XXI. — Identité des esprits
Par notre exposé des faits spirites, nous venons de le voir, la survivance est amplement démontrée. Aucune autre théorie que celle de l’intervention des défunts ne saurait expliquer Lensemble des phénomènes, sous leurs formes variées. Alf. Hussell-Wallace Ta dit : « Le spiritisme est aussi bien démontré que la loi de gravitation. » Et \Y. Crookes répétait : « Le spiritisme est scientifiquement démontré. »
Au point de vue objectif ou extérieur, les preuves fournies par les apparitions et matérialisations ne peuvent laisser aucun doute. Toutefois, dans l’ordre subjectif, en ce qui concerne les autres modes de manifestations, une difficulté subsiste : celle d’obtenir des esprits, en nombre suffisant pour satisfaire les sceptiquesexigeants, des preuves d’identité, des indications précises, que ne puissent connaître les assistants et vérifiables après coup.
On objecte souvent aux spirites que les communications, dans leur ensemble, ont un caractère trop vague, qu’elles sont dépourvues de renseignements,de révélafions, de faits bien définis, susceptibles d’établir l’identité des manifestants et de forcer la conviction des chercheurs.
Certes, on ne peut méconnaître ces difficultés. Elles sont inhérentes à la nature même des choses et aux
IDENTITÉ DES ESPRITS 357
différences de milieu. Les êtres vivant sur un même plan, comme les hommes, pourvus des mêmes sens, communiquent entre eux par des moyens divers qui sont autant d'éléments de certitude. Ces différents modes d'observation et de contrôle, applicables dans ie milieu humain, nous voudrions les étendre au domaine de l’invisible et nous exigeons de ses habitants des manifestations aussi probantes, d’une précision égale à celles qui assurent notre conviction dans l'ordre physique. Or, c'est là une chose presque irréalisable. L'habitant du plan invisible a beaucoup d’obstacles à vaincre pour se communiquer. Les moyens dont il dispose pour nous éclaireret nous persuaderont restreints, etlui permettent rarement d’établir avec netteté les traits caractéristiques de son individualité. Il ne peut se manifester sans médium, et le médium, inconsciemment, introduit presque toujours une part de lui-même, de sa mentalité, dans les manifestations.
L’esprit qui veut s'exprimer à l’aide d’organes étrangers éprouve un grand embarras. 11 ressemble à une personne qui s’entretiendrait avec nous dans une situation très incommode, lui enlevant l'usage de ses facultés. Ilfautprocéder aveclui avec ménagement, poser des questions claires, montrer de la patience, de la bienveillance, pour obtenir des résultats satisfaisants.
« Mes chers amis, » disait George Pelham à Hodgson et Hart (I), « ne me considérez pas avec l’œil d’un
(1 cl 2) Proceedings de la S. P. P., reproduits par M. Sage. Madame Piper, pp. 2 ^ 3 , 244.
critique. Essayer de vous transmettre nos pensées au moyen de l’organisme d'un médium quelconque, c’est comme si on essayait de ramper dans le tronc d’un arbre creux. »
Robert Hyslop le répète à son fils (2) : « Toutes choses m’apparaissent si nettement, et, quand je viens ici pour te les exprimer, James, je ne puis pas. »
Ce que disaient les esprits de M me Piper, le guide de notre cercle l'affirmait en ces termes : « Dans l’espace, tout, pour nous, est ample, large, facile. Quand nous redescendons vers la terre, tout se restreint, tout se rétrécit. »
Une autre objection est celle-ci : dans la plupart des cas d’identité signalés, les faits et les preuves au moyen desquels on a pu déterminer avec certitude la personnalité des manifestants, sont d’une nature commune et parfois même triviale. Or, l’expérience a dé montré qu’il était presque impossible de procéder autrement. Les détails, considérés comme vulgaires et oiseux, paraissent être précisément les moyens les plus surs de se former un jugement sur les auteurs des phénomènes.
Dans un but de comparaison et de contrôle, le professeur Hyslop a fait établir une ligne télégraphique entre deux des bâtiments de l’université de Columbia, éloignés de 500 pieds, et a placé aux extrémités deux employés télégraphistes, par l’intermédiaire desquels des interlocuteurs inconnus l’un de l'autre devaient communiquer ensemble et établir leur identité. Dans ces conditions, se rapprochant de celles de la médium nité— la distance tenant lieu ici de la différence de
IDENTITÉ DES ESlMilTS
plan— le professeur a pu constater combien il était difficile d'établir l’identification, d’une manière probante. Le résultat n'était atteint le plus souvent qu’au moyen des indications les plus vulgaires et de récits sans importance. Les procédés employés par les communiquants, constate le professeur, étaient absolu ment les mêmes que ceux adoptés par les esprits dans le cas de M ,re Piper. A propos des difficultés rencontrées par les opérateurs, M. Hyslop s'exprime ainsi (I :
« Tandis que je suivais ces expériences, je fus frappé de « ce fait, que l’on remarque également lorsque l’on n’a qu'un « temps limité pour communiquer téléphoniquement. Toute « l’attention du communiquant est tendue par le désir de « choisir des incidents bien caractéristiques pour 1 identili « cation par un ami particulier. Comme il se trouve limité « par le temps pour choisir, il se produit clans son esprit « un combat intéressant et une confusion dont tout le monde « peut se rendre compte par soi-même, lorsque l'on s’exerce « à faire un choix d'incidents dans ce but Nous pouvons « nous figurer la situation d un esprit désincarné qui n’a que « quelques minutes pourfairesa communication et qui lutte « probablement contre d'énormes difficultés dont nous ne « pouvons nous faire une idée. »
Le professeur Hyslop est un observateur sagace et méthodique. Remarquons cependant qu’il n’a étudié jusqu’ici, en spiritisme, qu’un cas isolé, celui de M me Piper. Lne expérimentation de trente années nous a démontré que, malgré les difficultés inhérentes à
(1) Expériences de M. Hyslop. Traduction du docteur Amlnis. "Hernie scientifique et mora'e , décembre 1902, p: 371.
