DEUXIEME PARTIE. PS. LXXXIX
s'est pas presse pour organiser le monde au cours des ages geologiques ; il a attendu patiemment la plenitude des temps avant d'envoyer son Fils en ce monde pour nous racheter ; de meme les annonces prophetiques de la Parousie (i), nous dit saint Pierre en citant notre verset du psaume (2), se realiseront au temps voulu apres de longs delais. Et nous savons que lorsque les cieux periront, uses comme un vetement, Dieu les changera comme on remplace un vieux manteau par un nouveau, tandis que lui, Dieu, restera le meme, car ses annees n'ont point de fin (3).
En face de Dieu, les homines n'ont pas plus de consistance qu'un songe, et ils sont emportes, avec leurs chetives annees, par le torrent de 1'eternite divine. Ils ressemblent a I'herbe vite epanouie, mais aussitot fletrie : Que 1'homme, commente saint Augustin, tombe dans la mort, 'qu'il se desseche dans son cadavre, qu'il se fletrisse dans la poussiere !
Ainsi que notre psaume, Job avait constate que I'homme comme une fleur, germe et se fane, et fuit comme 1'ombre sans s'arreter (4). Et Ton a certainement dans la memoire les vers de Malherbe dans les stances a du Perrier :
Et rose, elle a vecu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin.
La mort, Jruit du peche.
Gette fois, c'est la saintete divine que Moi'se considere, afin de se bien convaincre que Dieu se devait de punir le peche par la mort. Dans de semblables dispositions, sachons, nous aussi, accepter la mort, non seulement comme une consequence du peche originel, mais encore comme une punition de nos fautes personnelles. Nous avons peche : nous sommes done dignes de mort.
(1) La Parousie, c'est la manifestation glorieuse de Notre-Seigneur Jesus-Christ a la fin des temps, lors de la fin du monde, quand il viendra juger les vivants et les morts .
(2) II Pet., ni, 8.
(3) Ps. ci, v. 27.
(4) Job, xiv, 2.
Moi'se fait allusion au cbdtiment inflige par Dieu aux Hbreux en route vers la Terre Promise (i). Pour lespunirde s'etre revoltes conire lui, il decida qu'aucun des hommes ages de plus de vingt ans a ce moment n'entrerait dans la Terre Promise ; quarante ans de peregrinations dans la peninsule sinaitique, constituaient le delai fixe par Dieu, et par la meme la date extreme que pouvaient esperer atteindre les Juifs ages de plus de vingt ans. En prenant comme moyenne pour son calcul des gens ages d'une trentaine ou d'une quarantaine d'annees, c'est-adire les hommes en pleine vigueur, Mo'ise pouvait conclure qu'ils ne ! depasseraient pas les soixante-dix ou les quatre-vingts ans. Une mortalite terrible dut frapper a cette epoque le peuple hebreu (a) et provoquer les reflexions de Moi'se dans notre psaume.
Tu as place nos iniquites devant toi,
Nos fautes caches a la lumiere de ta face.
Dieu place ces fautes devant sa face en decidant d'en tenir compte pour les chatier, pour les punir de mort.
Nous les voyons disparattre, nos annees, comme un songe.
Une erreur de transcription et d'interpretation a introduit, pour ce verset, dans les versions, une lecon assez curieuse, qui compare nos annees a 1'araignee meditative . Gette image, qui n'est pas authentique en ce passage, ne manquerait pourtant pas de saveur. L'araignee s'epuise en fabriquant de sa substance une toile des plus fragiles (3) ; elle travaille beaucoup, pour reussir a preudre des moucbes; et elle reste bien silencieuse a mediter dans son coin! n'est-ce pas un peula destinee de Phomme?
La duree de soixante-dix ou quatre-vingts ans peut avoir 6te etablie, comme nous 1'avons dit, compte tenu du chaliment particulier inflige par Dieu aux Hebreux. Peut-etre aussi est-ce une evaluation moyenne
(1) Num., xiv, a i s.
(2) Pres de 16.000 d^cfes par an d'hommes dans la force de 1'age, ce qui est considerable, vu le chiffre relativement restreint des Hebreux en marche vers la Terre Promise.
(3) Is., LIX, 5-6.