LA COMTESSE RUSSE
princesse a fait son temps et est absolu- . démodée; la comtesse est moins împo- I mais plus moderne. Rarement jeune,
tout le monde croit qu'elle l'est, ce qui nt exactement au même pour elle et pour jtres; elle est grande, bien tournée, de forsculpturales, plus apparentes que réelles; élégante et surtout merveilleusement ha-
billce de coûteux chiffons, auxquels elle imprime son cachet personnel et parvient à donner un air bon enfant et sans apprêt. Le comble du chic est de sembler en toilette du matin quand on a une robe de trois mille francs.
La comtesse occupe un appartement composé de cinq ou six pièces; les enfants et le précepteur sont dans une autre aile de l'hôtel; quand il y a une annexe, elle préfère les y loger, car elle a moins de chance encore de les rencontrer. La plus grande partie de son temps se passe sur UD divan, où elle s'allonge en fumant des cigarettes. Son salon est le rendez-vous de tous les hommes présentables de la plage ; on y boit d'excellent punch à toute heure du jour (ou de la nuit, au choix), et Ton y cause librement. Pas l'ombre de bégueulerie; des domestiques superbes, qui ressemblent à des cariatides et qu'elle considère avec bienveillance lorsqu'elle ne les brutalise pas. Le comte n'est jamais là... son service le retient près du czar (J).
Signe particulier :
DANS L TRAIK
Les maris de toutes les t. comtesses de plage sont attachés à la personne ou à la maison du czar... Chacun fait comme il peut!...
LE HARQUIS ESPAGNOL
S'appelle Inès de Valladolid y Albacete y Mançanarès y Santander, etc. A encore beaucoup d'autres noms aussi sonores, mais ne s'en sert pas dans l'habitude de la vie, pour ne pas compliquer les choses... Colossalement riche; adore les bijoux; possède des œils-de-chat incomparables et un cyclope formé d'un rubis balais unique au monde. A de beaux chevaux mal attelés et des voitures criardes et de mauvais goût. Petit, le teint mat, les cheveux noirs et des yeux de velours; vulgaire et mal élevé, joue volontiers au grand seigneur, parle de la cour et de la « charge » qu'il y occupe ; est fort embarrassé lorsqu'on le questionne sur ladite charge. Est le plus souvent fabricant de chocolat. Couvert de décorations; toujours
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dédaigneux. Tient à prouver que la morgue espagnole existe ailleurs que dans les Brigands. Plus bravache que vraiment brave; crie beaucoup et agit fort peu; nature à la fois vive et paresseuse. Se traîne nonchalamment sur la plage eu faisant de l'œil de plusieurs côtés à la fois. Est le point de mire des cocottes, des mères désireuses de placer leurs filles et même de quelques gommeuses, avides de changement. Trouve que les hôtels sont mal tenus, les Français sales et ivrognes. Très sévère pour l'ivrognerie, ce vice étant le seul qu'il n'ait pas. Reconnaît seulement la supériorité de « la Française »; affirme qu'il n'épousera qu'une Parisienne; s'arrange ainsi une agréable existence sans rien risquer, car il est tout ce qu'il y a de plus marié à une fort jolie femme, qui l'attend au bord du Tage sans aucune impatience. Reste peu de temps au même endroit. Extrêmement large et généreux, quelquefois même quand on ne le voit pas.
LA UONGROISE
î, (léluréis, intelligente, dans le sens pradu mot surtout. Parlant toutes les lanl'argot compris et jabotant gentiment ;hacune d'elles.
Hongroise est, dans son pays, l'é^^uivae la Parisienne dans le nôtre. Elle est mte, rapace et perverse; pare aux mali\ poissons qui tombent dans ses 11fenuc évaporée, coquetterie révollantc; r€S multiples ; tout cela sous le couvert mère, authentique la plupart du temps, S sa singulière attitude. Vient à la mer r trouver un idéal qu'elle cherche consiusemenl. Jolie, surtout le soir au Casino.
rès électrique ; une valse avec elle et on )lé. Délicieusement pomponnée en ce qui '. au premier coup d'œil; mais dessous ignés et propreté quelquefois douteuse.