DANS l/lNVISHU.E
tout mode de communication spirite, les preuves d’identité sont beaucoup plus abondantes qu’on ne le croit généralement. Dans certaines réunions privées, des preuves sont données chaque jour de la survivance de ceux que nous avons aimés; mais ces preuves sont presque toujours tenues cachées parce qu’elles touchent à la vie intime des expérimentateurs. Beaucoup, parmi ceux-ci, redoutent les critiques malveillantes et 11 e veulent pas livrer à des indifférents, à des sceptiques gouailleurs, les sentiments les plus sacrés, les secrets les plus intimes de leur cœur.
Souvent, des esprits, inconnus des assistants,, viennent donner des messages pour leurs parents encore vivants, messages qui contiennent parfois des traits originaux, des preuves sans réplique. Pourtant,, la plupart de ces manifestations restent ignorées. On craint les railleries de savants superficiels et les préventions du vulgaire, toujours prêt à rejeter des faits qui dépassent le cercle des connaissances usuelles. 11 en ^résulte que les manifestations les plus décisives arrivent rarement à la connaissance du public.
Dans le même sens, on constate beaucoup de circonspection et une grande retenue de la part des esprits dans les réunions ouvertes. C’est surtout dans l’intimité de la famille et de quelques amis qu’on réunit les meilleurs éléments pour obtenir de bonnes preuves. L’afTection et l’harmonie des pensées aidant, la confiance réciproque s’établit, et avec elle, la sincérité et l’abandon. L’esprit trouve là un ensemble de conditions fluidiques qui assurent à la transmission de sa pensée toute la clarté et la netteté nécessaires
IDENTITÉ DES ESPRITS
pour porter la conviction dans l’àme des assistants.
Les esprits élevés 11 e se prêtent pas volontiers à nos exigences. Leurs communications ont toujours un caractère moral et impersonnel ; leur pensée plane trop haut au-dessus des sphères de l'individualité pour qu’il ne leur soit pas pénible d’y redescendre. La plupart ont accompli sur la terre des vies de sacrifice, subi des existences douloureuses, prix de leur élévation; ils n’aiment pas, en se nommant, à se parer de leurs mérites. Pour convaincre les sceptiques, ils ont d’autres ressources; ils préfèrent introduire dans nos séances des esprits plus inférieurs, des individualités que nous avons connues sur la terre et qui, par leur originalité, leur façon de parler, de gesticuler, de penser, nous fourniront des preuves satisfaisantes. Ainsi procédaient les guides de notre groupe. Sous leur direction, des esprits assez vulgaires, mais animés de bonnes intentions : une marchande des quatre sai sons, un forgeron de village, une vieille fille bavarde; d’autres encore, parents décédés des membres du cercle, se manifestaient dans la trance par des traits caractéristiques et inimitables. Leur identité s’établissait par une variété de détails, de faits domestiques ; mais, tout en intéressant vivement ceux qui les avaient connus, ils seraient considérés comme fastidieux par (d’autres et ne pourraient être publiés. La multiplicité et la répétition quotidienne des menus faits dont une existence est faite, quoique impossibles à reproduire et à analyser, finissent par impressionner les plus réfractaires et par triompher des doutes les plus tenaces.
Tous les jours, dans nombre de groupes, on obtient la révélation de noms, de dates, de faits inconnus et plus tard vérifiés exacts, mais on ne peut les vulgariser, parce qu’ils intéressent des personnes encore vivantes qui n’en autorisent pas la publication. Ou bien ce sont des instructions scientifiques comme celles que relate Aksakof, dans le cas de M. Barkas, de Newcastle (I , et bien au-dessus de l'intelligence du sujet.
D’autres fois, ce sont des phénomènes d’écriture; tels ceux qu’a signalés le même auteur (-2), et des signatures authentiques de personnages que le médium n’a jamais vus, par exemple, celles du curé Burnier et du syndic Chaumontet, décédés depuis un demi-siècle, obtenues par Hélène Smith, de Genève (3). M. le prof es seur Flournoy les attribue à un réveil de la subconscience du sujet; c’est là, nous l'avons vu, une théorie ad hoc , fort commode pour expliquer ce que l’on ne comprend pas ou que l'on ne veut pas comprendre.
