REX
Gente forest, quand mes ennuis me pressent,
Et qu'au bord verd de tes plus viues eaux
l’espan mes pleurs, en songeant aux trauaux
Que ces deux yeux par leur douceur me laissent, T'oy de bien loing les plaisirs qui renaissent
De ton creux sein , puis au pied des coustaux
Errant pensif, et le long des ruisseaux
l’entre en ce breil ou les soulcis se laissent. Là d’vn costé ie voy le cerf lancer,
Et les veneurs en l’espesseur brocer,
Parlant aux chiens, et de trompe et de voix, Et aussi tost ce cerf pour se deffaire
Tout haletant dans tes eaux se retraire
Lieu terminé pour ses derniers abboïis.
XXX, 7-8 — Voir ‘sonnet I, 9. Cf. RONSARD (Amours, II, Madrigal; B1., I, 206- 207; Laumonier-Lemerre, I, p. 183) :
Il eslongna ses mains et fit son arc estendre. Puis me lascha le trait, contre qui le harnois D’'Achille ny d'Hector ne se pourroit defendre. Mais toutesfois: au cœur me demoura la playe, Laquelle pour néant cent fois le jour j'essaye De la vouloir guerir; mais tel est son effort Que je voy bien qu'il faut que maugré moy je l’aye, Et que pour la guerir le remede est la mort.
XXXI, 1-11. — Tableau de chasse vécu. Champeaux est aujourd’hui encore à la lisière de la forêt de Chevré et peu éloigné de la forêt de Sevailles. Escures, la principale résidence des d'Espinay en Acigné, est en un coin de la forêt de Rennes.
XXXI, 12-14. — Le cerf blessé par le chasseur est souvent le symbole de l’amant blessé de la flèche de épi. PÉTRARQUE (sonnet : I dolci colli) :
E qual cervo ferito di saetta
Col ferro avelenato dentro al fianco
Fugge, e piu duolsi, quanto piu s'’affratto.
M. SCcÈvE (Délie, diz. CLIX) et CORROZET, Hecatongraphie (1541, fo E7 vo) ont reproduit en gravure cet emblème (voir Délie, éd. Parturier, p. 117, et note); voir aussi M. DE SAINT-GELAIS (BL. III, 86, huitain CLXIV) : Le pauvre Cerf, qui sent que l’on luy donne. D'Espinay se souvient peut-être ici du sonnet de RONSARD :
Combien de fois à bras courbez i’embrasse Dessous l’obseur d’vne trompeuse nuit Ce corps si beau, puis tout soubdain s'enfuit Par la rigueur d’vn resueil qui le chasse !
Ombreuse nuict, est-ce toy qui pourchasse Et qui nourris ce malheur qui me suit, Veux-tu me voir en vn tombeau conduit Par le songer d’vne si vaine face?
C’est trop rusé pour esprouuer ma foy, Pour me guerir un coup apporte moy Le traict heureux de sa plus viue image Lors tu verras qu'au clair de tes flambeaux, En oubliant le plus dur de tes maux De cent baisers ie luy rendray l'hommage.
[La - SR Sem
Amours, I, LIX (BL. I, 35; Laumonier-Lemerra, I, p. 29); mais le sonnet de Ronsard est plus habile en ce qu’il ne distrait pas notre attention du cerf blessé pour l’intéresser au tableau de la chasse :
Comme un chevreuil, quand le printemps détruit Du froid hyver la poignante gelée, Pour mieux brouter la fueille emmiellée, »
Hors de son bois avec l’Aube s'enfuit; Et seul, et seur, loin des chiens et du bruit, Or’sur un mont, or'dans une valée Or’près d’une onde à l’escart recelée, Libre, folâtre où son pied le conduit; De rets ne d’arc sa liberté n’a crainte, Sinon alors que sa vie est atteinte D'un trait meurtrier empourpré de son sang; Ainsi j’allois, sans espoir de dommage, Le jour qu'un œil, sur l’avril de mon âge Tira d’un coup mille traits dans mon flanc.
XXXII. — La description au songe est l’une des ressources le plus souvent exploitées par les poètes de la Renaissance, et une occasion toujours reneuvelée de description et de regrets. La source en est l’Anthologie (ép. érotique, 243. Voir le texte, plus haut, sonnet VIII). Parmi les Italiens, On peut citer : BEMBO, Rime, sonnet LXXX (éd. de Milan, 1808, tome IT, p. 63) : Sogno che dolcemente m'hai furato; CHARITEO (éd. Percopo, II, 16-17)), sonnets 14, 15; SANNAZAR, qui lui consacre cinq sonnets (Rime, seconda parte, D. 339-341); SERAFINO, sonnet LX (éd. Manghini, p. 98).