;e comme les cartes, dépensière ou avare
pai' boutades; révoUe et attire à la fois; orne beaucoup. Aime à bouleverser, par sa tapageuse présence, les petites plages tranquilles, mais n'y séjourne que peu de temps et revient aux grandes plages mondaines, où elle se trouve dans son vrai cadre.
Joli garçon; profil pur, œil caressant, voile de cils invraisemblables ; démarche molle et lassée. Vêtements assez corrects. Néanmoins, « marque mal », S'appelle Aristide d'Argos ou quelque chose d'approchant. N'a pas d'amis; tous ceux auxquels on parle de lui répondent :
I Moi, je ne sais pas du tout d'où il sort; je lui dis bonjour comme ça... Je lui donne tnême la main... quand il me la tend... à la mer... mais jamais je ne ferais cela à Paris. »
II parle à chaque instant de ses propriétés immenses... situées en Grèce, bien entendu.
136 DANS L TRAITT
ce qui fait qu'on n'a pas confiance. Les gens pratiques croient peu à la poésie ; un monsieur qui a des biens en Arcadie et des revenus produits par des olives, des raisins de Corinthe, des troupeaux de chèvres blanches et des carrières de marbre rose, est poétique, quoi qu'on fasse pour se figurer le contraire. Et puis, le Grec a beau être parfaitement honorable, ne jamais toucher une carte, ne pas parier, inviter les gens à dïner et, non seulement ne jamais leur emprunter d'argent, mais encore leur en offrir quand ils en ont besoin, il ne parvient pas à inspirer la confiance. C'est malheureux, mais c'est comme ça 1
GOHME, CRÈME ET GRATIK
L'ancienne Gomme est, sans contredit, ce qu'il y a de plus meublant; elle seule sait remuer, donner du mouvement, organiser des parties; la jeune génération, qui compose principalement la Crème et le Gratin, semble redouter le plaisir et surtout ignorer le moyen de s'amuser. L'ancien Gommeux de la fin de l'Empire peut,' lorsqu'il est bien conservé, être très présentable encore et, le tailleur aidant, faire plus de. conquêtes que les jeunes phalanges. Il daigne encore avoir de l'esprit et quelquefois même pousse la complaisance jusqu'à paraître en trouver aux autres.
Il ne porte pas ses cheveux coupés en brosse tu à la malcontent ; il a conservé la raie tralilionnelle et la voit s'élargir avec désespoir. ion plus grand travers est même de pratiquer 'affreux a ramenage », au lieu de montrer ranchement et hardiment une belle bille luiante , qui a bien son charme et donne ouvent à la physionomie la plus commune me apparence de distinction, ou à un imbéile l'air d'un profond penseur... Le col du lommeux est cassé; les épaules sont à l'aise lans des vêtements coupés à leur taille; la craate à plastron est de nuance un peu trop endre parfois. Le pantalon beaucoup plus large lu bas que celui adopté par les Crémeux. Les )otlines moins pointues que celles d'aujourl'hui ; souvent des guêtres claires de forme rréprochable, toujours une ombrelle blanche; m petit chapeau mou agrémenté d'un orne- (lent fantaisiste; des gants; beaucoup de laiser-aller et de bonhomie dans le langage et les lUures,
La Gommeuse appareille Lierveilleusemcnt le Gommeux. — Elle est encore très jolie et enfonce presque toujours la jeune génération, que ce persistant succès fait 'rager à blanc. Elle sait s'habiller à ravir; prendre aux modes d'aujourd'hui tout ce qu'elles ont de joli et garder de celles d'autrefois tout ce qu'elles avaient de seyant. Elle se peint, mais adroitement, histoire de donner un peu plus de séduction à l'œil et de velouté au teint ; rien du hideux maquillage.
