QUATRIEME PARTIE. PS. XV
Explication du psaume
Sa portee messianique
Ce psaume debute par un cri de confiance : Garde-moi, 6 Dieu, car en toi je me refugie! Quel est done celui qui adresse a Dieu cet appel? Est-ce David, 1'auteur de ce poeme, qui prie de la sorte? Ici encore il prete sa voix a un plus grand que lui : c'est le Messie qui parle, ce sont les effusions touchantes dont son ame sera remplie, lorsqu'il sera venu en ce monde, qu'il exprime deja plusieurs siecles a 1'avance, dans les versets que nous aliens scruter.
Nous ne sommes plus, comme David, reduits a considerer le Messie dans les perspectives a demi obscures d'un avenir lointain. Le Messie est venu, c'est Notre-Seigneur Jesus-Christ, et nous, saisirons mieux, a la lumiere de 1'Evangile, toute la richesse de sens des formu-r les de notre psaume.
Nous savons aussi que Jesus nous a etroitement associes a ses destinees; nous pouvons done considerer comme un ideal pour nous 1'intimite avec Dieu dont il celebre ici 1'allegresse, dont personne, il est vrai, ne jouira au meme degre que lui, mais qui nous sera pourfcant accordee dans une large mesure si nous y consentons.
L'amonr du Messie pour Dieu, et pour les justes
L' expose de notre psaume distingue deux categories d'hommes. On trouve, d 'une part, les serviteurs du vrai Dieu : ceux-ci sont appeles les saints , ou encore ceux qui habitent dans le pays de Dieu ; d'autre part, il faut placer ceux qui s'empressent au service d'un autre dieu v> .
Pour bien saislr la portee de ces termes, il faut se rappeler la situation religieuse de Tepoque de David ou ce psaume fut redige.
Les hommes sont tomb^s en masse dans les erreurs de 1'idolatrie et du polytheisme; Us ont considere comme autant de dieux les forces de la nature, comme le feu et le vent, ou les astres qui brillent au
firmament; puis il out fa<jonn6 des statues d'hommes ou d'animaux, et ils ont adore ces ceuvres de leurs mains. Ges dieux, on les invoque, on leur rend un culte par des sacrifices sanglants, parfois par des sacrifices humains. Et pourtant ils sont impuissants. Aussibien ceux qui s'adonnent a cette religion fausse peuvent-ils s'attendre a de nombreuses souff ranees : ils s'obligent a des pratiques rigoureuses et, pour les defendre contre 1'adversite, ils n'ont pas de protecteur.
En face de ces idolatres, contemplons les saints, c'est-a-dire ceux qui connaissent et honorent le vrai Dieu. Je veux parler du peuple d'Israel que Dieu a choisi pour se manifester a lui. II 1'a etabli dans la Terre Promise, la Palestine, afin qu'a 1'abri de ses frontieres, horsdu contact des idolatres, il put conserver intacte sa foi au vrai Dieu. Au temps de David, la distinction entre les idolatres et les saints est tout d'abord d'ordre religieux, mais elle se base sur une realite d'ordre politique et geographique. Les saints, c'est-a-dire les adorateurs du vrai Dieu, ce sont les Israelites, qui babitent en Palestine; les idolatres, ce sont tous les autres peuples qui, dans les limites de leurs frontieres, rendent un culte a leurs dieux nationaux.
Aussi ne devons-nous pas nous Conner de la formule adoptee dans notre psaume pour designer les saints : ceux qui habitent dans le pays de Dieu . Mais nous, qui ne residons pas en Palestine, nous sommes compris toutefois sous cette appellation de saints. Car, lorsque le Messie est venu, le pays de Dieu s'est agrandi; la Terre Promise, loin de s'identifier avec la region restreinte de la Palestine, c'est de"sormais le monde entier. La demarcation entre idolatres et saints, entre pai'ens et chr6tiens, ne coincide plus avec le trace des frontieres. On habile le pays de Dieu des qu'on fait partie de son Eglise.