En France, on trouve ce sujet traité dans M. SCÈVE, Délie, diz. CXXVI A l’embrunir des heures tenebreuses (éd. Parturier, P. 93), et diz. CCCXL : Avoir le jour nostre Occident passé (éd. Parturier, p. 233); pu BELLAY, Olive, 14 : Le fort sommeil, que celeste on doibt croire (Chamard, I, p. 38); MAGNY, Amours, 54 (Courbet, p. 55) : Ce qu’en veillant je n’osoy de ma vie; 4b., XVII (Courbet, p. 30) : Songe fuyard, vainement nompareil; Souspirs, XLIX (Courbet, p, 37) : O bien heu-
Prenant congé de tes beautez, Maistresse, L’œil rauisseur me fait playe nouveile, Et la douceur qui en sort renouuelle Le long labeur qui fortement me presse, Ce doux esclair vn feu cruel me laisse Par la rigueur de leur flamme iumelle, Et le regard rudement me pointelle D'vn tret tiré de l’amour qui m'oppresse.
Absent de toy ie quiers ceste chaleur, Et pres de toy ne puis souffrir d’ardeur Que ce flambeau si femnmtement me rue.
Donc esperant le but de mes desirs, Verrai-ie fondre en malheur mes plaisirs Par la douceur de ton œil qui me tue?
l’aurois regret, MonPesarT, de ta plainte, Et iustement blasmeroy la rigueur,
Qui te nourrit ce trauail dans le cueur, Te reduisant en si triste complainte :
reuse nuict, à moy plus douce et chere; Gayetez (Courbet, p. 53-54) : Songe heureux qui m'as ceste nuit; BAIF, AmOurs de Méline, I, XV, (M.-L., p. 24; Augé-Chiquet, p. 40) : O nuit plaisante, Ô plaisant et doux songe; 47nours de Francine, I, LXI (M.-L., I, p. 117) : Songe heureux et divin, trompeur de ma tristesse; 1b., II, XCIX (M.-L., p. 182); RONSARD, Amours, I (Blanch., I, p. 39; Laumonier-Lemerre, VI, 161) : Quand en songeant ma follastre j’accole (Retranché en 1584); 1b., I, CLXXXV (BL. I, 105; Laumonier-Lemerre, I, 9) : Bien que les champs, les fleurs et les lieux; 10., I, CLXXXVI (B1., I, 106, Laumonier-Lemerre, I, p. 9) : I1 faisoit chaud et le somme coulant; 10., I, XXX (BL, I, p. 18; Laumonier-Lemerre, I, p. 16) : Ange divin qui mes playes embame. Le sonnet précédent, I, XXIX. (BL, I, p. 18: Laumonier- Lemerre, I, 18) chante aussi les bienfaits du songe. — Pièces publiées après le sonnet de d’Espinay, mais qu'il a pu connaître : BUTTET, Amalthée (1575), éd. de Lyon, p. 250 (très libre); Gabriel DE GOULAINE, neveu de Ch. d’Espinay : En vain durant la nuict les songes ne nous viennent (Le livre de Marg. de Bretagne, Elégie IX, p. 37-38).
Le sonnet de Ch. d'Espinay ne semble pas inspiré particulièrement par aucun de ces modèles. Voir plus haut, chap. IT.
XXXII,8. — Voir sonnet XIX, vers 14.
XXXIV, 1. — Je n’ai pu identifier de façon certaine ce Montpezat. La B. N. (Ms fr. 20.231, fo 106) possède la généalogie de cette célèbre famille dont le membre le
Si comme toy ie n’auois eu l’attainte Des trets ardans du petit Dieu vangeur, Quand enuieux et ialoux de nostre heur Tire sa fleiche en amertume teinte.
Longtemps y a, veu mes grandes douleurs, Que fusse mort entre tant de malheurs, Si receu n’eusse vne douce carresse :
Comme moy donc atten ceste heure heureuse, - Qui bruslera d’vne flamme amoureuse Le cueur glacé de ta belle Maistresse.