Une grande gaieté ; un entrain qui sait profiter de toutes les occasions, se disant qu'il faut se hâter de jouir des derniers jours de beau temps. Une certaine bonté; elle sait pardonner parce qu'elle a beaucoup aimé ; elle voit que les Gratineuses et les Crémeuses la détestent et ne leur en veut pas; elle a conscience de sa très grande supériorité physique. Quant au côté « esprit n, elle l'abandonne complètement à la concurrence ; son expérience lui a clairement démontré que, dans sa partie,
DANS L TBàlS
e sert à rien. Elle juge très sûrement ae grande impartialité les jeunes profont leur apparition sur la plage; qu'il vaut mieux signaler le danger isser signaler aux autres, mmeuse nage mal et monte à cheval ment, mais est excessivement agréable ;r lorsqu'elle se livre à ces deux exerle a ir la grâce }>. En revanche, elle merveille, joue la comédie comme les !t ne touche jamais une raquette de
eux et Gommeuses vivent surtout entre nisant force parties et s' amusant haut en ayant grand soin de ne pas élarcercle ;
rent sur la plage ;
mes qui, sans l'avouer, sont très dési- .udier de près cette célèbre Gomme t fait parler d'elle;
loureux timides des belles cocodettes a mer, espèrent ramasser quelques
miettes de leur temps perdu; à Paris, il n'y faut pas songer, il y a plus de ramasseurs que de miettes;
La vieille garde, oii ces messieurs ont conservé des attaches sérieuses et de franches camaraderies;
Quelques helles petites, jalouses de soufîler aux anciennes un beau monsieur qui a trentecinq ans d'exercice, n'est pas à la Bourse, et quelquefois même a été diplomate ! Faire ça, et puis mourir; on a un nom !!!
Le Crémeux est, en apparence, beaucoup mieux élevé que la génération précédente ; au fond, infmiment moins bien. Il atTecte un grand respect pour le sexe auquel il doit sa mère ; baise la main aux douairières et alBrme préférer la société de ces dames au cigare le plus exquis. Dès qu'elles ont le dos tourné, il parle d'elles en termes grossiers; se vante carrément de succès incertains et parie, si on le pousse un peu, que ce soir on pourra venir le surprendre avec la petite duchesse dans la cabine a° 3.
DiglIMbyGOO^IC
t SANS L TRAIN
Le Crémeux, gras ou maigre, est prodigieument seiTé de la poitrine et du dos ; moins on de carrure pius on est fier; ce rétrécissement xé fait saillir beaucoup trop le reste. Ces Bssieurs semblent avoir des hanches d'Âlsa- :nne et des ventres de Polichinelle.
Les coupes les plus anglaises et les nuances i plus invraisemblables sont adoptées pour i vêtements de plage. Les favoris en patte de vre, les allées de parc tracées dans la rbe, les moustaches très ébourtfTées et les eveux ras, ou du moins sans aucune raie, laucoup sont chauves et ne s'en cachent pas; tst la seule preuve d'esprit qu'ils donnent.
Le Crémeux cultive infiniment plus le sport e le Gommeux du bon vieux temps, qui se ntentait de monter très bien à cheval, de ger proprement, de faire de temps à autre e partie de paume et de valser à ravir.
Aujourd'hui, le Crémeux nage merveilleuse- ■nt, est de première force à la paume, au mis, au cricket, au polo, etc.; il canote,
fait des tours de force mieux que les saltimbanques, des barres fixes, du trapèze volant; passe sa vie à parier, à organiser des matchs, des drags, etc.
Déteste le théâtre, méprise le ballet et est h peu près incapable de causer de quoi que ce soit; mais quel biceps possède même le plus frêle! on peut tâterl
Les Gratineux se montrent peu sur la plage dans la journée et affectent de ne pas dire où ils étaient pendant ce tomps; il faut bien faire supposer un tas de choses. En réalité, ils demandaient à un sommeil régénérateur de leur rendre les forces absorbées par les exercices violents.
La Gratineuse aime la mer; là, elle peut vraiment se livrer à ses passe-temps favoris : elle nage comme un requin, monte à cheval comme Élisa et joue au tennis mieux que la plupart de ces messieurs. Beaucoup moins femme que la Gommeuse d'antan, elle est aussi instruite que l'autre est ignorante; il
DANS L TRAIW
leu de Crémeuses qui n'aient passé de its examens et ne soient capables de ir institutrices laïques, si le cœur leur
itelligence et l'esprit sont très dévelop- 1 détriment des charmes. Le côté chifmt une place relativement moindre dans 3nce de la Gratineuse moderne; non i soit mal habillée, il s'en faut; mais elle
simplement au couturier qui a a comsa frimousse et sa taille, des indications s ou un dessin précis, au lieu de consacrer 8 la cocodette, cinq ou six heures par
des essais et à des combinaisons nou-
Crémeuse vit beaucoup plus au dehors Gommeuse. Elle se maquille rarement edoute nullement le hâle de la mer poui int. Elle pêche des crevettes, va en caas ombrelle et néglige même de mettre poudre de riz. Si, par hasard, elle veut anger un peu n, le maquillage est criard
et maladroit. La ligne qui souligne l'œil est trop dure, la bouche trop rouge, le teint trop blanc...
