PREMIERE P ARTIE. PS. XCIV
nous aliens paraitre devant Dieu , nous incliner, nous prosterner, nous mettre a genoux devant lui. En sa presence, nous ferons retentir nos instruments de musique, qui soutiendront de leurs accords nos chants, nos acclamations, nos transports.
Nous louons Dieu parce qu'il est le seul vrai Dieu (i) . Les dieux des nations, en effet, sont de vains fant6mes (a). II est done Men facile de voir comment notre Grand Dieu, notre Grand Roi, 1'emporte sur eux.
Dieu est, en effet, le createur : le monde lui appartient de has en haut (des profondeurs de la terre aux sommets des montagnes) et de long en large (les oc6ans comme les continents). Gar c'est lui qui 1'a entierement fagonne.
Nous lui appartenons, nous aussi, car c'est lui qui nous a crees. Mais nous sommes encore a lui a un titre tout particulier : il est notre Dieu , il est notre pasteur .
Israel aimait a se considerer comme un troupeau de brebis conduit par Dieu (3); outre 1'image du berger qui guide ses brebis, nous lisons ici un detail charmant : Nous sommes les brebis que Dieu flatte de sa main. En Orient, la brebis est un animal familier, comme parfois le chien chez nous, et on 1'entoure de mille soins prevenants; elle fait partie de la famille, mange a table avec tout le monde, et on la comble de caresses affectueuses (4). Voila a quel point les Juifs, sous TAncienne Loi, et nous autres, sous la Nouvelle Loi, nous sommes entres dans rintimite de Dieu !
Mais notre psaume ajoute une reserve importante : Et cela aujourd'hui encore, si vous ob6issez a sa voix. On peut done dechoir de cette situation privilegiee ! Mais oui ! Gar il y a entre les brebis et le berger un contrat tacite : le berger conduit, nourrit, protege ses brebis, qu'il connait toutes par le nom familier qu'il leur a donne; mais les brebis a leur tour connaissent la voix de leur pasteur, le suivent partout, et refusent de se laisser mener par 1'etranger (5).
(1) Jo., xvn, 3.
(2) Ps. xcv, v. 5.
(3) Nous retrouverons et developperons cette ide"e aux Psaumes LIXIX et xxn.
(4) Voir II Sam. [II Reg.], xn, i-4.
(5) Jo., x, i-5.
Les dispositions que Dieu exige de nous :
Au cours de son histoire, Israel a bien souvent manque de docilite\ Prenant un exemple entre tant d'autres qui s'offriraient, le psalmiste, ou plutot Dieu lui-meme, tire les logons que comportent les evenements de Meribah (contestation) et Massah (provocation).
G'6tait au cours de 1'Exode. Apres avoir miraculeusement franchi la Mer Rouge, les Hebreux s'avangaient vers le Sinai'. A la station de Raphidim, a 70 km. environ du Sinai", le peuple se plaignit violemment de la soif. Sur 1'ordre de Dieu, Moi'se frappant le rocher d'Horeb en fit jaillir une eau abondante, et en souvenir de 1'attitude reprehensible du peuple appela ce lieu : Massah (provocation) et Meribah (contestation) (i).
Plus tard, le peuple etant remonte du Sinai, qui occupe le sud de la peninsule sinai'tique, a Cades, au nord-est de la meme peninsule, des evenements regrettables se produisirent. De Cades, en effet, Mo'ise envoya des espions pour explorer la Terre Promise aux frontieres de laquelle on etait arrive : en allant droit son chemin on y penetrerait. II s'agissait de savoir dans quelle situation se trouvait le pays au point de vue strategique, et comment on pourrait 1'emporter d'assaut. Les espions revinrent, vantant la fertilite du pays, mais representant les difficultes de la conquete. Alors le peuple murmura, et les Hebreux projeterent de rentrer en Egypte.
Dieu resolut de cbatier les coupables. A part Josue et Caleb, les espions furent frappes d'une plaie pour avoir fomente la revolte, et ils en moururent. Dieu condamna le peuple a errer quarante ans (a) dans le desert, periode pendant laquelle tous les hommes du peuple revolte ages de plus de vingt ans devaient trouver la mort. Et pour montrer que Ton n'etait pas a la veille de penetrer dans la Terre Promise, Dieu ordonna au peuple de lui tourner le dos et de reprendre le chemin du desert. Irrit6, le peuple voulut tenter un coup de force con-
(i) Ex., xvn, 1-7.
(a) Trente-huit ans exactement (en chiffres ronds : quarante) s'ecoulerent entre cet evenement et Ten tree dans la Terre promise. II y avait deja deux ans que le peuple elait sorti d'Egypte. L'Exode dura en tout quarante ans.