XXIV. — Abus de la médiumnité
Au premier rang des abus que nous devons signaler, il faut placer les fraudes, les supercheries.
Les fraudes sont, ou conscientes et voulues, ou bien inconscientes; dans ce dernier cas, elles sont provoquées, soit par l’action d’esprits malfaisants, soit par des suggestions exercées sur le médium par les expérimentateurs et les assistants.
Les fraudes conscientes proviennent, tantôt de faux médiums, tantùtde médiums véritables, maisdéloyaux, qui ont fait de leur faculté une source de profits matériels. Méconnaissant la noblesse et l’importance de
Spiritisme , pp. 71 à 74) ont vu dans les manifestations des Esprits, un acte de la volonté divine s’exerçant sous une forme nouvelle pour élever la pensée humaine au-dessus des horizons matériels.
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leur mission, d’une qualité précieuse, ils font un moyen d’exploitation et ne craignent pas, lorsque le phénomène se dérobe, de le simuler par des artifices.
Les faux médiums se rencontrent un peu partout. Les uns ne sont que de mauvais plaisants qui s’amusent aux dépens du vulgaire et se trahissent euxmêmes, tôt ou tard.
Il en est d’autres, industriels habiles, pour qui le spiritisme n’est qu’une marchandise ; ils s’ingénient à imiter les manifestations en vue du gain à réaliser. Plusieurs ont été démasqués en pleine séance ; quelques-uns ont été la cause de procès retentissants. Dans cet ordre de faits, on a vu se produire les plus audacieuses fourberies (I)." Certains hommes, se jouant de la bonne foi de ceux qui les consultent, n’ont pas hésité à profaner les sentiments les plus sacrés et à jeter la suspicion sur une science et des doctrines qui peuvent être un moyen de régénération. Le sentiment de leur responsabilité leur échappe le plus souvent, mais la vie d'outre-tombe leur réserve des surprises désagréables.
Le mal que ces fourbes ont fait à la vérité est incalculable. Leurs manœuvres ont détourné bien des penseurs de l’étude sérieuse du spiritisme. Aussi est-il du devoir de tout honnête homme de les démasquer, de les flétrir. Le mépris dans ce monde, le remords et la
;i) Le Banner of Light , de Boston, du 5 août 1899, annonce qu'on a saisi la trace d’une vaste association entre certains médiums de profession, pour l’exploitation du bon public spiritualiste. Cette association a adressé à tous les médiums professionnels sa circulaire offrant une série d’appareils destinés à imiter les manifestations spirites, avec indication des prix, de 1 à 5 dollars.
ABUS DE LA MEDIUMNITE
honte dans l’autre, voilà ce qui les attend. Car tout se paie, nous le savons ; le mal retombe toujours sur celui qui l a causé.
11 n’est rien de plus vil, de plus méprisable, que de battre monnaie avec la douleur des autres, de contrefaire pour de l’argent les amis, les êtres chers que nous pleurons, de faire de la mort elle-même une spéculation éhontée, un objet de falsification !
Le spiritisme ne saurait être rendu responsable de tels agissements. L’abus ou l imitation d’une chose ne peut rien faire préjuger contre la chose elle-même. Ne voyons-nous pas les phénomènes de la physique imités fréquemment parles faiseurs de tours? et cela démontre-t-il quoi que ce soit contre la science véritable ? Le chercheur intelligent doit se tenir sur ses gardes et faire un usage constant de sa raison. S'il est quelques officines où, sous prétexte de manifestations, on se livre à un trafic odieux, il est de nombreux cercles composés de personnes dont le caractère, la position, l’honorabilité, sont autant de garanties de sincérité et où aucun soupçon de charlatanisme ne saurait pénétrer.
Les fraudes inconscientes, avons-nous dit, s’expli quent par la suggestion. Les médiums sont très sensibles à l’action suggestive, soit des vivants, soit des défunts (1). L’état d’esprit des personnes participant
(1) Cette action n’est plus guère contestée en haut lieu. La science officielle, dit le professeur Falcomer, enseigne mainte-
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aux expériences réagit sur eux et exerce une iniluence dont ils n’ont pas conscience, mais qui est parfois considérable. Lorsque ces personnes sont hostiles et croient que la fourberie est seule en jeu, leurs pensées peuvent pousser le sensilif à des mouvements frauduleux.
Des médiums parfaitement honnêtes et désintéressés avouent être poussés à tricher, dans certains milieux, par une force occulte. La plupart résistent à ces suggestions et préféreraient renoncera l’exercice de leur faculté plutôt que deglisser sur cette pente. Quelquesuns se laissent aller à ces influences Et il suffira d’un instant de faiblesse pour jeter le doute sur toutes les expériences auxquelles ils auront participé.