En somme, femme incomplète, maltresse insupportable, charmant petit compagnon.
La Crème et le Gratin attirent à leur suite :
La foule compacte d'adorateurs, ou plutôt de « suivants b de ces dames. Elles acceptent tout, pourvu que ce soit à peu près présentable et tiennent à la quantité beaucoup plus qu'à ta qualité. Au contraire de la Cocodette, elles cherchent à élai^ir leur cercle autant que faire se peut, et emploient dans ce but tous les moyens honnêtes. Promettent tout ce qu'on veut et n'accordent rien les trois quarts du temps;
Une nuée de vieilles-gardes, éprises du chic tout nouveau, des estomacs de poulet et des pantalons à la Jean-Jean de ces messieurs; savent qu'elles feront probablement leui's frais, la Crémeuse étant beaucoup plus vertueuse qu'on tne le croit généralement et la belle-
DANS L TRAIM
tanl comprometlanle, par ce qu'elle montrer ses conquêtes pour se poser ; ues belles-petites sans importance, lant aux Crémeux qui ne savent pas nodérer leurs passions, ou qui veulent une Gralineuse rebelle et vaincre sa ;e par la jalousie.
(Vie ParUienne, 12 Juillet 1S84.)
Considéranl que les « Véritables i Victimes du Devoir soat les malheureux fonctionnaires de la République et les infortunés membres du gouvernement, si peu payés qu'ils n'ont pas de quoi donner des féles, M. Arthur Meyer, le jeune, aimable et intelligent directeur du Gau~ lois, a oi^anisé au Palais de l'Industrie, à l'oo casion du 14 juillet, une grande fête de charité en faveur de ces «. Vraies 9 Victimes du Devoir 1
DANS L TRAIM
ice à l'éloquence persuasive du jeune eur de l'organe officiel des princes et des i, personne n'a refusé de concourir à cette i œuvre. La presse de tous les partis, les es de tous les genres, la crème de la ;e, le gratin du noble faubourg et Meneur le comte de Paris lui-même, ainsi que itres prétendants, ont assisté à la fête du î de rinduslrie. Le jeune et prévoyant ,eur du Gaulois leur a fait comprendre,
plus du but charitable qui devait les r, il y avait pour eux un intérêt réel à se lire, aûn de se faire connaître aux masses le seule séance, au lieu de consacrer à Drésentalions isolées leur temps si pré- . Bien miens, les illustres représentants ècles passés, cédant également à l'entrai-; appel du jeune et ardent directeur, ont nti à sortir pour une nuit de la retraite
se reposent aujourd'hui de leurs fatigues it accepté l'invitation qui leur a été sée. Aussi, le succès a-t-il dépassé toutes
DiglIMbyGOO^IC
les prévisions. On espère que, riches désormais, les Vraies Victimes du Devoir donneroot quelques fêtes aux Parisiens.
M, Arthur Meyer eût voulu offrir à d'aussi illustres hôtes des divertissements dignes d'eux, mais hélas! il n'a pu ressusciter les splendeurs des siècles passés et a dû se contenter d'une fête foraine, mais par exemple, une splendide fête foraine, tout ce qu'il y a de mieux en fête foraine 1 avec quantité de surprises, chanteurs de société, saltimbanques de haute marque, jongleurs officiels, etc., etc.
M™« la duchesse de*'* a spontanément mis ses gens à la disposition de M. Arthur Meyer.
Les principales maisons de ileurs de Paris lui ont offert le dessus de leur panier.
Le Palais de l'Industrie est brillamment illuminé et orné de drapeaux de toutes les époques et de tous les pays.
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DANS l' TRAIH
La fête foraine est installée dans le jardin, au milieu des massifs de fleurs et des Ibntaines jaillissantes.
