‹ Dans l'oratoireChapitre 1 sur 18 · C. DpIiOU, éDITGUïl · texte numérisé non relu

C. DpIiOU, éDITGUïl

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L'Oratoire, ce boudoir psychique, où la femme catholique est en coquetterie réglée avec Dieu : VOrortoire, où le prêtre a régné près de sept siècles sur les sens et l'imagination de la femme : VOraloire, où le Christ prend de languides attitudes d'Adonis Syrien, et la décote, des prostemements aspirants de prêtresse : rOra>toire, lieu de mystère et de clairobscur, retrait moelleux, soyeux^ tout imprégné d'odeurs de sacristie et demujues de femmes, apparaît à travers V Humanité et l'Histoire, mi-partie sanctuaire, mi-pa/rtie gynécée, inquiétant et troublant comme un amour de moine^ un de ces amours poivrés de sacrilège et de vices^ comme excelle à en peindre le très catholique M, d'Aurevilly* Comme :^'^

r église, dont il semble être le cabinet de toilette, l'Oratoire a sa chronique et sa légende: la sorcière de Michelet y faisait crépiter avec des puanteurs de chair grillée le torse et les reins nus de la grande dame du moyen-âge, avide ^horoscopes et de mei^ veilles; Héloïse y rêvait aux absences d'Abélard; les Borgia y raffinaient Vinceste et Vadultère; les Valois, un chapelet d'une main, un bilboquet de l'autre, y faisaient leur cuisine dévote et politique de m>eurtres et de débauches, de massacres et d'empoisonnements; la nudité d'une duchesse de Montpensier y armait le bras de Ravailla^c; le froc de Louise de La Vallière y désarmait Louis XIV; -et Louis XV, le Bien- Aimé, s'y confessait à la marquise de Pompadour, femme d'Etiolles, née Poisson; un abbé de Bernis y trouvait le chapeau de cardinal entre les genoux de ses pénitetites; la Brinvilliers, la poudre de succession, onesdames du Chatelet et de Warens y introduisaient Rousseau, Voltaire et la philosophie, que le 'marquis de Sade, ce jour- là inférieur à lui-même, se contentait d^écrire dans le Boudoir, Puis Quatre- Vingt-Neuf éclatait, et les sections fermaient brutalement l'Oratoire, qu'un abbé de cour, arrivé per angusta ad augusta, monseigneur de Talleyrand, essayait de rouvrir à l'intrigue comme, trente ans plus tard.

devait tenter de le rendre à sa première atmosphère de galanterie erotique et mystigue, un grand seigneur des lettres et du catholicisme, échappé par hasard à la mise à niveau de l'Académie et de la guillotine, M. d^ Aurevilly, déjà nommé.

Pauvre Oratoire! M. d^ Aurevilly en eut bientôt refermé la porte capitonnée de soie violette; la fermne qu'il avait laissée ou rêvée, la grande dame française, sainte comme une OdUe ou perverse comme une Borgia, n'était plus là : à la grande damne, une dispa/rue déjà pleurée pa/r Balzac, a/vait succédé la femme du monde, la femme du monde de MM. Octave Feuillet, Paulin, Bou/rget, Ca/ro et Jules Lemaître; et encore celle de Feuillet valait mieux : a^xessoire de son salon, elle donnait à dîner et à danser, et n^ était qvCune station dans le chemin de la mode... et non dans le chemin de la croix; la femme du monde des romans de Feuillet n'était qu^ extravagante, adultère et décorative, celle de MM. Lemaître et Paul Bou/rget est philosophe et littéraire,,. N'en déplaise à M. Octave Mirieau! le voilà, le Calvaire!

Aujourd'hui, VOraloire est un cénacle; pis, la salle basse à Cathos et Maddon : la comtesse cTJE'scarbagnas y sévit, Philaminte y pérore et Bélise y jordonne; Vadius et Trissotin y font^ l'un en hé-

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breu, l'autre en anglais d'Oxford, la synthétique clinique de nos aperceptions ; et ces dames qui, pour la plupart, ne sont plus ni toutes jeunes, ni jolies, croient devoir^ qui avec des chaffrioleinents de dévotes confites, qui avec des rengorgements de pécores, se pâmer,,, c à tous les beaux endroits qvi méritent des: Ah! »