Dans Spiril Identily (traduction du docteur Dusart), Stainton Moses relate des faits remarquables d'identité, obtenus par la médiumnité scripturaire et appuyés sur des témoignages officiels. Il déclare posséder une centaine de cas de ce genre, et beaucoup d'expérimentateurs en pourraient dire autant (4).
(1) Animisme et Spiritisme , p. 33 u.
(2) Idem , pp 5 r *5 à 55 c).
( 3 ) Voir G. Dclanne, Recherches sur la médiumnité, p. 403 .
(4) Voir Stainton Moses, Enseignements spiritualistes, pp. 21 et suiv., et aussi L. Denis, Christianisme et spiritisme , pp. 4ot> à
IDENTITÉ DES ESIMtlTS
Parmi ces nombreux phénomènes, on peut rappeler le cas cité par Light , du 27 mai 1899, et du à la médiumnité de Mrs Bessie RusseJ-lJavies, de Londres :
Une demande de preuve d’identité, émanant de person nages attachés à la cour de Vienne, avait été adressée à cette dame. Les questions étaient renfermées sous un pli cacheté qui resta fermé. Après plusieurs jours de recherches, le guide du médium revint avec cinq esprits étrangers qui dictèrent une réponse dans une langue inconnue. Après examen, les demandeurs reconnurent que cette langue était de l’ancien madgyar, langue connue seulement de quelques érudits. Cette réponse était signée par cinq personnages ayant vécu deux siècles auparavant, membres défunts de la famille hongroise qui avait sollicité ce témoignage.
Voici une autre preuve plus concluante, dans sa simplicité, que des manifestations tapageuses. Elle est extraite de l’ouvrage de Watson, publiciste améri cain : Spiritualisai , its phenomenes, New-York, 1880.
Watson avait reçu une communication signée de son ami le général Th. Hivers. Suivant l'habitude anglaise, le général avait apposé les initiales de ses prénoms parmi lesquelles figurait un W. Or, aucun de ses prénoms ne comportait cette initiale. Par scrupule de vérité, Watson avait publié cette signature sans modification, mais à regret et non sans quelque détiancc, que certains détails de la missive semblaient devoir dissiper. Les contradicteurs de la presse ne se lircnt pas faute de relever Terreur, raillant cet esprit qui ne savait pas son nom.
Cependant, au cours d’une autre séance, le mèm 1 esprit confirma cette initiale, disant que sa mère en donnerait l’explication. La mère questionnés répondit que le W était une
HANS L LWlSlliLE
«erreur. .Mais alors l’esprit intervint et dit : « Mère, lu trouves étrange que je signe un W; rappellc-toi pourtant qu’en mon enfance j'étais si irritable que mes camarades m’appelaient « Wasp » (la guêpe). Ce surnom m’était resté, je l’avais adopté et j'en signais mes compositions. Hegarde mes cahiers et mes livres d’école et tu le trouveras. » Ce fut fait et trouvé correct.
La Revislci de Esluclios psicologicos, de Barcelone (septembre 1000), publie le cas d'identité suivant avec pièces à l'appui :
Trois personnes, un professeur de mathématiques, un docteur en médecine et un ecclésiastique, avaient prié M. Segundo Oliver, médium désintéressé, de leur fournir des preuves de la réalité des esprits. Après un instant de recueil lement, sa main traça mécaniquement les mots suivants : « Isidora, âge 50 ans, née à San Sébastian, morte le 31 mars 1870; maladie, cancer inlestinal ; laissa trois fils ; leurs noms et âges : P., 15 ans; C., 10 ans; M., 25 ans. »
A ces détails, l'un des assistants reconnut l’esprit de sa mère. Surpris et ému, il lui demanda si elle avait quelques conseils à lui donner. Le médium reprit le crayon ; mais, à sa stupéfaction, il traça, en quelques minutes, le portrait d’une personne qui lui était inconnue et dans lequel on reconnut l’esprit d’fsidora qui, jamais, de son vivant, n’avait ♦consenti à se laisser photographier. Le médium n’a jamais appris le dessin ni su dessiner. Tous les assistants déclarèrentquils n’avaient pensé à rien de ce qui futécrit et qu'il ne pouvait y avoir là un phénomène de suggestion ni de lecture de pensée.
On le voit, aux phénomènes d’écriture se rattachent ceux du dessin. Dans la Revue des Eludes psychiques , de
«h» «îrf
IDENTITÉ DES ESPRITS 3GS
Paris, mai 1902, la princesse Karadja rapporte un fait de ce genre :
Depuis rhiver dernier, j’ai reçu le don de faire des dessins médianimiques ; ma spécialité est de faire des portraits d’esprits. Le jour où M. Larsen arriva à Stockolm pour la première fois, j’avais exécuté au crayon une très belle lète de femme; le visage en était si expressif qu’il ne pouvait être une création de fantaisie : l’on sentait instinctivement que ces traits séduisants avaient appartenu à une créature humaine. Je venais à peine de terminer ce dessin lorsque M. Larsen fut annoncé et que mes amis arrivèrent pour la séance. En voyant le portrait sur la table, M. Larsen poussa une exclamation de joie et de surprise, disant qu’il reconnaissait sa femme.