Chevaux de bois, massacre des innocents, couteaus, tirs au pistolet, à la carabine et à l'arbalète, bateaux, somnambules, magiciens, tireuses de caries, toupies hollandaises, petits chevaux, balançoires, jardins et bosquets, panoramas, tir au pigeon à fusée, billards anglais, cafés-concerts, lutteurs, cirques, etc., etc.
Dans les salons du premier où, par une faveur spéciale, les tableaux de l'Exposition sont restés accrochés, un danse, on cause et on écoute d'excellente musique. Tous les arrivants montent d'abord dans les salons et redescendent ensuite au jardin par l'escalier de bois. C'est dans le salon carré que les illustrations de tous les temps se retrouvent et s'examinent attentivement. Le coup d'oeil est très curieux. Les invitations ont été extrêmement étendues; M. Arthur Meyer a décidé qu'il fallait se populariser le plus possible. À dix heures moins
un quart, M. Arthur Meyer est sous les armes, attendant Mn.» LA DUCHESSE DU MAINE qui ne dédaignant pas de se mêler un brin aux intrigues politiques, a accepté de faire avec lui les honneurs de la grande fôte aristocraticoartistico-populaire.
Le jeune et vaillant directeur du Gaulois est en habit noir et culotte courte ; une branche de lys se balance à sa boutonnière, c'est un peu gros, mais joli tout de même ; aux souliers vernis, pointus à crever un œil, boucles de diamants et talons rouges (fine attention pour les illustres invités). Gants gris perle, d'un pâle à croire qu'ils vont se trouver mal.
La duchesse arrive très -exactement à dix heures, ainsi qu'elle l'avait promis. Elle sort d'une chaise à porteurs en vernis Martin et s'élance dans les bras de M. Arthur Meyer qui fléchit légèrement.
La duchesse porte le costume de cour; robe de damas blanc, brodée de fleur de lys d'or.
lu de cour en velours bleu de France, je lys de diamants. Diadème et touffes imes rouges, bleues et blanches (une sion).
sune et intrépide directeur est ébloui; il on bras et passe majestueusement corraorquant l'opulente duchesse, entre les te laquais rouges rangés en haie à l'en-
;t un peu ému.
térieur du palais est déjà 1res animé. Les très jouent; les chevaux de bois touri'ec rage et les échos des cafés-concerts it affaiblis jusqu'à l'escalier.
)0CHESSE, tirant brusquement M. Arthur vers le jardin. — Des baraques !.,. Quel u'!... Allons-y!... J'adore les saitimban-
DglzMbyGOO^IC
M, Arthur MeïEr, consterné, à pari. — C'est uae entrée manquée ! (Haut.) Si Votre Altesse daignait faire d'abord une courte apparition dans les salons où sa présence est si vivement attendue, je crois que... que ce serait plus convenable. . .
La Duchesse. — Quel embêtement! enfin!
dites donc?... il doit y avoir des bosquets et des jardins, à votre fête?...
M. Arthur Mever. — Mais oui...
La duchesse du Maine. — Ah! bon!,..
(Au cardinal de Polignac qui la suit depuis l'entrée.) Alors... à tout à l'heure, mon ami... M. Arthur Meyer, saisi, à part. — Quelles mœurs! mon douï Seigneur I...
Il entraîne la duchesse vers le grand escalier. Au pied de l'escalier, ÉROSTRATE est assis sur une marche. Il est pauvrement vêtu et tient une sébile. A son cou est pendu un écriteau :
a Ayez pitié d'un pauvre ouverrier satis travail. B
. DUCHESSE, s'arrêtant. — Pauvre homme I it mal à voir!...
Arthur Meïer. — En effet!...
tire un louis de sa poche et le jette dans bile.
. Duchesse, l'œil en œulisse. — Merci!...
êtes un noble cœur! toujours le premier à irir toutes les infortunes... même les plus [gères!...
DRACLE DE DELPHES, CATON, MON- R BRISSON, LAIS et MADEMOISELLE ,TESSE, entrent gaiement.
TON. — Excellent, ce petit cabaret des issadeurs!... Et quelle charmante mu-
« C'est la couturière « Qu'habit' su'l'devant;
M. Brisson, continuant le refrain :
« Moi, j'ïuis su' rderriëre « C'est bien. différent...!
L'oracle de Delphes, apercevant Éroslmte.
