‹ Dans l'invisibleChapitre 51 sur 57 · HYPOTHÈSES ET OBJECTIONS · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSES ET OBJECTIONS

crédit pouvons-nous lui accorder à elle-même en toutes matières ? C’est ainsique l’argument du démon,comme une arme à deux tranchants, peut se retourner contre ceux qui l’ont forgé !

Nous pouvons nous demander s’il y aurait vraiment tant d’hahileté de la part du diable à agir comme nos contradicteurs le prétendent. Dans les séances spirites, nous le verrions convaincre des matérialistes de la survivance de l’âme et de la responsabilité des actes, arracher des sceptiques au doute, à la négation et à toutes leurs conséquences, dire parfois à des jouisseurs de dures vérités, les contraindre à faire un retour sur eux-mêmes et à s’orienter vers le bien. Où donc serait, pour Satan, l’avantage en tout ceci ? Est ce que le rôle de l’espritdes ténèbres ne serait pas, au contraire, d’encourager dans leurs vues les matérialistes, les athées, les sceptiques et les sensuels ?

11 est vraiment puéril d’attribuer au démon l’enseignement moral que les esprits élevés nous prodi guent. Croire que Satan s’ingénie à détourner les hommes du mal, alors qu’en les laissant glisser sur la pente de leurs passions, ils deviendraientfatalement sa proie; croire qu’il peut leur apprendreà aimer,à prier, à servir Dieu, jusqu’au point de leur dicter des prières; c’est lui attribuer un rôle ridicule et par trop maladroit.

Si le diable est habile, peut-on lui prêter les réponses naïves, grossières, inintelligentes, obtenues dans les milieux où l’on expérimente à tort et à travers ? Et les manifestations obscènes ! ne sont-elles pas faites plutùt pour nous détourner du spiritisme que

pour nous attirer à lui? Tandis qu'en admettant l'intervention d’esprits de tous ordres, depuis le plus bas jusqu’au plus haut, tout s’explique rationnellement. Les esprits malfaisants ne sont pas de nature diabolique, mais de nature simplement humaine.

N’y a-t-il pas sur terre des âmes perverses, incarnées parmi nous, qu’on pourrait considérer comme des démons ? Lorsqu'elles retournent dans 1 espace, ces âmes y continuent le même rôle, jusqu’à ce qu’elles soient régénérées par les épreuves, domptées par la souffrance. C’est aux investigateurs sages à se mettre en garde contre ces êtres funestes et à réagir contre leur influence

Dans la plupart des cercles d'expérimentation, au lieu de procéder avec prudence et respect, on se désintéresse des conseils de ceux qui nous ont précédés dans la voie des recherches. Far des exigences intempestives et des manières inconvenantes, on écarte les influences harmoniques, on attire à soi des individualités perverses et des esprits arriérés. De là, tant de déceptions, d’incohérences, d’obsessions, qui ont pu faire croire à l’existence des démons et jeté sur certain spiritisme de bas étage le ridicule et le discrédit.

En résumé, la théorie du démon n’est ni positive, ni scientifique. C’est un argument commode, se prê tant à toutes les explications, permettant de rejeter toutes les preuves, tous les cas d’identité, de faire table rase des témoignages les plus autorisés, mais peu con

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cluant et absolument en contradiction avec la nature des faits.

La croyance au démon et à l’enfer a été combattue par des raisons tellement péremptoires qu on peut s’étonner devoir des intelligences éclairées s’y rallier encore aujourd’hui. Comment ne comprend-on pas qu'en opposant sans cesse Satan à Dieu, en lui attribuant sur le monde et sur les âmes un pouvoir qui grandit tous les jours, on diminue d’autant l’empire de Dieu, on amoindrit sa puissance, on ruine son autorité ; on met en doute la sagesse, la bonté, la prévoyance du Créateur ?

Dieu étant juste et bon, comme le déclare l’enseignement catholique, n’a pu créer un être doué de toute la science du mal, de tout l’art de la séduction et lui donner un pouvoir absolu sur l’homme faible el désarmé.

Ou Satan est éternel, ou il ne l'est pas. S’il l’est, Dieu n’est plus unique ; il y a deux dieux, celui du bien et celui du mal. Ou bien Satan est une créature de Dieu; et dès lors Dieu devient responsable de tout le mal causé par lui ; car, en le créant, il a su, il a vu toutes les conséquences de son œuvre. Et l’enfer» peuplé de l’immense majorité des âmes, vouées par leur faiblesse originelle au péché et à la damnation, est l’œuvre de Dieu, voulue et prévue par lui !

Telles sont les conséquences de la théorie de Satan et de l’enfer. Peut-on s’étonner qu elle ait fait tant de matérialistes et d’athées ? Et c’est au nom du Christ, de son enseignement d’amour, de charité, de pardon, que l’on préconise ces doctrines !

N’est-elle pas plus conforme au véritable esprit des Ecritures, cette révélation spirite qui nous montre, après le rachat et la réparation de leurs fautes, en des vies d’épreuves, les âmes poursuivant leur ascension vers la lumière? Ainsi l’a dit l’apôtre : « Dieu ne veut qu’aucun homme périsse, mais que tous viennent à la pénitence » (1).

Ce que l’on nomme démons, nous l’avons vu, ce sont simplement les esprits inférieurs, encore enclins au mal, mais soumis, comme toutes les âmes, à la loi du progrès. Il n’y a pas plusieurs catégories d ames destinées, les unes au bonheur, les autres au malheur éter nel. Toutes s’élèvent parle travail, l’étude, la soulïrance. L’unité parfaite et l'harmonie régnent dans l’Univers.

Cessons donc de profaner l’idée de Dieu par des conceptions indignes de la grandeur et de la bonté infinies ; sachons la dépouillerdes misérables passions terrestres qu’on lui attribue. La religion y gagnera en prestige. En la mettant en harmonie avec les progrès de l’esprit humain, on la rendra plus vivante.

Agiter le spectre de Satan, toute la fantasmagorie de l’enfer, à une époque où l’humanité ne croit plus aux mythes dont on a bercé son enfance, c’est commettre un anachronisme; c’est s’exposera faire rire de soi. Satan n’efïraie plus personne. Et ceux qui en parlent le plus sont peut-être ceux qui y croient le moins (2b

(i) St Pierre, Epitre III, 9.

(1) Au sein même des Églises, le spiritisme a ses partisans. Le P. Lacordaire, le P. Lebrun, de l'Oratoire, les abbés Poussin, Lecanu, Marouzeau, le vénérable abbé Grimaud, le P. Marchai et, avec eux, nombre de pasteurs (Voir Christianisme et

ABUS DE LA MÉDIUMNITÉ

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On peut déplorer l'écroulement d’une chimère productive, dont on a longtemps abusé, et dire à tous les échos sa peine. Devant ces récriminations dignes d'un autre âge, le penseur désintéressé sourit et passe.

Nous ne croyons plus à un Dieu de colère et de vengeance ; mais à un Dieu de justice et d’infinie miséricorde. Le Jéhovah sanglant et terrible a vécu. L’enfer impitoyable est fermé à jamais. Du ciel descend sur la terre, avec la révélation nouvelle, la consolation pour toutes les douleurs, le pardon pour toutes les faiblesses, le rachat pour tous les crimes, par l’expiation et le repentir.

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