvait le reconnaître, ne l’ayant vu qu’enfant. Peu à peu, la figure diminua de taille jusqu'à ce qu’elle eût atteint celle du petit garçon que la dame avait connu.

Rappelons aussi le cas d’Emma Hardinge, signalé par M. Colville ; elle apparut dans le costume de reine des fées qu’elle avait porté longtemps auparavant, dans sa jeunesse (â).

(1) G. Delanne, l'Ame est immortelle, pp. 3760! suiv.

(*2) fleuue scientifique et morale du spiritisme , décembre ]<)o*2, p. 383 .

APPARITIONS ET MATERIALISATIONS D'ESPRITS 353

Dans ce cas, comme clans certains autres, l’apparition ne paraît être qu’une simple image mentale extériorisée par l’esprit et qui acquiert assez de consistance matérielle pour être perçue par les sens.

Parfois, les esprits donnent aux formes revêtues l'aspect le plus enchanteur. Robert Dale Ovven, ministre des États-Unis à la cour de Naples, dans son ouvrage, Territoire contesté (1).décrit l’apparition d’une forme féminine :

« Son éclat était comparable à celui de la neige nouvelle « sous un rayon de soleil, rappelant ce que l’on a dit du vè- « tenient de lumière du Christ dans la transfiguration, ou « encore l’éclat du marbre de Paros, le plus pur et le plus « fraîchement taillé, sous le jet d’une vive lumière. »

Ne pourrait-on assimiler à des manifestations de ce genre les apparitions dites « miraculeuses » de vierges, d'anges et de saints qui, dès lors, trouveraient là une explication rationnelle ?

En résumé, on peut dire que les modes d'action de l’esprit varient suivant les ressources offertes par les milieux où il opère. Les phénomènes de matérialisation doivent être classés en trois ordres :

D’abord, les cas où le double du médium extériorisé est utilisé et modifié par l'esprit, au point de reproduire

(1; Revue scientifique et morale, septembre 1902, p. 187. Traduction du docteur Audais.

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