La plupart des fraudes, plus ou moins constatées chez Eusapia, M ,ne d’Espérance, Anna llothe, etc., doivent être attribuées à des suggestions extérieures, soit humaines, soit spiriles. Parfois, les deux influences se combinent et s’ajoutent Lune à l'autre. Les sceptiques malintentionnés sont aidés par des auxiliaires de l'audelà. Dès lors, 1 i puissance suggestive sera d’autant plus irrésistible que le médium sera plus sensible, plus profondément entrancé, insuffisamment protégé. On voit à quels dangers celui-ci est exposé; dans certaines séances mal composées, mal dirigées, il peut devenir la victime des forces extérieures combinées. On a vu des observateurs malveillants, après avoir prô¬
nant qu'un sujet peut tromper par une suggestion mentale venant d’autrui ( Phénoniénographie> par le professeur Falcomcr). Voir Revue spirite , 1903, p. 173.
ABUS DE LA MÉDIUMNITÉ
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voqué mentalement la fraude, dénoncer publiquement le médium, et l'assistance proclamer hautement le flair et la perspicacité de ces habiles expérimentateurs.
Il arrive que le médium, surtout le médium écrivain, se suggestionne lui-même et, d’un mouvement automatique, trace des communications qu’il attribue abusivement à des esprits désincarnés. Cette suggestion est comme un appel du moi normal au moi subconscient qui n’est pas un être distinct, comme nous l’avons vu précédemment, mais une forme plus étendue de la personnalité. Dans ce cas, de la meilleure foi du monde, le médium répond à ses propres questions; il extériorise ses pensées cachées, ses propres raisonnements, les produits d une vie psychique plus profonde et plus intense. Allan Kardec, Davis, Hudson Tuttle, Aksakof, etc., ont parlé dans leurs œuvres de cette catégorie de médiums que M. G. Delanne appelle des automatistes :
« L’automatisme de l’écriture, » dit-il ( 1 ), « l'oubli immédiat des idées éuoncées qui donne à l’écrivain l'illusion d’être sous l'inlluence d’une volonté étrangère, la personnification des idées, les notions qui gisent dans la mémoire latente les impressions sensorielles inconscientes, tous ces faits se comprennent et s’expliquent par des raisons tirées de Pétudeplus complète del intelligencehumaine etnesupposent aucunement la nécessité de l’intervention des esprits. »
La crédulité sans bornes, l’oubli de tout principe élémentaire de controlequi règnentdans certains milieux,
(i) Gabriel Delanne, Recherches sur la Médiunmilè, p. 1 85 .
favorisent et entretiennent ces abus. Il existe, endiftérents pays, des groupes de spirites bénévoles, où de pseudo-médiums automates écrivent de vastes élucubrations sousl’inspiration de saint Antoine de Padoue, de saint Joseph, de la Vierge. Ou bien, ils incarneront Socrate et Mahomet, et ceux-ci, dans un langage vulgaire, viendront débiter mille absurdités à des auditoires émerveillés, leur défendant de lire et de s’instruire, afin de les soustraire à toute inlluence éclairée, à tout contrôle sérieux.
Dans ces milieux, les mystifications ne se comptent plus. J’ai connu un brave jardinier qui, sur les conseils d’un esprit, allait creuser, à minuit, dans un endroit désert, un trou énorme, à la recherche d’un trésor imaginaire. Une dame de 5o ans, très dévote, épouse d’un officier retraité, poussait la naïveté jusqu’à préparer la layette d'un enfant qu'elledevait mettre au mondeet qui serait la réincarnation du Christ, disaient ses instructeurs invisibles. Les uns voient partout l'intervention des esprits, jusque dans les faits les plus matériels. D’autres consultent les invisibles sur les moindres détails de leur existence, sur leurs entreprises commerciales et leurs opérations de Bourse.
On attribue généralement ces aberrations à des esprits trompeurs. Certes, les mystifications d’outretombe sont fréquentes. Elles s’expliquent aisément par le fait que I on demande trop souvent aux esprits des choses qu’ils 11 e peuvent ou ne veulent pas dire. On fait du spiritisme un moyen de divination et l'on attire à soi les esprits légers. Mais, souvent, la suggestion mentale a une grande part dans ces erreurs.
ANUS DE LA MÉDIUMNITÉ
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C’est pourquoi, dans ce domaine difficile et parfois obscur de l’expérimentation, il importe d examiner, d’analyser leschosesavec un jugement froid,unegrande circonspection, et d'admettre seulement ce qui se présente avec un caractère d'authenticité bien tranché. Notre connaissance des conditions de la vie future et le spiritisme tout entier reposent sur les phénomènes médianimiques. 11 convient d’étudier sérieusement ceuxci et d’éliminer avec rigueur tout ce qui ne porte pas la marque d une origine extra-humaine. Il ne faut pas, sous prétexte de progrès, remplacer l'incrédulité systématique par une confiance aveugle, par une crédulité ridicule, mais faire avec soin la part du factice et du réel. L’avenir du spiritisme en dépend.