ïl tira une photographie de sa poche et nous la montra, disant que le dessin était bien plus ressemblant, parce qu’il la rappelait telle qu’ort l’avait vue pendant les derniers jours de sa vie, tandis <pie la photographie la représentait en bonne santé. Plus tard, il m’a écrit que son beau-père avait sangloté en voyant le dessin.
Des centaines de personnes, en Suède et en Danemark, sont devenues croyantes, à la suite de ce fait, car M. Larsen m'était complètement inconnu, et nous n’avions pas un seul ami commun.
« Pendant la séance, M. Larsen reçut les messages les plus probants; sa femme lui dit son nom de baptême que nous ignorions tous, et lui rappela plusieurs circonstances de leur vie privée. Puis elle demanda à M. Larsen de se rendre à Copenhague, à un endroit qu'elle lui mentionna et que nous ignorions tous; qu’il y trouverait une femme nommée Christina à laquelle on avait fait un tort qu’elle voulait voir réparer. Devenu dans son pays, M. Larsen trouva cette femme à l’endroit indiqué. Il n’avait jamais entendu parler d’elle auparavant. »
Un certificat de M. G. Larsen, Oesterbro Station, Copenhague (Dancmarck) est joint à ce récit.
Le phénomène des incorporations a fourni des faits nombreux d'identité. Dans les manifestations dont M me Piper est l'instrument, on peut constater la plus
grande unité de caractère et de conscience chez les communiquants et particulièrement chez les guides ou esprits-contrôles. Aucun d'eux ne peut être considéré comme une personnalité seconde du médium; tous apparaissent comme des individualités autonomes douées d’une grande intensité de vie, de sincérité, de réalité.
.Malgré les difficultés qu elles éprouvent parfois à se manifester,les personnalités de (i. Pelham et de Robert Hyslop sont des plus tranchées et ne se démentent jamais ( 1 ). Il en est de même des guides. Voici ce que dit M. Sage à ce sujet :
« Les principaux traits du caractère d’ 1 mperator sont un « sentiment religieux sincère et profond, beaucoup de sé- « rieux et de gravité, une grande bonté, une infinie pitié « pour l’homme incarné, àcausedes innombrables misères de « cette vie de ténèbres et de chaos ; avec cela un tempérament « impérieux; sur ce point, il s’est bien peint lui-même en « prenant le pseudonyme d fmperator; il commande et veut « être obéi, mais il ne veut que le bien. Les autres esprits « qui gravitent autour de lui, Hector, Doctor, Prudens, « G. Pelham, lui témoignent un profond respect. Ce carac- « tère est bien le même que nous trouvons dans les ouvrages « de Stainton Moses. »
Le professeur Oliver Lodge, dans les volumes XII et XIII des Prnceeclings , cite également plusieurs cas d'identité obtenus par lui, à l aide de la faculté de M n,e Piper. Undesesoncles,décédédepuisvingtans,rap porte des détails de sa jeunesse, complètement oubliés
(1) Voir Proceedinys, vol. XII, XIII, XIV, XV (résumés dans ch. XIX, Trance, p. 274. Voir aussi le très bon exposé de M. Sage, Madame Piper , pp. 227 à 237.
par tous les membres survivants de la famille ; ou ne put les vérifier qu’après une longue et minutieuse enquête. Le père de sa femme, décédé, vint lui donner des détails précis sur sa mort, survenue dans des conditions émouvantes, avec des noms et des dates, entièrement elïacésde sa mémoire, à lui, Lodge. 11 rapporte d'autres traits remarquables d'identité émanant de plusieurs de ses amis défunts.
Le docteur Van Eeden, communiquant par l'intermédiaire de Mrs Thompson avec un de ses amis suicidé, put s’entretenir avec lui en hollandais, langue que le médium ne connaît pas. 11 obtint à ses questions des réponses immédiates et correctes, partie en anglais, partie en hollandais. Quand l'esprit s'incorporait, Mrs Thompson ressentait aussitôt le spasme, l’angoisse, la toux convulsive, conséquences pour le suicidé d'une première tentative infructueuse. On l’avait trouvé vivant, en pleine connaissance, mais avec la gorge coupée. Lue seconde fois, il se tira une balle au cœur et mourut aussitôt. Or le médium n’a jamais su cesdétails, ni connu l'esprit lui-même. Celui-ci parla de personnes que Van Eeden 11 e connaissait pas et donna des indications reconnues exactes après enquête.
« Rien », dit le docteur, « dans mes expériences ne m'a donné l'impression plus vive que le médium n'est qu’un instrument, mis temporairement à la disposition d'êtres qui vivent et peuvent même plaisanter dans des régions qui ne connaissent ni le temps ni l’espace (1). »
(i) Rapport à la Société des recherches psychiques, trad.
