‹ Dans l'orbe de la PléiadeChapitre 21 sur 45 · XI. — 2 9, 14 : doulce; 12: m'ostant à l’heure · texte numérisé non relu

XI. — 2 9, 14 : doulce; 12: m'ostant à l’heure

XI, 4. — Souvenir probable de Ronsard : Et le péché commis en tastant vostre cuisse, (11e Continuation des Amours (1556); Laumonier-Lemerre, VI, 301, 528, B1., I, 402, pièces retranchées, XXVIII). Si ce vers est réellement un souvenir de Ronsard, le sonnet serait donc — exceptionnellement — postérieur à 1555.

XI, 5-8. — Idée semblable dans Orlando Furioso, Disc. IV du chant IV (trad. Chappuys, éd. 1607, p. 39) : « Je dis bien que pour tel acte ne doit choir en elle (Génièvre) aucune punition, Et disay, que celui qui premièrement fit ces mauvais statuts estoit injuste ou fol, et qu'ils se doivent revoquer comme iniques. Si une mesme ardeur, un pareil desir incline et contraint l’un et l’autre sexe à celle douce fin d'amour qui au vulgaire ignorant semble estre un grief excez. pourquoy se doit punir ou blasmer la femme, qui avec un ou plusieurs a commis Ce que l'homme fait avec autant de femmes dont il a appetit ? »

XI, 9-11. — L'idée est de RONSARD, AMOUrs, Il, Amourette (B1., I, 218-219) : Le voulez-vous permettre?

Je jure Amour que vous estes si fine, Que, pour mourir, de bouche ne diriez Qu'on vous le fist, bien que le desiriez :

Car toute fille encor qu'elle ait envie Du jeu d’aimer, desire estre ravie.

Le rapprochement, discutable il est vrai, confirmerait la remarque ci-dessus (XI, 1) que ce sonnet est postérieur à 1555.

Pleust à mon Dieu n’auoir iamais receu Si follement les baisers de Mamie, Car sans celà ie n’eusse pas enuie De me brusler dans vn si cruel feu.

Est-il possible auoir iamais cogneu = Telle faueur si feintement suiuye, Martirizer le reste de ma vie, Et consommer mon ame peu-à-peu?

Comme vn poisson doucement appasté Cherche sa mort pour s’estre trop hasté, Le fu trompé d’vn baiser si diuin :

Par cest appast ie voy finir ma vie, Suyuant le lieu ou la mort me conulie, Mais en mourant, ie ne puis prendre fin.

O Terre heureuse, et le iour plus heureux, Premiers tesmoins d’vne si bonne grace, Heureux celuy que le Destin embrasse

À receuoir ce doux present des cieux.

NIL — 5 : congneu; 9 : doulcement.

RTS en CE A ARE CRU Le XII. — Sonnet presque copié de RONSARD (AMOUTS, T, éd. de 1553, p. 45: B1., Pièces retranchées, I, 389. Laumonier, Tableau chronol. des œuvres de Ronsard, La Flèche, 1903, p. 5). Voir le texte de Ronsard, plus haut, ch. II. D'Espinay adoucit la cru- * dité de son modèle. R. BELLEAU, ami de d'Espinay, à aussi traité ce thème, mais avec plus de liberté; Petites inventions, sonnet : Depuis que ie baisé ta bouche vermeillette (éd. Gouverneur, I, p, 198: M.-L., p. 447). S XII, 14. — Finale pétrarquiste destinée à remplacer la finale gauloise de Ronsard, Le trait est courant chez les Italiens (voir M. SCÈVE, Délie, A sa Délie, éd. Parturier, p. 3, note 2, où l’on trouve des références), et plus haut, ch. II, sonnet 16 et Sonnet correspondant de Pétrarque (rima 131 sonnet CXIII). En France, M. SCÈVE : Délie, Diz. XLVIII : Dont comme au feu le Phœnix, emplumée, Meurt et renaist en moy cent fois le jour; ; Tousjours vivant, tousjours aussi sans vie; (Diz. CCLXXIX) Je meurs tousjours doulcement sans mourir; (Diz. CCLXXX) AfBn qu'au mal qui croist journellement, Tousjours mourant, je ne meure jamais. (Diz. CCLXXXI) Et aussi M. DE SAINT-GELAIS (éd. B1., Il, 132, Envoyé le jour de Pasques, Diz. LXVIII, vers final) :

Et fait que vif cent fois le jour je meure.