Abordons maintenant une question extrêmement délicate ; celle de la médiumnité professionnelle. La médiumnité peut-elle être rétribuée? ou doit-elle être exercée avec un désintéressement absolu ?
Remarquons d'abord que la faculté médianimique est chose variable, mobile, intermittente, de sa nature. Les esprits n’étant aux ordres ni au caprice de personne, on n’est jamais assuré à l’avance du résultat des séances. Le médium peut être indisposé, mal entraîné; l’assistance, mal composée au point de vue psychique. D’autre part, la protection des esprits élevés ne s’allie guère avec une mise à prix du spiritisme. Aussi le médium professionnel, celui qui s’est habitué à vivre du produit des séances, s’expose-t-il à bien des mé-
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comptes. Comment fera-t-il argent d'une chose dont la production n’est jamais certaine ? Comment satisfera-t-il les curieux, lorsque les esprits ne répondront pas à son appel ? Ne sera-t-il pas tenté quelque jour, lorsque les assistants seront nombreux et la perspective du gain alléchante, de provoquer frauduleusement les phénomènes ? Dès qu’on a glissé sur cette pente, il est difficile de la remonter. On arrive à user habituellement de supercherie et l’on tombe peu à peu dans le charlatanisme le plus éhonté.
Les délégués américains au Congrès spirite de 1900, à Paris, M ,,,e Addi-Balou, entre autres, ont déclaré que la médiumnité professionnelle et les fraudes qu’elle entraîne, ont été depuis quelques années une cause de recul et de discrédit pour le spiritisme aux Etats- Unis.
La meilleure garantie de sincérité que peut ofïrir un médium, c’est le désintéressement. C’est aussi le plus sur moyen d’obtenir l’appui d’en haut.
Pour conserver son prestige moral, pour produire des fruits de vérité, la médiumnité doit être pratiquée avec élévation et détachement; sans quoi elle devient une source d’abus, l'instrument de contradiction et de trouble dont se serviront les entités malfaisantes. Le médium vénal est comme le mauvais prêtre qui introduit dans le sanctuaire ses passions égoïstes et ses intérêts matériels. La comparaison n’est pas déplacée, car la médiumnité, elle aussi, est une sorte de sacer doce. Tout être humain marqué de ce signe doit se préparer au sacrifice de son repos, de ses intérêts et même de son bonheur terrestre; mais en agissant
ABUS DE LA MEDIUMNITE
ainsi, il obtiendra la satisfaction de sa conscience et se rapprochera de ses guides spirituels.
Faire commerce de médiumnité, c’est disposer d’une chose dont on n’est pas maître ; c’est abuser du bon vouloir des morts, les asservir à une œuvre indigne d’eux; c’est détourner le spiritisme de son but providentiel. 11 est préférable, pour le médium, de chercher ailleurs des moyens d’existence et de ne consacrer aux séances que le temps dont il pourra disposer. Il y gagnera en estime et en considération.
Toutefois, il faut reconnaître que des médiums publics et rétribués ont rendu de réels services. Les personnes peu fortunées ne peuvent pas toujours répondre aux appels des savants, se déplacer, entreprendre des voyages, comme l’exige l'intérêt de la cause qu'ils servent.
Voici ce que dit Stainton Moses, qui fut un expérimentateur consciencieux et un bon juge en la matière (1).
« Parmi les médiums publics, certains ne voient que les bénéfices à réaliser et ne reculent pas toujours devant les fraudes pour arriver à leur but. Cependant, il en est beaucoup dont on ne peut dire que du bien et qui sont fort utiles. Neuf fois sur dix, ceux qui viennent à eux en si grand nombre, incapables de comprendre et de suivre une expérience scientifique, demandent seulement que pour leurs dix francs ou leur fasse la preuve de l'immortalité. La foule épuise vite les facultés du médium qui, pour ne pas rester
(i) Slainton Moses (alias Oxon), Spirit Identily , trad. Dusart. Revue scientifique et morale , janvier 1900, p. 397.
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court, cède à la tenlation de recourir à la fraude. Malgré ces détestables conditions j'ai été souvent étonné des résultals obtenus et des preuves éclatantes qui ont été fournies. »
<*)ue déduire de tout ceci? C’est qu’il est une juste mesure que le médium doué de conscience, éclairé sur la valeur de sa mission, peut facilement observer. Si, dans certains cas, il est contraint d’accepter un dédommagement pour le temps perdu et les déplacements effectués, que ce soit de façon à ne pas compromettre sa dignité en ce monde et sa situation dans Fautre. l/usage de la médiumnité doit rester un acte grave et religieux, dégagé de tout caractère mercantile, de tout ce qui peut l'amoindrir et l’abaisser.