DANS l’iNVISIREE
Dans son Rapport sur le spiritualisme , le comité d’enquête de la Société dialectique, de Londres (l) y mentionne un certain nombre de cas d'identité. Nous n’en citerons qu’un seul, du au témoignage de M. T. Simkiss; il se rattache, comme les précédents, au phénomène de l incorporation.
« Il y a seize ans, étant à Philadelphie (Amérique), je ne croyais pas à la vie future et je ne considérais le Spiritisme que comme la dernière farce américaine. .l’allai voir Henri Gordon, médium en renom. Dès que j’entrai dans son salon,, il tomba en trance et son corps sembla passer en la possession de quelque agent intelligent, qui lui était étranger. Il étendit aussitôt la main vers moi, en disant rapidement : « Tom, comment allez-vous? Je suis heureux de vous voir ici; je suis votre vieil ami, Michael C... » Puis, après un silence : « Moi et quelques autres, nous vous avons poussé à venir ici, pour vous donner des preuves de l’immortalité, que vous refusiez d'admettre. » Michael C... était un de mes amis de collège, mort depuis plus de trois ans. Je n étais eit Amérique que depuis six jours et je me trouvais absolument étranger dans ce milieu. Je n’avais jamais prononcé le nom de Michael C... à aucune personne en Amérique et je n’avais pas pensé à lui depuis plusieurs semaines avant ce jour-là. Michael C..., par l'intermédiaire d’Henri Gordon, me rappela divers incidents de nature privée, qui établirent complètement sa personnalité dans ma conviction.
T. Simkiss.
Béra (reproduit par la Itevue spirite , octobre içjoü, et Compte .rendu du IV e Congrès international de psychologie , 1900. Paris, Félix Alcan, édit., pp. 125 et çuiv.
(1) Traduction du docteur Dusart. Leymarie, édit., pp. 118,
IDENTITE UES ESPRITS
Le docteur Moutin, président de la Société d’études des phénomènes psychiques, de Paris, communique à la Revue scientifique et morale (mars 1901), le fait suivant :
« En 1884, à Marseille, pendant l'épidémie cholérique, j’as- « sistai, à ses derniers moments, une de mes parentes qui « fut emportée dans 1 espace de quelques heures. Avant de « mourir, alors qu’elle ne pouvaitdéjù plus parler, elle vou « lut me faire une communication que je jugeais importante « d’après ses gestes désespérés. Enfin, réunissant scsetïorts, «. elle articula deux fois le mot « glace », en me désignant « de la main celle qui ornait la cheminée de sa chambre.»
« Son mari, M. J..., était en mer à ce moment. Prévenu à « son retour et sachant que la défunte avait la manie de « cacher de l’argent un peu partout, il n'hésita pas à enlever « le fond de la glace, mais son examen fut sans résultat.»
« Quinze mois après, assistant à une séance chez M me l)é- « cius Peo, à Avignon, rue des Marchands, et cette dame « étant entrancée, l’esprit de M ,ue J... m’interpella par sa « bouche, m’appelant par mon prénom, que le médium ne « connaissait certainement pas : « Lucien ! je viens te dire « ce que je n’ai pu te faire connaître avant ma mort. J’avais « placé une obligation de 500 francs de la Compagnie Frais- « sinct entre Je verre et le fond du miroir qui est dans la « cuisine. Mon mari va déménager et peut-être vendre cet « objet. Il faut l'en informer. »
« J’écrivis à M. J..., qui lit les recherches nécessaires, et « trouva l’obligation à l’endroit indiqué. »
Certains esprits révèlent leur identité, dans la trance, par un langage conventionnel ignoré du médium.
Tel est le cas de l’esprit Forcade, qui se communiqua à l’abbé Grimaud, à Avignon, en 1890, au moyen
de signes en usage parmi les sourds-muets et d’aprcs une méthode spéciale dont il est l’inventeur. La manifestation eut lieu dans une réunion où, seul, cet ecclésiastique en pouvait comprendre le sens (1).
Aksakof (2) cite un cas analogue. L’esprit d’une défunte, de son vivant sourde et muette, donne à son mari, par l'intermédiaire du médium, M me Corwin, à Syracuse (E.-U.), une communication au moyen de l’alphabet des sourds-muets :
« La scène était émouvante : le mari se tenait en face du « médium en trance et posait à sa femme diverses questions, « par signes, et sa femme répondait à ses pensées de la « même manière, par l’intermédiaire d’un organisme étran- « ger, d’une personne qui n’avait jamais pratiqué ce mode « de conversation. »
D’autres esprits, victimes d’accidents, guident les personnes qui ont pour mission de retrouver leurs corps :
Un bateau ayant coulé dans le port d’Alger, en 1K95, un homme s'était noyé et on n’avait pu retrouver son cadavre. Le commandant Courmes, de la marine de guerre, assistant dans cette ville à une réunion spirite, fit évoquer le noyé. Celui-ci répondit à l’appel, pénétra le médium qui changea de voix et d’attitude et fit une narration dont voici le sens : « Quand le bateau coula, j’étais sur l’échelle, je fus renversé; ma jambe droite passa entre deux barreaux, et le bras de levier du
(1) Voir chap. XIX, p. 297.
