XV. — 8 : congnoistre
d'Éspinay en serait-il une adaptation plus épicurienne? Le poète s'adresse au fleuve, aux rochers, aux fleurs qui voient et portent son amie et il conclut : Je ne suis pas sur vostre aise envieux, Mais si j'avoy'pitoyables les Dieux, Puisque le ciel de mon bien vous honnore, Vous sentiriez aussi ma flamme vive, Ou comme vous je seroy'fleuve et rive, Roc, source, fleur, et ruisselet encore. (Olive, 717; Œuvres poétiques, édit. Chamard, I, p. %®). Du Bellay imite PÉTRARQUE (rima 129, sonnet CXI : Lieti fiori e felici, e ben nate erbe).
XV. — Le sonnet est divisé en deux parties d'inspiration différente : le premier quatrain est du pétrarquisme; le reste du sonnet est la reprise du thème connu de Prométhée.
XV, 1-2. — Source, PÉTRARQUE :
Pasco’l cor di sospir, ch’altro non chiede E di lagrime vivo, à pianger nato (rima 100, sonnet LXXXV : Poi que l’cammin me chiaso di mercede); Del cibo onde’l signor mio sempre abbonda, Lagrime e doglia, il cor lasso nudrisco (Sur la mort de Laure, rima 2%8, sonnet LXX); Voi ch’ascoltate in rime sparse il suono Di quei sospiri ond’io nudriva il core.
(Sonnet I).
XV, 3-4. — Expression néo-pétrarquiste. Cf. M. DE SAINT-GELAIS, I, 78 : Voyant ces monts de veue ainsi lointaine, vers 7-11 : De forts souspirs ne me puis dessaisir Et de grands vents leur cime est toute pleine. Mille troupeaux s'y promènent et paissent Autant d'Amours se couvent et renaissent Dedans mon cœur, qui seul est leur pasture.
Len. + 2
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LES SONNETS Il
Sur vn rocher sa peine fut bannie, Et moy ie meurs dans le sein de Mamie D'vn long espoir faulsement attaché Ce’larrecin contenta son desir, Mais ie n’eus one en mon temps ce plaisir De ce que 1’ay si longuement cherché.
Lors que tous cois sont terre et ciel et vent, Et qu’animaux le doux sommeil enserre, Et que de nuict ce char en rondeur erre, Et qu’en son lict la mer va reposant,
XVI — 1: coys.
XV, 5-14. — Thème courant. Cf. CHARITEO (éd. Percopo, Naples 1892, 2 vol. in-80: II, 28, Canz. II). F Mi mena Amor, che si nutrisce e pasce, etc.
M. SCÈVE S'en inspire (Délie, Diz. LXXVII : Au Caucasus de mon souffrir lié): RONSARD l'esquisse au Ier livre des Amours (sonnet XII, BL, I, p. 8; Laumonier- Lemerre, I, p. 8 dernier tercet) :
Un Promethée en passions je suis; il le développe au sonnet suivant (Amours, I, XIII, BL., 1, p. 9; Laumonier-Lemerre, I, p. 8-9) : Pour estre en vain tes beaux soleils aimant. C’est peut-être le modèle de d'Espinay.*'Je dois noter cependant que DU BELLAY à consacré à ce thème le iie des Sonnets de l’honneste amour et que ni le sonnet de Ronsard ni celui de du Bellay, sauf les deux premières strophes, n’ont la symétrie remarquable des trois strophes de d’Espinay, Voici celui de du Bellay : ; } Pour afïffecter des Dieux le plus grand heur, Et pour avoir, Ô sacrilege audace!
Sou’le mortel d'une immortelle grace Idolatré une saincte grandeur :
Pour avoir pris de la celeste ardeur Ce qui de moy toute autre flâme chasse, le sen'mon corps tout hérissé de glace Contre le roc d’une chaste froideur.
L'aveugle oyseau, dont la perçante flâme, S’afile aux rayz du soleil de mon âme, Aguize l’ongle et le bec ravissant Sur les dezirs dont ma poitrine est pleine.
Rongeant mon cœur, qui meurt en renaissant, Pour vivre au bien et mourir à la peine.
(pu BELLAY, XIII, Sonnets de L'honneste amour, XI, M.-Lav., II, p. 65; Chamard, I, 146.) XVI. — Traduction littérale de PÉTRARQUE (rima 131, sonnet CXIII, Or che’l ciel, e la terra e’1 vento tace); voir le texte de Pétrarque plus haut, Ch. II. DU BELLAY avait imité le début du sonnet de Pétrarque dans l'Olive. LIV (Œuvres poétiques, édit. Chamard, I, p. 73).
le voy, ie pense, et brusle, et suis pleurant, Et tout obiect m'est pour peine et pour guerre, Dessus mon cueur Amour ses trets desserre, N'ayant repos que d’vn seul pensement.
Et tout ainsi d’vne fontaine naiïst L’aigre et le doux, dont mon ame se paist, Et vn seul bras me guarit et me blesse, Et puis, affin que mon martire dure, Le Destin veult que ie naisse et ie meure Cent fois le iour pour n’auoir iamais cesse.
Vn fort Lyon de l’Aphrique l’horreur Son ennemi pourchassant furieux,
S'il la vaincu, n’est iamais curieux
De l’offenser, ne luy monstrer rigueur :
XVI, 10, — Pétrarque dit le doux et l’amer. Sans doute d'Espinay songé à un vers de BAÏF :
Sans feindre rien, telle que je l’essaye, D'amour au cueur aîigre ou douce la playe, Je la dépein en mes vers simplement.
(Amours de Méline, pièce finale. Augé-Chiquet, p. 90).
XVI, 11. — En traduisant Pétrarque, d’Espinay avait sans doute dans l'oreille un vers de RONSARD :
Je veux mourir...
Pour la rigueur de ceste douce main Qui tout d’un coup me qguarit et me blesse.
(Amours, I, XLVI, 2 quatrain: Bl., I, p. 2%; Laumonier-Lemerre, I, p. 93). XVII. — Développement facile d'une image courante chez les pétrarquisants. PÉTRARQUE, Canz. III :
Non credo che pascesse mai per selva Si aspra fera... ; Sonnet CI :
Questa umil fera un cor di tigro o d’orsa, Che’n vista umana en forma d’angel vene:
BEMBO, sonnet XCIV :
I1 la piu dura quercia che l’alpe aggia, V'avesse partorita, e le piu infeste Tigri Ircane nodrita, anco devreste Non essermi si fera e si selvaggia; DU BELLAY, Olive, sonnet 91 (Œuvres poétiques, édit. Chamard, I, p. 105) : Rendez encor’ce doulx nom à son arbre, Ou aux rochers rendez ce cœur de marbre, Et aux lions cet'humble felonnie:
BAIF, Amours de Francine, IT, XL (M.-Lav., 199) O cruel (Amour), 6 brutal, ô race de Tigresse ! Que Venus est ta mere à toy Tigre felon Toy plus cruel que n’est le plus cruel Lyon;
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