Lors qu’à loisir ie pensoy me repaistre De ces douceurs qui sortent de ces yeux, En oubliant ce trauail ennuyeux Qui courtisan longuement m’a faict estre :
l’ay devant moy vn Tyran veu renaistre, Vn vray Tyran de mon bien enuieux, Qui d’vn regard froidement venimeux Quasi gueri ma douleur a faict croistre Et m’a contrainct de tes yeux m’absenter, Tant qu’à ceste heure il me fault contenter Du seul songer de ta chaste figure.
Heureux songer si loing des mesdisans, Las! tu pouuois, accompagnant mes ans, Trouuer remede à ce mal que i’endure.
plus connu est Antoine, maréchal de France (mort en 1544), Parmi ceux qu’a pu connaître d'Espinay je signale Jacques, qui devint évêque de Montauban en 1556. Le sonnet de d'Espinay ne peut guère s'appliquer à un évêque, mais il a pu être composé antérieurement à 1556. De plus, Jacques ne fut jamais sacré. Par son caractère, il ressemblait fort à notre poète: plus soldat qu'évêque, il passa sa vie à guerroyer contre les protestants de son diocèse et fut tué le 25 janvier 1589 (Gallia Christ., XIII, 250-251; C. DAUX : Histoire de l'Eglise de Montauban, II, p. 4- 91). Mais il d'avait pas de culture littéraire. C’est pourquoi j’estime que le sonnet 34 pourrait bien s'adresser plutôt à Montpezat-Longnac, favori de Henri III, capitaine des gardes du roi, Il joua un grand rôle à la cour (L’ESTOILE et BRAN- TÔME, passim). Disgracié en 1588, il se retira à Amboise où commandait son ami du Guast. Ce dernier le trahit et le forca à se retirer en Périgord. Ce qui me fait supposer que c'est à lui que s'adresse d'Espinay, c'est sa liaison avec du Guast, aussi ami de notre poète.
Tous les tourmens que l’amoureuse rage
Apporte aux cueurs des hommes malheureux,
Tous les souspirs que font les langoureux
Quand tourmentez meurent en leur courage :
Le plus amer d’vn amoureux breuuage,
Le tret agu de deux rigoureux yeux, . Le ciel sur toy à iamais furieux
Puisse eclipser le meilleur de ton aage :
Pour auoir ris et mesdict de mes vers,
Que i’ay semez par ce grand vniuers
Pour faire honneur à ma belle Maistresse, Qui n’ont esté de nos diuins esprits
Ny reculez, ny trop mis à mespris,
Ny reiectez de la plus docte presse.
Or desormais pauures yeux lamentez
Le dur trauail d’vne si longue absence,
Et par vos pleurs regretez la presence,
De ces vertus qui vous ont contentez.
Ma bouche, helas! iamais ne vous vantez
Si à propos de trouuer allegeance,
Et maintenant viuez en asseurance
De rencontrer dix mille cruautez.
XXXVI. — Pour la source du genre, il faudrait retourner jusqu'aux imprécations d’OVIDE dans l’Ibis et au PSEUDO VIRGILE, Contre Noctuinus et Contre Lucius (Catatecta, 3, 4, 5, éd. Hachette à la suite de Æneid., t. IT, p. 359-360). Mais Baïf l’a renouvelé en écrivant quatre pièces contre un « mastin » qui avait médit de ses vers (M.-L., II, 109, 218, 460; IV, 330). Il à écrit aussi de ce même ton des diræ antiques un sonnet contre un détracteur de Francine (Amours de Francine, I1, CVI; M.-L., I, . 485) : La rage qui les chiens au plus fort de l’esté. Ce dernier sonnet semble avoir donné à d'Espinay le ton du sien. Mellin DE SAINT-GELAIS à aussi composé dés « Maledictions contre un envieux » (Bl., I, 243-245).
XXXVI, 1. — Souvenir de BAIF dont il à gardé la rime et un vers à peu près intact :
Ny ta fierté, gratieuse guerriere,
Qui t’entretient en dedaigneux courage, Ny le tourment ny l’amoureuse rage:
Pour l’obstiné de ma longue priere….
(Amours de Méline, XXXIII). Imité de Gesualdo; mais d'Espinay n’a pas lu Gesualdo (Augé-Chiquet, p. 59); cf. aussi RONSARD, Amours, I, IX (Vaganay, p. 2). XXXVII . — Imité de Marcello Philoxeno par l'intermédiaire de MAGNY (Souspirs, LXXVII;, Courbet, p. 56). Voir le sonnet de Magny et l’étude de celui d’Espinay, plus haut, ch. II. Voici celui de PHILOXENO (communiqué par M. Vianey), Sylve
Que ferez-vous, Ô mon cueur, que vous plaindre, Et vous mes pieds que feintement restraindre Vos pas qui sont la cause de vostre heur?