( 2 ) Animisme el Spiritisme , p. 5^2.
corps produisit une fracture de la jambe qui ne me permit pas de me dégager. L'on retrouvera mon corps pris dans l'échelle quand on renflouera le bateau. Inutile de le chercher ailleurs (1). »
A cet ordre de faits se rattache le cas remarquable de Percy Foxwell, agent de change assassiné et jeté dans la Tamise, en décembre 1900, et dont l'esprit fit retrouver son corps qui avait échappé à toutes les investigations (voir p. 183).
Les manifestations par la table ne sont pas moins riches en preuves d’identité.
Le commandant P. Mantin (alias Dauvil), dans ses Vieilles notes (â), rapporte le fait suivant qui s’est produit dans la famille de sa femme, à Pile de la Réunion, en 18G0. 11 est appuyé parles témoignages de plusieurs de ses parents :
« Un soir que la famille B... était réunie autour d’une table dans le grand salon, en pleine lumière, un esprit pria d’nppc? 1 er M. A. B.. ., grand-père de ma femme — laquelle n’était pas encore au monde — afin de lui faire une communication très importante. M. A. B... fumait tranquillement sa pipe sous la varangue, songeant à ses champs de cannes, à son usine, plus qu’aux esprits, auxquels il n’ajoutait pas foi. Alors on l’appela une seconde fois. « Venez, cher père, l'esprit vous attend pour vous dire son nom. — Laissez-moi en paix, mes enfants, avec vos amusements. » Enfin l’une de ses filles vint le supplier de rentrer au salon. « Allons, mon enfant, voir ce que me veut ton esprit, >» et l’excellent homme s’approcha du guéridon, qu'entouraient tous ses enfants, en prononçant la formule : »* Esprit,
(î) Comple-rendu du IV e congrès inlernalional de psychologie , rapport du docteur Pascal, p. 710, et Lotus bleu , 27 octobre 1900, p. 277.
(2) Revue spirite, janvier et février icjo 3 .
que me veux-tu ?» — Et l'invisible dicta : « Cher Monsieur H..., je suis le capitaine Régnier; vous vous souvenez que j'ai chargé vos sucres sur votre voilier le Bois Bouffe , il y a deux mois, j’ai mis à la voile le — date exacte, — vous le rappelezvous ? — Oui. Eh bien ? — Eh bien, je viens vous dire que votre voilier Bois Bouge s’est perdu corps et biens dans la tempête sur les côtes rocheuses de Simon's Ray au cap de Bonne-Espérance, il y a dix jours; moi et tous mes matelots avons péri, et mon ame ne pouvait quitterles flots, sur lesquels elle erre depuis ce jour-là. Je ne serai tranquille quaprès vous avoir assuré que nous avons tout fait pour sauver le navire, mais la mer était trop mauvaise et la volonté de Dieu s'est accomplie. — Si le fait est vrai, répondit M. B..., c'est votre mort et celle de vos braves marins que je déplore le plus, mais jusqu’à preuve du contraire, permettez-moi de douter de la véracité de cette triste nouvelle. Si vous êtes noyé, comment pouvez-vous être là dans cette table ? — C'est pourtant la vraie vérité, dicta le guéridon en s'agitant et en frappant d’un pied rapidement, vous verrez, mon cher M. B..., que l’armateur de Nantes vous confirmera la nouvelle dans quatre mois; adieu* M. B..., portez-vous bien, vous et votre famille. » Et quatre mois juste après ce soir-là, me disait le cher aïeul de ma femme en me racontant cette histoire, trente-cinq ans plus tard, car à cette époque nous n'avions pas comme aujourd’hui les vapeursqui nous apportent le courrier deux fois par mois, la perte du navire Bois Bouge , de son équipage et du brave capitaine Régnier me fut réellement confirmée. Que répondre à cela? ajoutait philosophiquement le cher vieillard. »
La princesse Mary Karadja, dans son ouvrage Sj)frilische phœnomene (1), atteste le fait suivant, obtenu à Stockholm, le 2 avril 1899, à l’aide d’un médium clairvoyant :
« Le médium me dit : Je vois près de vous un esprit. (Alors suivit la description que je reconnus dans les détails les plus minutieux comme celle de mon mari dé-
(i) Voir aussi Lighl , de Londres, 27 octobre h,oo.
IDENTITÉ DES ESPHITS
cédé (I). « Je l'entends appeler, Mary! Mary! Son nom est Jean, il désire vous parler. » Ceci fut suivi d’une longue communication d’une nature privée, concernant des faits dont personne, à part mon mari, ne pouvait avoir eu connaissance. Entr’autres choses, il me rappela un incendie qui éclata au château de Bovigny (Belgique) lorsque son corps se trouvait dans le cercueil et moi tombant évanouie à côté Ce remarquable et terrible événement était naturellement inconnu de lous ceux qui étaient là pré sents et je n’y pensais pas en ce moment.»
