PRESS ON FE LS CHARLES D'ESPI- NAY, BRETON
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AVEC PRIVILECE
A sa Dame (1) — Ayant vn iour, Madame, senti la playe incurable du tret de cest Amour qui me fut tiré du milieu de toutes vos graces : ie n’'estimaÿy rien plus propre pour contenter le reste de ma& vie, que de declarer par quelque moyen l’occasion de mon mal, à fin! qu'estant descouuert, patiemment ie le peusse supporter. Et pour ce faire, l'ay suiui le plus large chemin, desduisant par quelques sonets la cause et l'effet? de tous mes maux : estant asseuré que choses escriptes peuuent plus aiseement estre descouuertes par le moyen de la liberté qu'elles ont enuers toutes personnes, que S'il falloit particulièrement les faire cognoistre. Aussi Madame, n'ayant jamais sceu apperceuoir à vostre visage, de quelle affection vous preniez le seruice que ie vous faisoy, i'av tousiours craint de me presenter deuant vous, pour demander salaire de la peine que l'y ay prise. Et fusse tousiours demeuré idolatrant ainsi après vostre beauté, n’estoit ce premier labeur de ma ieunesse qui plus hardiment que moy vous en demandera recompense, et vous declarera quelle puissance à eu sur moy le simple esclair® de vos yeux, desquels ceste douce flamme qui en sortoit, me nourrissant une esperance, me presentoit quant-et-quant ces subiects que j'ay offerts à vostre seule beauté, pour le tesmaignage de la vehemente amitié que ie vous ay portée, et du trauail que j'av enduré pour vouloir trop loyalement vous reseruer la meilleure partie de mon affection : lesquels si vous receuez de tel zelle que ie vous les presente, i'estimeray mon labeur estre trop plus que satisfaict : et par ce seul moyen vous in obligerez en vn plus long seruice.
Au demeurant, Madame, si vous voyez quelque traict en mes escripts qui semble nuire à l'honneur qui est en vous, ie vous supplie humblement vouloir accuser cest amour, qui oste à beaucoup de personnes la discretion de bien mesurer ces mots au merite du subiect. Et d'avantage, si la grace qui esi en vous, se sent offensée pour se uoir loüer d’un stile si bas : vous penserez, s'il vous plaist, que ce
(1) L'édition de 1560 que nous reproduisons ici est devenue fort rare. Je ne con-
nais que l'exemplaire de la Bibliothèque nationale cité à la bibliographie et deux
à l’Arsenal, C’est un bel'in-quarto de dix-huit feuillets, sans pagination ni foliation. IL fait 24 centimètres de long et 17 de large. — L'édition de 1559 est encore plus rare. Je n’ai vu que l’exemplaire de la Bibliothèque nationale. L’Arsenal ne la possède pas. Elle se compose de vingt feuillets in-octavo, de 165 millimètres sur 105, non chiffrés, ni par page ni par folio, Elle est précédée d’un privilège accordé à Guillaume Barbé, valable pour deux ans à dater de la fin de l'impression du livre et daté du 22 avril 1559. Il est signé Bertrand. L'édition de 1560 ne le reproduit pas.
VaRiaANTES de 1559. — 1. afin. — 2. effect. — 3. escler. — 4. tret.
Je CHARLES D'ESPINAY
que j'en ay faict n'a esté que pour esclerer à ceux qui (peult estre) eschauffez d'une telle flamme que moy voudront loüer ce que j'ay
loüé, et rendre immortel ce que mes escrits ont essayé de faire..
Mesmement que pour auoir esté longtemps sous la puissance de vos commandemens et ayant peu plus aiseement cognoistre les actions secrettes que la vertu à ioinct auec le plus parfaict de vostre ame : ie n'ay point crainct de les assembler icy, à fin! que ceux qui desireront mesme seruitude ne treuuent? point estrange auec le plaisir qu'il receuront. le faix que l’amour leur chargera : et que, à mon .exemple, ils sachent auparauant que d'y entrer, de quelle importance est vn repentir de tant de temps passé. Si est-ce, Madame, que ie n'estimeray ma ieunesse que bien employée, si le souuenir de la loyauté que ie vous ay tousiours gardée peult se mesler auec le seruice de ceux qui d'oresnauant se desdieront à vous : lesquels l'estimeray tres-heureux, si, rapportant pour victoire vne partie de vostre bonne grace, treuuent la fortune leur estre plus fauorable qu'à moy : Suppliant, Madame, celuy qui vous a accomplie de tant de vertus, vous donner la volonté de rechercher la fidelité que de bon cueur ie vous auois autresfois offerte, et vous tenir en très longue santé. ,
À. afin. — 92, trouvent. — 3. faiz.