Esperez done pour la fin des labeurs Le double ennuy de cent diuers malheurs, Vous pauures yeux, bouche, pieds, et mon cueur.
XXXVIIT
Dessus le large bord du giron fluctueux Retraçant le parfaict de ma douce Guerriere, Libre et vague ay rendu mon ame prisonniere Qu’'Amour cruel serroit sous ses trets rigoureux,
de Marcello Philoxeno Tarvisino poeta clarissimo. Impresso in Venetia, per Nicolo Brenta, MDVIÏII; fo mii, recto :
Tal volta i prendo el calamo e le carte Donna gentil per darte qualche aviso Che per tua crudelta i resto conquiso, Ma alhor la mano tenta de laudarte.
Sio voglio lamentarmi in qualche parte, La lingua mia alhor lauda il tuo bel viso, E glochi mei te monstran dolce riso $ Quando coniessi cerco minacciarte. Le.
Voglia o non voglia i pie van dove stai.
Se piu pensar non voglio al tuo splendore Alhor piu pensa in te il mio cor que mai, Dogni mia liberta dunque son fore * Se con tua gran belleza preso mhai La man, la lingua, gli ochi, i piedi € il core. Philoxeno n'a pas créé le procédé, on le trouve chez THEBALDEO, sonnet 80 : Anima, piedi, orecchi, occhi, che steti In continuo exercitio gia molti anni:
mieux encore chez PÉTRARQUE (Sur la mort de Laure, sonnet VII, rima 234) : Occhi miei oscurato è’1 nostro sole:
Orecchie mie, l’angeliche parole Suonano in parte ov’è chi neglio intende.
Piei miei, vostra ragion là non si stende Ov’è colei che exercitar vi sole Dunque perchè mi date questa guerra?
En France, PONTUS DE TYARD s’en sert :
Cessez mes yeux, cessez le tant pleurer O mon desir, cesse de desirer Un bien trop haut...
Et toi mon cœur cesse de concevoir EnieU Se rAN ETC PICUNS ETES et vous désirs... , “etc,
(Erreurs amoureuses, I, XXII; M.-L., p. 29-30).
Et là seul et pensif j'auisay (bien-heureux)
; Sur le reply des flots la Deesse escumiere,
é , Laissant flotter au vent sa robbe par derriere,
| Et de sa main frisant l’or de ses beaux cheueux.
k O combien, dis-je alors, ma Maistresse surpasse
S Et le gentil maintien, et la diuine face,
de De celle que les Dieux ont formé de leur main !
4 Hé! pourquoy faut-il done qu’outrecuidé ie m’ose Estimer suffisant d’vne si saincte chose, Et de m'en approcher, moy qui ne suis qu'humain?
Apres tant de trauaux, tant de pleurs que sans cesse, Mon BELLEAU, 1’ai ietté sur la fleur de mes ans, Changeant en fort hyuer le beau de mon printemps Par les regards fardez d’vne seule Maistresse :
BAÏF surtout avait presque réalisé cette forme de sonnet, Il ne manque à son essai que le vers final :
Pourra donq bien de ma bouche partir Ce facheux mot, mot qui deja me tue, Quand seulement ma langue s’evertue De l'essayer pour le faire sortir.
Tu devois ciel ma veue m'anéantir Ciel tu devois ains, me ravir la veue, Ains que de moy, Ô dur hien! fust cogneue Celle qui cause un si dur departir.
Puis que ce mot ma langue ne peut dire, Sus yeux meurdriz larmoyez chaudement, Jette sanglotz triste cueur et soupire :
Et toy ma main il te faut lourdement, Ce que je tays, en ce papier ecrire : Adieu par qui tant me plaist le tourment.
(BAïF, Amours de Méline, XXXVIII, Augé-Chiquet, p. 65).
XXXVII, 8 — Souvenir de RONSARD : Vengeant d’un coup cent mille cruautez (Amours, I, CLXXXIII: B1., I, p. 104; Laumonier-Lemerre, I, p. 91).