En maintes circonstances, des défunts contribuent, parleurs indications, au règlement de leurs affaires terrestres. Ils aident à retrouver des testaments cachés ou égarés.
Le docteur Cyriax, dans sa brochure Die Lehre rom (ieist , rapporte un fait de ce genre, auquel il a pris part :
« Un jeune homme de Baltimore, nommé Roberts, avait été « élevé par une de ses tantes, riche célibataire qui, l’ayant « adopté, lui avait fait donner une éducation complète et « l'avait marié. Il était devenu père de famille, lorsque sa « tante mourut subitement. On ne trouva d’elle aucun tes- « tament et les parents intéressés se mirent en devoir « d’évincer M. Roberts. Celui-ci, fort perplexe, fut sollicité « par quelques amis de consulter M me MorilJ, médium « à tesl , qui évoqua la tante décédée. Cet esprit fit savoir « que le testament était enfermé dans une armoire à linge, « à l’étage supérieur de leur villa. Ce ne fut qu’après avoir « bouleversé tout le contenu de l’armoire que l’on trouva.
(1) Ancien «ambassadeur de Turquie à la cour de La Haye.
dans t.'invisible
* dans un bas, le document tel qu il avait été décrit. Per- « sonne au monde ne pouvait avoir la moindre idée de la « cachette, le médium moins que tout autre. L’esprit de la « tante, seul, pouvait être en mesure de donner ce rensei- « gnement. »
Aksakof rapporte un fait semblable, extrait des 7Voeeedings , vol. XY1, p. 353.
Le prince de Sayn-Wittgenstein-Berlesbourg obtint du général baron de Korfl, mort depuis quelques mois, une communication spontanée dans laquelle il lui enjoignait de désigner à sa famille l'endroit où, par malveillance, on avait caché son testament. On découvrit ce document à la place indiquée par l'esprit ( 1 ).
M. I). Home, dans Life and Mission (pp. 19 à 22), décrit tout un ensemble de preuves d’identité, obtenues par la médiumnité voyante et auditive, et que nous croyons devoir reproduire (2) :
« Pendant que j'habitais Springfield (Mass.), je lis une grave maladie, qui me retint au lit pendant quelque temps. Un jour, au moment où le médecin venait de me quiIter, un Ksprit vint se communiquer à moi et me délivra ce message: « Vous prendrez cet après-midi le train pour Hartford ; il s’agit d’une affaire importante pour les progrès de Ja cause. Ne questionnez pas, faites simplement ce que nous vous disons. » Je fis part à ma famille de cet ordre étrange, et, malgré mon état de faiblesse, je pris le train, ignorant complètement ce que j’allais faire et le but d'un tel voyage. »
(î) Aksakof, Animisme et Spiritisme , p. 508 .
( 2 ) Voir aussi Le Médium llome, par Louis Gardy, pp. 78 à 8 J.
IDENTITÉ DES ESPRITS
« Arrivé à Hartford, je suis abordé par un étranger, qui me dit : « Je n’ai eu l'occasion de vous voir qu'une seule iois; je ne crois pourtant pas me tromper, vous êtes bien M. Home? » Je répondis affirmativement, ajoutant que j arrivais à Hartford sans aucune idée de ce qu’on y voulait de moi. « C’est drôle ! » reprit mon interlocuteur, « je venais justement prendre le train pour aller vous chercher à Springfield. » 11 m’expliqua alors qu’une famille influente, bien connue, me faisait inviter à lui rendre visite et à lui prêter mon concours pour les investigations qu elle désirait faire en matière de spiritisme. Le but du voyage commençait donc à se dessiner; mais le mystère restait tout aussi profond, quant aux suites de cette aventure.
« l ne charmante promenade en voiture nous amena bientôt à destination. Le maître de la maison, M. Ward Cheney, était justement devant sa porte, et il me souhaita la bienvenue, disant qu’il n'avait pas espéré me voir arriver avant le lendemain au plus tôt. Comme j’entrais dans le vestibule, mon attention est attirée par le bruissement d'une lourde robe de soie. Je regarde autour de moi et suis surpris de ne voir personne; mais nous passons alors dans un des salons et je ne me préoccupe plus de cet incident.
« I n peu après, j’aperçus dans le vestibule une petite dame âgée, vêtue d'une robe de forte soie grise et paraissant très affairée. Là était l'explication de ce mystère ; j'avais entendu, sans la voir, cette personne qui allait et venait par la maison.
« Le frôlement de la robe s’étant fait entendre de nouveau et M. Cheney l’ayant alors remarqué en même temps que moi, il me demanda d'où ce bruit pouvait bien venir. « Oh ! » répondis-je, « c’est du costume de soie grise de cette dame âgée que je vois dans le vestibule. Qui est donc cette personne?» L’apparition était, en effet, si distincte que je ne mettais pas en doute que cette dame fût une créature en chair et en os.
dans l’jnmsikll:
« Le reste de la famille arrivant à cel instant, les présentations empêchèrent M. Cheney de me répondre, et je n’eus pas l'occasion d'en apprendre davantage pour le moment ; mais, le dincr ayant été servi, je fus surpris de ne pas voir à table la dame à la robe de soie; ma curiosité en fut éveillée, et cette personne devint dès lors pour moi un sujet de préoccupation.