— Vieille canaille, va!...
A M. Brisson, qui tire pénibleineat sa bourse :
— Comment, vous lui donnez?
M. Brisson, avec un grand geste. — Ohl nous autres philosophes!...
Mademoiselle Sveltesse, défaisant un de ses bracelets et le jetant dans la sébile. — Tenez, mon ami, voilà pour aller au Panorama...
CATON.afturt. — Dire que quand j'ai élaboré mes règlements somptuaires, je ne connaissais pas encore celte charmante personne ! Qu'cusséje fait si je l'eusse connue?...
M. DE UFAYETTE, MADAME DE LONGUE- VILLE, LE DUC DE BROGLIE, M. DE REAU-
DANS h TRAIN
plusieurs autres invites montent l'esdonnent successivement à Ërostrate.
iLLANT, s'arrêlant devant lui, en riant.
li pas de monnaie, mais vous n'avez ' à l'Elysée de ma part entre trois et
GHESSE DU MAINE et M. ARTHUR arrivent au haut de l'escalier. Des !S de la porte d'entrée du salon carré tnt MM. de DREUX-BRÉZÉ, grand !s cérémonies de la maison du Roy, et û, introducteur des ambassadeui"s de lique.
■pressent de conduire l'illustre couple diplomatique. C'est le salon dit a déde gauche; là, viennent se reposer ndanls : LE COMTE DE PARIS, LE JÉRÔME, LE PRINCE VICTOR, LA (VILSON ET M. DE NAUNDORF, lorsassez des présentations.
t\ FÊTE DES VICTIMES DU DEVOIR 507
L'aspect du salon carré est de plus en plus mouvementé. Les gens chics arrivent en masse.
JÉRÉMIË entrant, aperçoit à l'autre bout du salon M. SAINT-GENEST, occupé à s'arracher les cheveux. En une glissade il est près de lui.
— Ce cher confrère I... Avez-vous lu mes arriclesde la Bible?...
M. Saint-Genest. — Si je les ai lus? Mais c'est avec ça que j'ai fait mes lamentations du Figaro!
M. Prudhouue, s'élançanl au devant de M. Ohnet qu'on vient d'ann/mcer. — Trop heureux, cher maître, de vous avoir fourni ce titre philosophique des Batailles de la Vie, que j'ai si souvent répété dans la mienne...
M. Ohnet, très flatté, mais modeste. — Monsieur...
M. PRUDBOMME. — Laisscz-moi vous présenter à quelqu'un qui vous apprécie comme je le fais moi-même.
11 l'entraîna vers M. de Montyon.
net résiste mollement.
tUDHOUME, à M. de Moniyon. ~- Per-
noi de vous présenter...
•■ Montyon, qui a la vue très basse,
tous les gens qui voient la vertu par-
'end M. Ohnel pour une rosière que
Renault est allé lui chercher.
! Parfaitement!... {Il tapote la joue de !t.) Parfaitement! très gentille, cette . un bouton de rose!...
DE Lenclos, courant à M. Henri de i sort du salon de la Presse. — Ce iri! toujours le même!
! de PÉRICLÈS et des personnages de
;le, ASPASIE, PHRYNÉ, PHIDIAS, SOCRATE, etc., etc., précédés de et de joueurs de flûte. On leur fait
ion à laquelle Périclès semble absolu-
ensible.
M. Arène, vexé. — Les anciennes républiques, toujours! H n'y en a que pour elles!...
M. Andrieux, l'œil vague et attendri, loi gnant Aspasie. — A la bonne heure! voil comme je la comprends, la femme politique!!!
Périclès, à M. Mollard. — Où donc est le duc d'Aumale, je ne le vois pas...
ÎH. Mollard. — M. le duc d'Aumale a une crise de goutte...
M. Arthur Meyer et la duchesse reparaissent dans le falon; leur conversation semble animée.
M. Arthur Meyer. — N'est-ce pas qu'il est charmant, monseigneur le comte de Paris?
La Duchesse, distraite. — Charmant, mais je le connaissais déjà... (Un silence.) Ne trouvez-vous pas que ce petit Victor a tout à fait bonne façon?... C'est jeune, frais, naïf...