XXXVIII, 4-8. — Cf. RONSARD, AMOuUrs, I, XLI (B1., 1, %5; Laumonier-Lemerre, I, p. 21); BAÏF, AMOUTS, II, XXII (Augé-Chiquet, p. 153); Rémy BELLEAU : Odes d’Anacréon (éd. Gouverneur, p. 50). Les deux premiers textes sont cités plus haut, ch. II. La description de Belleau est plus longue, mais les détails ne correspondent pas à çeux de d'Espinay.
XXXVIII, 14 — Peut-être souvenir de DU PBELLAY, Regrets, NA, fin; Œuvres poétiques, édit. Chamard, II, p. 122.
O divines beautez! pardonnez moy de grace, Si, pour estre mortel, je ne vous O0$e aymer.
XXXIX. 3 — Cf. sonnet XXV, 14 : Que d'vn printemps il me fait vn hiver.
174 GHARLES D'ESPINAY
Et ia saoul de l’appast d’vne feinte caresse, Et vaincu de raison ie m’approche du tems, Qu'heureux tu me verras eschaper des liens Dont ce cruel Amour depuis sept ans m’oppresse, Et libre de chanter la force de ses trets, Et faire voir au clair la rigueur de ses faits Pour sauuer du danger ceste ieunesse folle :
Qui à clos yeux s’en va suyuant l’aueugle Dieu Droit se precipiter au gouffre de ce lieu, Ou maintenant encor moy mesme ie m'affolle.
\ GREvin, qu'il fait bon voir ce beau couple d’amans, Qu'Amour a si bien ioincts d’vne mesme nature, Que certes on diroit qu'vne seule cousture
Les separe tous deux, tant sont indifferens !
XXXIX, 6. — Cf. sonnet XXVI, 5, note. -
XXXIX, 7. — Liens ne rime-t-il que pour l'œil ou si on prononçait alors lian? Cette prononciation est encore usitée dans certaines campagnes d'Ille-et-Vilaine.
XXXIX, 8. — Depuis sept ans : cf. sonnets XLI, d; XLII, 12: XLIX, 8. Ronsard avait aussi soupiré sept ans (Amours, I, CCXIII; B1., I, 120); mais l’insistance de d'Espinay montre que ce n’est pas seulement un nombre consacré. Le reste du sonnet semble indiquer qu'il à été écrit au temps où d’'Espinay était décidé à quitter le monde.
XL, 1-9. — La formule du début et l’allure d'ensemble du sonnet sont imités d'un sonnet récent de DU BELLAY (Regrets, CXXXIII; M.-L., p. 229; éd. Chamard, 11159)=
Il fait bon voir (Magny) ces Coïons magnifiques, Leur superbe Arsenal, leurs vaisseaux, leur abbord, Mais ce que l’on en doit le meilleur estimer,
C'est quand ces vieux coquz vont espouser la mer, Dont ils sont les maris, et le Turc l’adultere.
XL, 2-4. — Allusion au mythe de l’Androgyne si répandu dans la Renaissance depuis qu'on lit le Banquet de Platon, Cf. RABELAIS, I, VIII; DES PERIERS, Œuvres diverses, Le blason du nombril, 3 strophe (éd. L. Lacour, I, p. 78): A. JAMYN. Œuvres poétiques, éd. de 1575, livre I, Callirée, fos 123 vo à 126 :
Comme l’on fend des œuves de poisson
Avec un fil pour confire en saumure,
I1 (Jupiter) les fendit (les Androgynes) par la mesme façon Par le nombril, merque de telle injure, etc.
XL, 3. — Couture : cicatrice de la coupure, qui les sépara. Cf. M. DE SAINT-
GELAIS, Œuvres, B1., I, 96 : Ô Nostre amitié est seulement Descousue et non dechirée, Amour qui la flèche a tirée Rhabillera ceste couture.
XL, 4. — Indifferens : sens latin, non différents, semblables.
LES SONNETS jr
OT
Hé! qui les fait bon voir, quand tous deux s’escartans
Avec mille souspirs comtent leur auanture, - + Leurs plaintes et regrets, et la peine si dure,
Qu'esgale ils ont souffert pour se voir estre absens !
Mais c'est bien grand’'pitié de voir ces amoureux Fondez dessus l'espoir d'vn procez hasardeux, Mendicants la faueur d’vn Rapporteur nouueau
Et vn miracle grand, de voir en ceste sorte Amour estre planté tousiours deuant la porte De quelque President demandant le bureau.
