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. CHANSON Le dueil qui me presse Les baisers de celle N’aura iamais cesse Qui m'est si cruelie Voyant ces beaux yeux, Me seruoyent d'appas.
Ces yeux qui bien sceurent Le lemps ny l’enuie Me tromper et peurent Ne pourront ma vie Rauir tout mon mieux. Jamais contenter :
La longue esperance Fault il que sans cesse D'vne iouissance Mon ennuy s’accroisse Consomme mon cueur, Pour me tourmenter?
Ma force se passe le pensois bien estre Et la mort pourchasse De l'amour le maistre Le'‘reste de l’heur. EL l’auoir domté,
La faueur desclose Mais sa main plus forte Monstroit quelque chose M'a nauré de sorte D'vn plaisir futur, Qu'il m'a surmonté.
Mais, las! ceste feincte Adieu donc la grace Fut soubdain esteincte, Qui point ne s'efface, Changee en malheur. Adieu ces beaux yeux :
O qu'’infortunee Ces yeux que j'adore, Me fut la iournee Ce corps que ihonore D'vn si doux repas, Façonné des Dieux.
Cent fois le iour en voyant ton image D'vn feu nouueau r’attise ma douleur, = Et ie refons en nouuelle langueur L'or le plus fin de ma printaniere aage :
Te brusle au clair de ce mignard visage, En descouurant en ce pourtraict flateur Je ne sçay quoy de la douce faueur, Ou de ce ris qui cruel me partage.
velle continuation des Amours de Ronsard (1556) et prises surtout à Marulle (VIANEY, Pétrarquisme, p. 157, 188).
XLVIII — Le thème du portrait est classique. Cf. PÉTRARQUE, sonnet LXXXVI, rima 100 : Poi che’l camin m'è chiuso di mercede. Les disciples décadents de Pétrarque lui ont donné un tour particulier et une finale stéréotypée. Voir, par exemple, BAïr (4mours de Méline, VII; Augé-Chiquet, p. 28) : Son amie veut lui reprendre son « image » ; le poète s’en plaint, puis la lui donne en disant :
Tien, la voyla, fais en a ton plaisir,
Ce portraict cy corrompre se pourra,
Un au cueur j’ay, et ne crein qu'il s’efface,
Car, moy vivant, vivant il demourra.
D'Espinay a dédaigné ces gentillesses à la mode et cherché plus de simplicité. Il est vrai qu'il n’a réussi qu'à être banal.
Souuent trop fol ton tableau ié rebaise, Mais le baisant mon trauail ne s’appaise, Trauail fondé non dessus lé pinceau, Mais dessus l’heur de ta viue beauté, Qui m'a graué la douce cruauté Dont i’entretien mon printemps le plus beau.
Ce ne fut pas le trait de ces beaux yeux, Ny de ce front l’yuoirine blancheur,
Ny de ce sein cest’esgale rondeur
Qui me serra d’vn ioug si ennuyeux :
XLIX. — Encore un motif cent fois traité par les poètes de la Renaissance. Le sonnet de l’ « honneste Amour » à une origine platonicienne (voir p. 30-31) : « Celuilà est mauvais qui aime — c’est l’ordinaire — le corps plus que l’âme : son amour n'est pas durable puisqu'il aime une chose sans durée; quand la beauté corporelle qu’il aimait se fane, l’amour s’envole, oublieux de ses paroles et de ses serments. Mais celui qui aime quelqu'un pour sa vertu, persévère dans son amour toute sa vie, car il aime une chose durable, » (Banquet, ch. X, rôte de Pausanias). OVIDE aussi, qui fut tant lu par les élégiaques de la Renaissance, disait à Perilla (Trest, III, VII, 33 et suiv.) :
Ista decens facies longis vitiabitur annis, Rugaque in antiqua fronte senilis erit,.
Singula quid referam? nil non mortale tenemus Pectoris exceptis ingeniique bonis.
Marulle aussi célèbre d’abord et décrit les beautés de Nérée et les juge indignes de ses chants; puis il passe aux qualités de son esprit et de son cœur et conclut : Hæc bona vera : Hæc tua sunt : fati cætera dona brevis (Epigr. II, ad Neæram).
DU BELLAY dans l’Olive dit aussi à son amie : De ton printemps les fleurettes seichées Seront un jour de leurs tiges arrachées Non la vertu, l’esprit et la raison (Olive, 32; Œuvres poétiques, édit. Chamard, I, p. 54).
