‹ Dans l'orbe de la PléiadeChapitre 14 sur 45 · P. DE RONSARD · texte numérisé non relu

P. DE RONSARD

VANDOMOIS

Ja mon ardeur s’estoit reduite en cendre, Et par le temps desia se consumoit Ceste fureur qui le cueur m’alumoit Quand amoureux ie chantoy de Cassandre :

Mais de tes vers la flamme a faict reprendre La flamme aux miens, et mon feu qui dormoit Par le tien mesme à l’enui s’enflammoit, Et dans mon cueur ie le senti descendre.

O que ta Dame ha bien les yeux ardans Qui seulement ne te bruslent dedans Quand de bien pres tu la dores si belle Mais sans la voir, qui fait par tes escrits D'un grand brasier allumer nos esprits, Et comme toy nous fait amoureux d’elle.

IT

Icy i’appen la despoüille ancienne

. De mes amours à ton amour maistresse, Icy vaincu, D’EsPiNAY, ie confesse, ë Que ta chanson a surmonté la mienne.

VARIANTES. — I. — 1 : Ia mon brasier s’estoit reduit en cendre; 4 : chantois : 7 : enuy ; 8 : senty ; 12 : escris ; 13 : alumer.…. espris.

I. — BL, V, 350; M.-L., IL, 18; Variante de BL : Ja mon brasier estoit reduit en cendre. Ce sonnet et le suivant ont paru pour la première fois dans l'édition de d'Espinay, 1559. Ils sont reproduits dans l'édition collective de Ronsard, 1560, en 4 volumes chez Buon, IIIe volume, fe 201 (LAUMONIER, CRronol. des poésies de Ronsard, 2% 6d., p. 33).

II. — Dans l’édition de 1559, ce sonnet est ajouté à la fin (BL, V, 349; M. DRnIrits):

Il ne fault plus que ma Cassandre vienne Faire la braue en habit de Deesse, Il faut qu'Olive, et Francine s’abbaïsse Deuant l’honneur de celle qui est tienne.

Qui eust pensé, qu’vn pays si desert, De grands rochers et de forests couuert Que lOcean en demi rond enserre, Eust peu donner un si gentil sonneur?

Ainsi iadis de sa grossiere terre Entre les Grecs Aleman se feit l'honneur.

P. DE Ronsarp.

Mais de quel tret as-tu nauré ce cueur, Ce cueur, Amour, et ceste ame gentille, Qui deuant nous en larmes se distille, Si doucement souspirant son malheur?

Tu ne pouuois employer la faueur De tes attraits, ny la flâme subtile De ton brandon, en subiet plus fertile, Pour en tirer vne plus belle ardeur :

Si ce n’est toy, sous humaine figure, Qui, descouurant l’amoureuse pointure, Nous montre à l’œil toute autre affection, Que ne causa la beauté de Cassandre,

Ny les beaux yeux de Laure, dont la cendre Pleure au cercueil encor sa passion.

R. Bezreau.

IL —: 7 : s'abaisse: 9 : pais.

IT == Titres:

A l'Amour, sur les sonnets de C. D. B.; 6: sutille: 7: suget, fertille.

III. — Sonnet reproduit identiquement dans les Œuvres de Belleau, M.-L., IT 458,

Les Œuvres complètes de Belleau, par A. Gouverneur, le reproduisent aussi ; I, p. 201. A la fin du second quatrain, on à mis

un point et non deux points. Les tercets n'ont plus de sens.

Amour par les regards d’vne indontable femme, Rigoureux enuoya tous ses trets dans ton cueur : Et sa mère Cypris d'vn puissant bras vaincueur Son brandon brusle-tout te lança dedans l'ame. Ton cueur en sang, en feu, par les trets, par la flâme = Presque à sac s’en alloit, quand voyant ton malheur Venus en larmoya, son Fils en eut douleur, Mais le dernier secours se cachoit en ta Dame. Lors Amour de son aisle une plume arracha, Et pour t’en faire don luymesme la trancha, D'Espinay tien, dit-il, cecy soit ta conqueste. Tu la prins, inscriuant tes ennuis, de tes pleurs, Si bien, qu’en fin ta Dame œillada tes langueurs, Et Venus du beau Myrthe enuironna ta teste.

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