Celui qui parle dans le psaume, et c'est le Messie, precise son attitude et ses sentiments devant la situation religieuse du monde. Entre les faux dieux du paganisme et le vrai Dieu qu'Israe'l honore, il ne saurait hesiter un instant. II se refuse absolument a prendre part au culte des idoles. II proclame au contraire la souverainete du vrai Dieu et lui dit Tu es mon Seigneur.
Aux souff ranees qui attendent les idolatres, il oppose la joie que Ton
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eprouve a connaltre le vrai Dieu, a songer a ses grandeurs, a ses bont6s, ou a en recevoir les bienfaits.
Peut-etre la formule du psaume : nombreuses sont les douleurs de ceux qui s'empressent au service d'un autre dieu te'moigne-t-elle de la vive compassion que le Messie ressent pour eux en songeant a leur situation malheureuse.
Mais pour les saints, ses sentiments ne peuvent se dissimuler, ils eclatent : Quelle etonnante inclination Dieu m'a donn6 vers eux! Comment n'en etre pas convaincu en songeant a la fagon dont J6sus, f le Messie, nous a aim6s jusqu'au bout (i) par un exces de charite (a).
Le Messie chante les joies de I'union a Dieu
Dieu, est son. bien : deux images lui servent a 1'exprimer. Gelle de la coupe d'abord. De meme que Ton verse, a un convive que Ton regoit a sa table, une coupe bien pleine, ainsi le Messie, en ayant Dieu pour lui, est pleinement satisfait et ne peut rien desirer de plus.
L'autre image est emprunt6e a la repartition du sol de la Terre Promise entreles tribus dupeuplehebreu. La tribu deL&vi, consacree au service de Dieu, n'avait pas regu de territoire : Dieu constituait son patrimoine (3). Ainsi en est-il du Messie qui ne veut d'autre richesse et d'autre domaine que Dieu.
Gette parole est devenue, dans la liturgie, celle qui exprime les sentiments du jeune homme qui regoit la tonsure, et renonce aux joies du monde pour ne plus vivre que pour Dieu. G'est par elle que nous renouvelons nos promesses clericales.
Dieu est tout proche du Messie : son intelligence (je benis Dieu qui ra'a conseille), ses sentiments (mes reins (4) m'y invitent), sa memoire (j'ai toujours le souvenir de Dieu) sont constamment occup^s de Dieu. Et lorsque vient 1'heure de 1'action ou de 1'epreuve, Dieu est a ses c6t6s pour le soutenir et 1'appuyer.
(0 Jo., un, i.
(a) Eph., u, 4.
(3) Num., xvnr, 20.
(It) Les reins sont conside"res com me le siege de la sensibilite.
Le Messie attend la resurrection et la glorification
Ma chair repose en paix! Pourquoi done? Car tu ne laisseras pas ton devot voir la corruption.
Les apotres saint Pierre (i) et saint Paul (a) se sont bases sur ce verset pour etablir la resurrection de Notre-Seigneur Jesus-Christ. Us y lisent clairement 1'espoir de la resurrection ; mais ce n'est pas David qui exprime son espoir personnel; c'est le Messie qui se dit sur de ressusciter (3).
Sa chair est en paix, car elle ne craint pas la corruption; et il dit de son &me qu'elle exulte, ft car tu n'abandonneras pas mon ame aux Enfers .
Elle attend la realisation de ses destinees glorieuses, exprimees en termes inegalables par notre psaume :
La surabondance de joie que procure ta presence, Les delices d'etre a ta droite pour toujours.
Le Messie se sait engage non pas sur la route de la mort, mais sur celle de la vie, ou il parviendra bient6t corps et ame, en s'en allant prendre possession de son trone a la droite de Dieu (4):
(i) Act., ii, 25-3a.
(a) Act., xui, 35-37.
(3) Quelques-uns preferent traduire : Car tu ne laisseras pas ton devot voir la fosse. Le sens reste sensiblement le meme : Voir la fosse , c'est sejourner au tombeau ; le Messie dirait done quand mfime qu'il ne sejournera pas au tombeau.
(A) Ps. cix, v. i.