XIII. — Thème courant au XVIe siècle, qui à son origine dans l’Anthologie (épig. érotiques, 94). Traité par BAIF : Amours de Méline, sonnet XIII, (Augé-

Ronsard :

Il se peult dire estre mignon des Dieux Qui à loisir contemple ceste face, Et qui tousiours peult rencontrer la place Ou ce beau corps seiourne paresseux.

Heureux encor qui d'vne telle flame Peut reschaufer le plus vif de son ame Par un baiser, ou d’vn traict de sa veüe :

Heureux celuy qui tel bien receura, Mais plus heureux «il qui se vantera Entre ses bras l’auoir eu toute nue. .

C’estoit le iour d'vn Auril gracieux

Que ie songeois à ma douce Maistresse,

Et dessus l’herbe engourdi de paresse

De cent obiects ie repaissoy mes yeux :

Tantost de dueil ie regardois aux cieux,

Tantost au fond d’vne forest espesse,

Et pour confort de l’ennuy qui me presse

Seul à l’escart ie me plaignois aux Dieux.

XIL == 9% âme, 11": tret.

NIV. — 1 : qui m'estoit ennuyeux: ? : doulce: 4 : repaissois.

Chiquet, p. 38-39; M.-L., I, p. 23 : Tu as les yeulx de Junon, o Meline) qui traduit l’Anthologie; par RONSARD, deux fois (Amours, I, XLIII, Bl., I, p. 26; L.-L., I, p. 22) : Je voudrois être Ixion ou Tantale; et surtout : Amours, I, CXXXWII (Laumonier-Lemerre, I, 66-67, BL., I, p. 78); par MAGNY : Souspirs, CIX, (Courbet, p. 74). Le mouvement du sonnet de d’Espinay rappelle plutôt le sonnet de Ronsard; mais l’imitation est fort libre et la source discutable. MAGNY à fait de tous ces sonnets une parodie bien gauloise (Souspirs, CIV; Courbet, p. 74-75).

XIV. -- Les huit premiers vers de ce sonnet, où d’'Espinay s'’isole dans la nature comme feront plus tard les amants romantiques, sont peut-être suggérés par

Seul et pensif,, aux rochers plus secrets D'un cœur muet, je conte mes regrets, Et par les bois je vay celant ma playe.

(RONSARD. Amours, T, CLVI, BL. I. p. 90; Laumonier-Lemerre, I, p. 78). ‘ Ores un antre, or un desert sauvage, Ores me plaist le secret d’un rivage, Pour essayer de tromper mon ennuy (1b., I, CLXII; B1. Ï, p. 93-94; Laumonier-Lemerre, I, p. 81).

Voir aussi BAIF : Amours de Francine, II, 121 (M.-L., p. 191); SANNAZAR, ATCAdia, prosa settima (trad. par VIANEY : Pétrarquisme, p. 89); PÉTRARQUE, Sur la mort de Laure, sonnet XXXIII, rima 260. Les deux tercets doivent avoir une autre source qui m'échappe. On peut en rapprocher un sonnet de l’Olive ou du Bellay désire aussi être transformé en l’un des éléments qui portent son amie. Le sonnet de

Je desirois estre ces rochers haux Qui sont cernez d’vn nombre de rameaux, Et qu’elle fut transformee en la branche, Qui va heurtant le corps de ceste roche, Par vn grand vent, et quand c’est à l’approche Tout de son long dessus elle se panche.

D'autre viande Amour ne se veult paistre,

Que de souspirs engendrez dans mon cueur,

Et lorsqu'ils sont par extreme langueur

Pres de leur fin, en fait autant renaistre.

Or’peult en moy le torment apparoistre

Qu'on auoit veu sur ce vieil Rauisseur

Du feu sacré, lors que le bras vengeur

De Iupiter luy feit son mal cognoistre.

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