Sept ans pipeurs de ma simple ieunesse Ont hasardé ma fortune et mon heur, Puis ont voulu d’vne maigre faueur Me contenter, ou de quelque promesse.
Ce long seruir et ce long temps rien est-ce, Ou sans espargne ay mis tout le meilleur De ce qu'auois, abandonnant mon cueur Pour estre offrande à ma fiere Deesse?
Dieus, ie me plains de telle cruauté,
Que ioimcte auez à ceste grand’beauté,
- Pour (ce me semble) auoir de moy la fin!
Mais puis, Ô Dieus, qu'il fault qu'ainsi ie meure, Faites tousiours que la rigueur demeure Gravee au plain de son futur destin.
XLIT
Adieu, seiour heureux, le confort de ma vie,
Ou ces ennuis rongears, compaignons de la mort, N'’auoyent encore peu seurement prendre port, Ny les diuers tourmens de la bourrelle enuie.
XL, 5. — Il faut lire sans doute : Hé! qu'il les fait bon voir. XL, 9-14. — Peut-être souvenir de RONSARD (OTeS TV IT Bl Ar 222 Qui devant l'aube accourt triste à la porte Du conseiller, et là, faisant maint tour, Le sac au point, attend que Monsieur sorte Pour luy donner humblement le bonjour.
XLII. — D'Espinay a annoncé à plusieurs reprises son départ au cours de ces derniers sonnets : XXXIII, 1, 9 XXXV, 9, 12; XXXVII, 2, 3; XXXVIII, 3; XXXIX, 6, 8; XLI, début. Ici il fait ses adieux à la cour (heureux séjour, etc.), aux Muses
Adieu troupeau diuin, qui tout seul me conuie A plaindre mon malheur, et souspirer plus fort, Érrant ie vay chercher les heurs d’vn autre bord Par la nouuelle mort que mon ame a choisie.
Et si, peult-estre, vn iour ie voy quelque tempeste Rigoureuse sur moy me menacer la teste, Leuant les yeux au ciel ie verray ce flambeau
Cest Astre qui sept ans ma fortune a conduict, Pitoyable, esclairant sur les feux de la nuict, Me tirer du dangier par vn sentier nouueau.
Heureux celui trois fois, de qui les doctes vers Peurent par leur douceur resueiller ceste masse, Qui lourde sommeilloit dans les coustaux de Trace, Ou au sein escumeux des estrangeres mers :
Heureux dont le chanter feit tomber tant de fers Du bas manoir obscur, et desrider la face Du vieil Pluton marri, voyant dedans la place Ces esprits condamnez errer tous descouuers : Mais plus heureux il est, RoxsaRD, eil qui attire Aux plus graues fredons de sa mignarde lyre Et l’oreille et les yeux de ces dames si belles : Aïinsy ray veu de loing tes vers fauorisez, Et les miens qu’on lisoit de bien pres refusez, Despouillez de leur heur par ces femmes cruelles.
ou à ses amis les poètes (troupeau divin). Il annonce (vers 7-8) qu’il va mourir d’une nouvelle mort; c’est-à-dire qu'il va mourir au monde et entrer dans les ordres. Il venait d’être nommé évêque de Dol.
XLIII. — Thème fort courant chez les Pétrarquistes. PROPERCE leur à donné le modèle (Lib. III, eleg. II). — J. SECOND l’a développé (Eleg. III, 1) : Carminibus potuit torrentia sistere quondam Flumina, etc.
XLIII, i-4. — Cf. PONTUS DE TYARD :
Lyre (cher ornement de Madame et des Cieux)
Qui tiras les forets doucement à l'usage
Du sentiment humain : Et le rocher sauvage
Feis esmouvoir au son de ton chant gracieux Recueil des nouvelles œuvres poétiques (1573), sonnet V (M.-L., p. 165).
XLIII, 5-8. — Cf. PLATON, Banquet, VII; SANNAZAR (Egloga XI, p. 220) :
Felice Orfeo, che innanzi l’hore estreme,
Per ricovrar colei che pianse tanto,
Securo and0ô, dove più andar si teme
Vinse Megera, vinse Rhadamanto :
A pietà mosse il Re del crudo regno.