M. Arthur Meïer. — Oh!!! Votre Altesse, j'espère, ne songe pas à lâcher le parti?...
DANS L TRAIH
Duchesse, revetmnl à elle. — Eh! qui à cela?...
E VOIX RETENTISSANTE, Sortant du salon Presse. — Laissez venir à moi les petits s!!l
Duchesse, sautant en l'air. — Ah I mon qu'est-ce que c'est que ça?...
Arthur Meyer. — Rienl... c'est M. de gui cherche quelque chose... J'ai une reà adresser à Votre Altesse...
Duchesse. — J't'écoute...
Arthur Meyer, saisi. — C'est... je vouprésenter à Votre Altesse un des soutiens rti; c'est un homme de grande valeur, un peu... comment dirai-je... un peu...
in...
Duchesse. — Je comprends, un raseur!.,.
Arthur Meïer, embarrassé. — Pas préci- !t... d'ailleurs les beaux yeus, le doux e et les complexes et multiples attraits de Altesse auront vite raison de sa résis-
La Duchesse. — AHons-y!...
M. Arthur Meyer, à part. — Elle est pleine de bonhomie, mais je lui aurais cru plus grand tonl...
Il entraîne la duchesse vers M. Cornély, •debout, sombre et farouche, sous le tableau de 'Cormon : « L'âge de la pierre polie ».
La Duchesse. — Tiens!... je croyais que ■c'était le philosophe de l'Orgie, de Couture!
M. Arthur Meyer. — Non... c'est noire excellent ami Cornély...
La Duchesse. — Ah! le monsieur qui ne veut pas qu'on danse!...
M. Arthur Mever. — Comment... vous savez?... (A part.) Inouïes, ces grandes da- .mes!...
M. Arsène Houssaïe, se retournant vivement. — Qu'ai-je entendu?... on a parlé de grandes dames?...
La Duchesse. — Allons!... présentez-moi ■votre sauvage... et... je ne vous dis queçal...
M. Arthur Meyer. — Mon cher Cornély,
"^■^ vMm
DANS L' TRAIH
duchesse du Maine veut bien tous faire !ur de causer avec vous...
ORNÉLT...
)ucHESSE, très gracieuse. — Mieux que nsieur; on dit que vous n'aimez pas la je voudrais vous la faire aimer!... {Avec 'ard appuyé.) Voulez-vous danser avec premier menuet?... Non?... la preralseî... {Bas à M. Arthur Meyer), une c'est plus... persuasif...
ornély tourne le dos et s'éloigne au bras irgue.
iuCHESSE. — Uura!... il est froid!
minuit, entrée de LOUIS XIV et des aux personnages de son siècle, MES- 1 DE MONTESPAN, DE U VALLIÈRE, iNTANGES, LE GRAND CONDÉ, MAN- LE DUC DE GUISE, MADEMOISELLE iROLAlS, BOILEAU, RACINE, etc. Tous . les costumes du Carrousel de 1662.
Mme de MainteEon n'accompagne pas le Roy, auquel on sait gré d'avoir laissé là-bas cette empêcheuse de danser en rond.
M. Andrieux, lorgnant M™" de Montespan, de Fontanges et de La \allière. — La voilà, la cour comme je la comprends!...
Mademoiselle Sveï-tesse, à Louis XIV. — A e ou u l'Panoramaî
Louis XIY. — Pas encore ! (A M. Mollard.) D'Aumale n'est pas ici?...
M. Mollard. — Sire... une crise de goutte...
une fâcheuse crise...
Thémistocle, s'approchant à pas de loup du prince Victor, qui se promène dam ks salons, et lui glissant dans la poche un sac rempli d'or. — C'est en souvenir d'un confrère!.,.
Entrée de M. GRÉVY, accompagné de M"" GRÉVY, de M. et M«no WILSON, du GENÉ- ElAL PITTIÉ el de BÉBÉ.
DiglIMbyGOO^IC
DANS L TBAIB
4DR[EUX, sans lorgner. — La voilà, la
nme je ne la comprends pas! ...
DE M. DE Pêne, sortant du salon de la
— Laissez venir à moi les petils AI- LLE FossEUSE, à M. Henri Rockefort. — e qu'il a dit?... Qu'est-ce que c'est?...