Mais c’est plutôt M. SCÈVE qui, en France, donna la formule définitive de la déclaration d’ « honneste Amour » (Délie, diz. CCCVI, éd. Parturier, p. 209-210. Voir ce texte plus haut, ch. II). Toute la Renaissance l’a refaite après lui : TYARD, Erreurs amoureuses, I, 7 (VIANEY : Pélrarquisme, p. 127); DU BELLAY, XIII Sonnetz de l'honneste Amour, sonnet II (Œuvres poétiques, édit. Chamard, I, p. 137 et suiv.; M.-L., II, p. 61) : Ce ne sont pas ces beaux cheveux dorez; MAGNY : AMOUrs, XXVIII (Courbet, p. 37-38) : Ne le cler tainct de ta divine face: LXV (Courbet, D. 62) : Ce n’est Amour le tiran maltraictable; Souspirs XCI (Courbet, p. 65) : L'un vantera l'or frisé de ces tresses, Amours, XCVIII (Courbet, 84) : Ce ne fut oncq’ l’acord de ceste voix; RONSARD, Amours, I, XLVIII (BL., I, 28: Laumonier- Lemerre, I, p. 24) : Ny de son chef le tresor crespelu, — MAGNY qui avait fait quatre fois ce sonnet l’a parodié malicieusement (Souspirs, XXX: Courbet, p. 24).
Après 1560, relevons aussi le sonnet de R. BELLEAU : Cher et chaste desir quand absent de tes yeux (Bergerie, de journée: M.-L., 1, 276-277), Toutes ces pièces sont faciles à trouver. On m'excusera de citer celle-ci qui est très rare bien que récem-
Ce ne fut pas ce port si glorieux, Ny de ce ris l’attrayante faueur, Ny du baiser l’Arabique douceur Qui par sept ans me feit si langoureux :
Ce fut le prix d’vne vertu qui passe Le beau du corps et l’orgueil dela face Qui esclaua mes sens de la raison.
Ce qui sert done aux autres pour la gloire, Et ennoblit leurs ans d’vne memoire, Ne me sera pour iamais que poison.
Contrefaire au retour de quelque long voyage L’accort et resolu, et ses mots balancer,
Et auant que parler prendre temps d’y penser, Et en termes nouueaux refondre son langage :
ment imprimée. Elle est adressée par Gabriel de Goulaine, le cousin de Ch. pinay, à sa femme Marguerite de Bretagne et d'AVAUgOuUr :
Ny l'or esparpillé en ondantes bouffées, Ny la largeur du front gravement relevé, Ny le fil esbenin en arc turquois gravé, Ny de deulx beauls soleilz les flameches paphées, Ny ces roses, qui sont de blancz lis attifées, Ny le coral qui a la levre en sang lavé, Ny l’albastre emperlé dessus tes dens trouvé, Ny ta bouche soufliant les richesses sabées; Ny ce lait caïillotté qui naige dans ce sein, Ny ces doigts aurorins, ny ceste blanche main, Ny ta taille de corps, ny ta voix pythonicque, Ne feurent les appas qui ton Gouilaine ont pris. Mais il a bien serré son cœur et ses espricts hi Aux vertuz, qui ont faict dans toy leur Republicque.
(A. DE LA BORDERIE : Le livre de Marg. de Bretagne, sonnet VIII, p. 36-37).
XLIX, 1, 5, 9. — La formule du sonnet est empruntée de du Bellay, semble-t-il,
ou de Magny :
D'ESPINAY DU BELLAY MAGNY 1. Ce ne fut pas. Ce ne sont pas... Ce ne fut onq.… 5. Ce ne fut pas... Ce ne sont pas... Ce ne futonq.…. 9, Ce fut le prix. 11. C’est cet esprit... 12. C’est ton esprit.
XLIX, 1 à 8. — Pour les détails du portrait des vers 1 à 8, voir sonnet II, note 1
L. — Croquis du charlatan de cour. Le procédé est imité de DU BELLAY qui en a tiré de jolis portraits dans les Regrets, sonnet LXXXIV {M.-L., p. 209; Chamard,
p. 116) : Nous ne faisons la court aux filles de Memoire; LXXXV (M.-L., p.
Larder tout vn disner de son pelerinage, Les autres despriser et les siens auancer, Et ne concluant rien tousiours recommancer, Caquetant à credit comme vne pie en cage :
Frere, il me semble aduis que voy ces charlatans En banque chaufaudez pour arracher des dens, Vendans à cher denier vne drogue estrangere : Mais tout le meilleur est, que tant plus on les oit Mentir plus proprement, et tant moins on les croit, Et des plus aduisez sont reiectez arriere.
Chamard, p. 117) : Flatter un créditeur pour son terme allonger; LXXXVI (M.L. p. 210. Chamard, p. 118) : Marcher d'un grave pas et d'un grave sourci. Voir plus haut, Ch. IL, fin.
L, 2-3. — Souvenir de DU BELLAY (Regrets, LXXXV, éd. Chamard, p. 117) :
Ne suivre en son parler la liberté de France, Et pour respondre un mot, un quart d'heure y songer. Ne dire à tous venans tout cela que l’on pense. \
L, 10 — Banque : tréteau de marchands forains (sens courant au XVIe siècle); chaufaudez forme moins usitée que chaffauder {monter sur un échafaudage).