Uune adore Bourget, l'autre apprécie Renan; l'esthétique de Néron passionne M"* X,.., laquelle est également adepte de lanécrophilie fÂlias^ am,our des cadavres; voir ^Affaire Saint-Ouenj; celle4à, reconnaissante et baignée de souvenirs, en tient et, quoi qu'on die, en tiendra pour Octave et M. de Camors jusqu^à son dernier jour ; M. Caro, cela va sans dire, n* était indifférent à aucune, et totU un dan de jeunes ma/rqaises et de m,ûres duchesses, cependant ignorantes de M. Paul Verlaine, voient d'un assez bon œil M. Catulle Mendès et M. de Bourboulon^ marquis de Mascarille»

Sceptiques^ philosophantes, frottées de littérature étrangère et, d^ ailleurs, étrangères à la littérature ; anémiques et quintessenciées, affolées de quintescence, cette luxure de V esprit, ce sont plutôt despal^ pilantes que dés pénitentes ; leur belle âme, leur bd esprit et leurs sens absents sont autant de violons psychiques prêts à vibrer au premier coup d'archet ;

et coup d'archet est un mot trop brutal : c'est ef/leurrement quHl faut écrire.

Ces Messieurs doivent tout éveiller dun doigt diS" cret et sava/mment mené dans leur moral organisme de fem>me, mais ils ne doivent qu'éveiller; ils ne mofitent pas en chaire, ils émettent des sentiments, des phrases, phrases chatouillantes et avis ca/resseurs; Us ne prêchent pas, ils chuchottent; ils ne confessent pas, ils frôlent,

Frôleurs et Frôlées I

Un titre pour un roman de M, CatuUe Mendès.., et pourquoi pas?

Le frôlement est exquis^ parfois.

C'est une complicité toute 'de demi-teintes, de demi-gestes et de demp-sourires et, entre ouailles et prédicants, un délicieux échange de tacts et de con-tacts,., effleurants. Ils sont^ dans Paris, cinq ou six révérends pères titiUants, directeurs laïques demonr daines consciences, édifiés et bâtis sur le même modèle et sachant, les adroits prêtres mondains qvCils sont, comprendre et pardonner, mesurer la morcUe à chaque tempérament et à chaque température, ôter les ncetuis de la discipline, sabler le chemin du saltU de veloiUine et même ra/rroser^ Fun de

myrrhe et d'encens, F autre de ess-boiuiuet ou d'Ackinson-Lubin.

Car ils sont aussi œmmis en parfumerie, les frô^ leurs»

V aimable religion que la leur! légère, charmante, grisante et entêtante, élégante, élastique, se pliant aux choses et aux personnes, et n* exigeant, en somme, que cent mille francs de rente.

Le moyen de ne pa^ raffoler des bons pères/

Profonds et aiguisés sur les tentations subtiles, admirables de finesse^ de flair et d'indécence sur la casuistique des sensualités, ils ont le virginal attrait du cénobite et les caressantes indulgences d'amies {de deux amies de Maizeroy).

Aussi^ dans l'Oratoire^ au nom seul des bons pères j est-ce un ravissement d^âm^^ des palpitations d'ailes^ une véritable émeute de petits cosurs de quor rante années et de petites têtes de cinquante printemps, di autour deux (les savants frôleurs!), c'est un bruissement de grands noms, de grosses fortunes^ de jolies contritions et de robes bien faites.

Car Us sont aussi couturiers!

Naturellement.

Cest à eux qu^on demande avis sur les décolletages; ce sont eux qui règlent lapudeur des robes de bal et la décence des lectures; eux qui donnent le

titre des romans à lire et la liste des pièces qu'une femme de culture psychologique peut applaudir; et, naturellement, les romans à lire sont les leurs, les pièces à applaudir sont leurs pièces. A ce manège r un péchera VAcadém,ie^ Vautre un cours à la Sorhonne,un troisième une chaire au Collège de France, et, en attendant, une tribune de critique au Journal des Débats ou à la Revue de M, Buloz, L'Oratoire, combine la Bourse, a sa cote des valeurs; d'ailleurs rC ont-ils pas chacun leur spécialité? Celui-ci professe V adultère. Vautre le mariage ; celup-là les consolations; cet autre, enfin, la toilette et les dessous des jeunes mariées ; celui-ci la Bible et la critique d* Histoire,- comme pièces justificatives de tous les égarements!

Confesseurs, Parfumeurs, Couturiers, Boursiers, Médecins, et Psychologues I

Universels comme Sarah Bei^hardt, charlatans commue feu Mangin et populaires comme Boulanger!

Et zim boum ! en avant la musique ! Allons, messieurs! le sourire psychique aux lèvres et, la sfrurtane galamment retroussée, à la parade! la fête est commencée, la toile se lève. A la parade ! péf\itentes et confesseurs!

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