PREMIERE PARTIE. PS. XXVIII
revendiquer pour eux les siecles d'hier. Et quels sont ceux qui oseraient, apres tant de mines, se vanter de se survivre dans les siecles de demain?
Lamartine avait vu les cedres s'incliner sous la main divine pour la priere du soir :
Saint 1 Saint ! Saint I le Seigneur qu'adore la colline I Derriere ces soleils, d'ici nous le voyons; Quand le souffle embaume de la nuit nous incline, Gomme d'humbles roseaux sous sa main nous plions ! Mais pourquoi plions-nous? G'est que nous le prions, G'est qu'un intime instinct de la vertu divine Fait frissonner nos troncs du dome a la racine, Gomme un .vent du courroux qui rougit leur narine
Et qui ronfle dans leur poitrine, Fait ondoyer les crins sur les cous des lions.
Glissez ! Glissez, brises errantes, Ghangez en cordes murmurantes La feuille et les membres des bois ! .
Nous sommes 1'instrument sonore Ou le nom que la lune adore A tous moments meurt pour eclore Sous nos fremissantes parois...
Et nous, n'avons-nous pas une ame Dont chaque feuille est une voix?
Telle n'est pas la perspective de notre psaume : ici les cedres sont fracasses, et ils s'ecroulent de toute leur masse sous Fimpulsion irresistible de la voix de Dieu qui tonne.
a* An Sad. Apres avoir deverse sa fureur au Nord, Forage se precipite avec fougue sur la Palestine et va se perdre au Sud, dans la region du desert de Cades (i).
A premiere vue il semblerait que le tonnerre se soit fait accompagner de pluie au Nord seulement, et qu'il ait reserve ses eclairs pour le Sud : Voix deDieu qui fait jailiir des flammes de feu! Etrange
(i) Ce desert est plut6t un pays sec, cm il y a quelque herbe rase, des buissons, des fourres et, sur les coteaux, quelques chenes epineux. Dans les vallees, s'il s'y rencontre un peu d'eau, on peut mme obtenir quelques recoltes.
division du travail, n'est-il pas vrai, ou plutdt curieux precede" de composition qui, au lieu d'accumuler tous les traits caracteristiques de Forage, les distribae entre les divers tableaux : 1'eau pour la region du Liban, le feu pour celle de Cades, ou les eclairs zebrent le ciel de leurs traits.
A cela pres, d'ailleurs, la description de Fimpetuosite de Forage dans le Sud est exactement parallele au tableau que nous venons de contempler pour le Nord. Les montagnes bondissaient, et voici que le desert tremble et danse : car le sable s'envole en tourbillons. Les chenes et les fourres de Cades ne sont pas mieux traites que les cedres du Liban : eux aussi ils se depouillent, tournoient et s'abattent.
A ce spectacle, ecrions-nous avec le livre de Job :
Ecoutez, ecoutez le fracas de sa voix,
Le grondement qui sort de sa bouche!
II lui donne libre champ sous 1'immensite des cieux,
Et son Eclair brille jusqu'aux extremites de la terre.
Puis eclate un rugissement,
II tonne de sa voix majestueuse ;
Quand on entend sa voix, la foudre est deja partie :
Dieu tonne de sa voix d'une maniere merveilleuse (i).
CONCLUSION : La sckne du ciel
Les anges, a 1'occasion de cet orage, semblent s'exercer au chant qu'ils entonneront plus tard du Gloria in excelsis Deo (2). Ils s'ecrient, en effet, au plus haut des cieux : Gloire au Dieu, dont Forage vient de reveler la majeste. Mais cette force, Dieu ne Futilise pas dans le but de nuire a son peuple. Au contraire, il saura rendre forts ceux qu'il aime et il deploiera sa puissance pour leur assurer la paix. Le Roi de la nature est aussi le Roi d'Israel. Paix done, sur la terre, aux hommes que Dieu aime, aux hommes auxquels Dieu veut du bien : Et in terra pax hominibus bonae voluntatis (2).
Aux jours du grand deluge, comme au cours de cet orage que nous venons de contempler, Dieu tronait au plus haut des cieux. C'est de
(i) Job, ixxvn, a-4, cite d'apres le Diet, de la Bible de Vigouroux, v, 2282. (a) Luc, n, 1 4.