îNRi RoCHEFORT. — Faites pas atten- 'est Henri de France embêté par Henri
LLE FossEOSE, Scandalisée. — Oh!.,.
aoisELLE RÉJANE , s'avauçani vers ly, une bourse à la main. — Pour les ictimes du Devoir, s'il vous plaît?
îÉVï. — Une quêteuse!... Déjà! (A ane, sans rien donner. — Mais, je suis lent de la République, mademoiselle...
«oiSELLE Réjane, reculant préctpitam-
- Oh! pardon, monsieur! si j'avais su!
sissoNNiER, s'approckant de Zeuxis et
vainement de lui prendre le bras. — (non cher, je vous félicite bien sincè-
LA FÊTE DES VIGTIUES DU DEVOIR 2to
rement... On m'a dit que lesmoineaui avaient été pris à vos raisins. Votre dernière exposition est un immense succès!...
Zeuxis. — Pas plus que la vôtre, car si j'en crois les feuilles, ies serins s'flaissent prendre aussi...
Gustave- Adolphe, glissant dans lapocke du prince Victor un sac de rixdales. — En souvenir d'un confrère... {Il se-wuve.)
Madame de Hontespan, à M. Ludovic Halévy. — Je suis furieuse... je voulais lire en chemin de fer quelque chose d'amusant...
M. Ludovic Halévy. — Eh bien?
Madame de Momtespan. — Eh bien, Achille m'a donné Tristesses et Sourires...
M. Ludovic Halévy. — Mais c'est charmant, Tristesses et Sourires!
Madame de Montespan. — Charmant, mais ça ne m'amuse pas. . . C'est trop fort pour moi !... ça me rappelle Stendhal, Champfort ou La Rochefoucauld...
M. Kaempfen, administratevT des Beatix-
b;Googk
Arts. — Est-ce du célèbre Masime de la Rochefoucauld que vous parlez ?
Madame de Mobtespan et M. Ludovic Ha- LÉVT. — !!!...
M. DE Blowitz, présentant M. Détaille à Horace Vemet. — Permettez-moi, cher maître, de vous présenter te peintre des désastres de la France.
Horace Vernet. — Tous mes compliments, jeune homme, vous avez un vrai talent... Seulement, si vous permettez à un ancien une toute petite critique, je vous dirai que vous vous répétez trop... Il faudrait quelques nouveaux désastres pour ranimer votre manière... Vous êtes trop... parqué...
M. Détaille, modeste. — C'est vrai...
Horace Vernet. — Dans tous les cas, votre peinture a un incontestable mérite; on y retrouve tous les boutons de guêtres que le général Lebœuf croyait à leur place au moment de la guerre.
La duchesse du Maine, revenant au brm de
b;Googk
M. Arthur Meyer, et lui montrant M. Cornély toujours immobile et sombre devant le tableau ■de Cormon. — Il est toujours là!
M. Arthur Meyer. — Encore ! ... il est vissé !
La Duchesse, à M. Cornély. — Je voudrais aller au buffet, monsieur, voulez-vous m'y conduire ?. . .
M. Cornély.— ...
La Duchesse. — C'est pas encore çal
M. DES Michels, causant avec Talleyrand. — Enfin, dans ma situation, qu'auriez-vous fait?...
Talleyramd, perplexe. — Je ne sais pas... Je oe me suis jamais trouvé dans une position ■analogue. . .
M. Grévy passant près d'eux et s'arrêtant court, en écrasant la patte de Bébé qui le suit. — Oh! celte odeur de guano! encore!... tou jours elle!... elle me poursuit! c'est le cadavre de ma vie poliliquel...
Voix de M. de Pêne. — Laissez venir à moi les petits filleuls !
La duchesse do Maine, à M. Arthur Meyer.
DiglIMbyGOO^IC
lù est donc le duc d'Àumale? je ne l'ai pas )re aperçu...
. Arthur Meyer. — Mfl' le duc d'Aumale le crise de goutte; j'ai eu l'honneur de le hier, il était véritablement désolé... mais est fait représenter...
Mademoiselle Léonide Leblanc, en bouque- '., distribuant des lys. — Fleurissez-vous, sieurs, fleurissez-vous!...
ans un coin isolé de la galerie extérieure,
DEMOISELLE SVELTESSE, le MARÉCHAL