LES SONNETS lire
Pressis, ces simples vers que la Muse sacree Nourrit dans le cerueau de maints hommes priuez, Sans les auoir iamais encores abbreuuez
Dans les profondes eaux de ce nouuel Ascree,
Me plaisent bien autant, et leur douceur m’aggree Non moins que la fureur de ceux qui sont couuez D'vn trop obscur sçauoir, et qui sont esprouuez Sur le fort de l’enclume, ou la lime aceree :
Car le doux de leurs traicts nous contente l'oreille, Et pour plus hault subiect escrire nous resueille, Eslargissant la voye à nos inuentions.
De tel pris sont les tiens, qui trop hardis oserent M'encourager d’eserire, et premiers me tenterent De grauer sur les ans l’heur de mes passions.
Si vn tret immortel (non ce tret rigoureux Qu’Amour cruel lança dedans le corps d’Alcide, Quand tout vif il le feit par la toile homicide S’embraser ignorant d’vn feu trop furieux)
Voir citations de SERAFINO et CHARITEO dans Délie, éd. Parturier, p. 215, note 2. M. SCÈVE (Délie. diz. CCCX VI) :
Chantant Orphée au doulx son de sa lyre,
Tira pitié du Royaulme impiteux :
Et du tourment appaisa toute l'ire,
Qui pour sa peine est en soy despiteux.
.XLIV. — Imité de DU BELLAY, Regrets, II (M.-L., p. 108; éd. Chamard : Œuvres poétiques, II, D. 53). Voir le texte ch. II. Les quatre premiers sonnets des Regrets signalent la même recherche de la simplicité par le poète. Cf. aussi RONSARD, Amours, II, LIX (B1., I, 208-209; Laumonier-Lemerre, I, 185) : Marie tout ainsi que vous m'avez tourné (texte cité ch. II), et Amours, II, 1; B1., I, p. 147; Laumonier- Lemerre, I, p. 131) :
Mon Tyard, on disoit à mon commencement
Que j’estois trop obscur au simple populaire:
Mais aujourd'hui l’on dit que je suis au contraire,
Et que je me desments parlant trop bassement. :
XLIV. 1. — Sur Plessis-Bérard, voir ch. IT, p. 47-48. XLIV, 4 — Cf. RONSARD, AMOUTS, I, CLXVT (Vaganay, p. 277) : l'onde | Que
l’Ascrean entre les Muses but.
XLV. — Brons. Son frère Antoine d’'Espinay, sieur de Broons (Ille-et-Vilaine). Sur
ce personnage, voir ch. I, p. 2 note; ch. IV, 123-125.
A faict soubs luy plier, et rendu langoureux Le thresor de mes ans, et d’vn souspir humide Rappeler la raison pour confort et pour guide, Ou desirer la mort pour estre plus heureux :
Pourtant, BRoNs, ie ne veux aller tant desguisant Par plaintes le brasier si doucement cuisant Mon cueur espris d'Amour, que ie ne face croire
À tous ces endureis, prescheurs de chasteté, Combien vne amour peult, combien sa Deité Peult hausser de nos jours et le pris et la gloire.
GOULLAINES, si ceux là qui ne sont pas contens De s’estre vn coup bruslez à l’amoureuse flamme, Ou ceux que cest Amour secondement enflamme Ne peuvent de son feu se rendre encore -exemts Apprennent dessus moy tous ces diuers tourmens Que naistre on voit souuent des douceurs d’vne Dame, Douceur qui tant de fois ma fraische playe entame, Et qui rend sans confort le tresor de mes ans : Il scaura combien est la prison dangereuse De cest aueugle Dieu, et combien venimeuse Sa fleiche s’apperçoit sur la fin des plaisirs. Non, non, ce n’est pas moy qui veult estre tesmoing, Ce sera ce vieillart qui publira bien loing Le loyer qu'il aura de ces aspres desirs.
XLVI, 1. — Il s’agit vraisemblablement de Beaudouin We Goulaine, oncle de Ch. d'Espinay, qui venait de renoncer à l’état ecclésiastique et menait joyeuse vie à Paris. Il se maria l’année même où parut ce sonnet. Voir sonnet XXVIII et plus haut, ch. II, pages 46-47. Û
XLVI, 12-14. — Ce tercet annonce que la chanson suivante est une traduction. Dans la première édition elle était après le sonnet 96. Je n’ai pu trouver quel est le vieillara qui a fait ou qui chante cette chanson.
XLVII. — Baïf dans les Amours de Méline (1552) met à la mode les chansons. C'est une nouveauté prise aux Italiens. Elles sont nombreuses aussi dans la Nou-