« Lorsque la société quitta la salle à manger, j’entendis de nouveau le frôlement de la robe de soie. Je ne voyais rien, mais j’entendis distinctement une voix qui disait : « Je suis fâchée qu’on ait placé un cercueil sur le mien; je ne veux pas qu'il y reste. » Ayant communiqué au chef de la famille et à sa femme son étrange message, ils se regardèrent tous deux avec stupéfaction; puis M. Cheney, rompant le silence, me dit qu'il reconnaissait parfaitement ce costume, sa couleur et même son genre de soie épaisse; « mais, » ajoutat-il, « ce qui concerne le cercueil placé sur le sien est absurde et erroné. » Cette réponse me rendit fort perplexe ; je ne savais plus que dire, d’autant plus qu’avant la communication je ne m’étais pas douté d'avoir eu affaire à une désincarnée ; je ne connaissais pas même les rapports de famille ou d’amitié qui pouvaient exister entre la vieille dame et les Cheney.
« Une heure plus tard, j'entendis tout à coup la même voix, prononçant exactement les mêmes paroles, mais en y ajoutant ceci : « Kn outre, Seth n’avait pas le droit de couper cet arbre. » Ayant fait part à mon bote de ce nouveau message, il en devint tout soucieux. « Il y a là, » me dit-il, « quelque chose de bien étrange ; mon frère Seth a fait couper un arbre qui masquait la vue du vieux manoir, et nous avons toujours été d avis que la personne qui est censée vous parler n’aurait pas permis de l’abattre si elle eut encore été de ce monde. (Juant au reste du message, il n’a pas l’ombre de bon sens. »
!K*Ati
IDENTITE DES ESPRITS
« La même communication m'ayant été donnée dans la soirée pour la troisième fois, je me heurtai de nouveau à un démenti formel,en ce qui concernait le cercueil. J'étais sous le coup d'une impression fort pénible lorsque je me retirai dans ma chambre. Je n'avais jamais reçu de messagemensonger et même, en admettant le bien-fondé de son grief, une pareille insistance, de la pari d'un Esprit désincarné, à ne pas vouloir qu’un autre cercueil fut placé sur le sien, me semblait absolument ridicule.
« Le matin venu, j'en exprimai à mon hôte mon profond désappointement ; il me répondit qu’il en était lui-même fort, chagrin, mais qu’il allait me prouver que cet Esprit — si c'était bien celui qu’il prétendait être — s’était gravement trompé.« Nous allons nous rendre à notre caveau de famille », me dit-il, « et vous verrez que, l’eussions-nous voulu, il n’aurait pas été possible de placer un autre cercueil au-dessus du sien. »
« Etant venus au cimetière, nous fîmes demander le fossoyeur qui avait la clef du caveau. Au moment où il allait ouvrir la porte, il parut faire une réflexion et dit, d’un air un peu embarrassé, en se retournant vers M. Cheney : « Je dois vous avertir. Monsieur, que, comme il restait justement une petite place au-dessus du cercueil de M ru0 ***, j'y ai mis le petit cercueil de l’enfant de L... Je pense que cela n’a pas d’importance, mais peut-être aurais-je mieux fait de vous en prévenir. Ce n’est que depuis hier qu’il est placé là. »
« Jamais je n’oublierai le coup d’œil que me lança M. Cheney, lorsqu’il médit, en se tournant vers moi : « Mon Dieu, c’est donc bien vrai! »
« Le soir même, nous eûmes une nouvelle manifestation de l'Esprit, qui vint nous dire : « Ne croyez pas que j’attache la moindre importance au cercueil placé sur le mien '* on y empilerait toute une pyramide de cercueils que cela
itl
me serait parfaitement égal. Mon unique but était de vous prouver une fois pour toutes mon identité, de vous amener à la conviction absolue que je suis toujours un être vivant et raisonnable, la même E... que j'ai toujours été. C’est la seule raison qui m’a fait agir comme je l'ai fait. »
Tous les faits que nous venons de citer sont entourés des garanties nécessaires pour en assurer l'authenticité. La plupart d’entre eux ont été soumis à la critique la plus rigoureuse. Nous aurions pu y joindre beaucoup d’autres cas semblables, si le cadre de ce travail ne nous imposait des limites restreintes.
En résumé, nous pouvons dire que les preuves de la survivance abondent pour ceux qui les recherchent d un cœur sincère, avec intelligence et persévérance. Ainsi, la notion d’immortalité se dégage peu à peu des ombres accumulées par les sophismes et les négations, et l aine humaine s'affirme dans sa réalité impérissable.
L’univers infini devient notre patrie éternelle. La vaste perspective des temps se déroule devant nos regards comme le champ de nos travaux, de nos études, de nos progrès. Et, quand cette certitude a pénétré dans notre esprit, aucun découragement, aucune crainte ne peut plus nous atteindre, ni dans cette vie, ni dans les vies innombrables que la destinée nous contraint à parcourir.