DEUXIEME P ARTIE. PS. .CXXVI
Et loin de laisser croire qu'il y avait la surtout une lourde charge, il montre dans ces fils nombreux et vigoureux des defenseurs tout prets a defendre les interets de leurs proches : ce sont des fleches acerees dans le carquois du pere de famille ; il n'a qu'a s'en saisir pour percer au coeur ses adversaires. Main tenant que Dieu ne regne plus dans nos families, allons-nous manquer de defenseurs? Si ce n'est pas Dieu qui garde la ville, disait le psalmiste, en vain veille rhoinme de garde ; et si bientot il n'y a meme plus d'homme de garde, qui done arretera 1'envahisseur?
Notre psaume dit de I'homme qui est enioure de nombreux fils, qu'il pourra discuter victorieusement avec ses adversaires aux portes de la cite .
Les villes orientales, preoccupees de se serrer aussi etroitement que possible dans leur enceinte de murailles, se souciaient peu de reserver des places publiques pour leurs habitants. G'est apeine si d'obscures et tortueuses ruelles parvenaient a se faufiler entre les maisons entassees. II ne restait aux commeres et aux oisifs avides de nouvelles, comme aux notables charges de deliberer sur les interets de la cite ou de juger les differends portes a leur barre, qu'un seul lieu possible de reunion : la petite esplanade qui s'etendait aux portes de la ville.
Voici comment parle Job qui etait riche d'enfants : Lorsqueje sortais a la porte qui domine la cite, et que sur la place se tenait mon siege, les jeunes gens me voyaient et se cachaient, et les vieillards se levaient et restaient debout; les princes retenaient leurs paroles et mettaient la main sur leur bouche ; la voix des chefs se voilait et leur langue adherait a leur palais... Ils m'ecoutaient et restaient cois, et ils attendaient mon avis ; apres que j'avais parle ils ne repliquaient pas, et sur eux goutte a goutte tombait ma parole ! Ils m'altendaient comme on attend la pluie et ils ouvraient leur bouche comme pour 1'ondee tardive; sije leur souriais, ils n'osaient y croire, et ils ne laissaient pas perdre mon sourire! Je leur designais la route et je si6geais en te'te, et je m'installais comme un roi dans la troupe; ou je les conduisais, ils se laissaient mener! (i)
(i) Job, xxix, 7-10, ai-a5, cit^ d'apres Dhorme.
DANS LA BEAUTS RAYONNANTE DES F5AUMES. 8
Nous avons neglige" jusqu'ici dans le psaume que nous commentons une image assez curieuse. On nous dit qu'il est vain pour nous de manger noire pain au prix de nos efforts, car Dieu peut en donner autant a ses amis pendant leur sommeil . Serai t-ce une invitation a la paresse? Nullement. Mais le poete attire notre attention sur cette verite que 1'homme aurait tort, dans ses entreprises, de negliger le concours que Dieu est toujours pret a lui offrir. La priere confiante faite a Dieu peut obtenir de lui, et avec combien plus de facilite, ce que nos travaux ne notis procureraient qu'avec peine : car Dieu menage a son gr6 les circonstances providentielles qui hatent ou amplifient les resultats. N'est-ce pas lui qui nous a commande de solliciter de lui notre pain de chaque jour ? Dans 1'ordre surnatiirel, la necessite du secours divin est Men autrement pressante : Sans moi, s'est eerie Notre-Seigneur, vousnepouvez rien faire(i). Et saint Augustin le commenle en ces termes : II n'a pas dit : Sans moi vous ne pouvez faire que peu de chose, mais : vous ne pouvez rien faire. Peu ou beaucoup ne peut done etre accompli en dehors de celui sans lequel on ne peut rien faire.
Rappelons, en guise de conclusion, ce principe auquel saint Ignace conformait sa conduite : Travailtons comme si le succes dependait de nous et non pas de Dieu. Travaillons avec energie, mais avec cette persuasion au coeur que nous ne faisons rien, que Dieu fait tout (a). On a dit plus brievement : Prie comme si tu ne pouvais rien, agis comme si tu pouvais tout.
Dans nos oeuvres d'apostolat, leves tot et couches tard, toujours sur la breche avec une Constance meritoire, n'oublions-nous pas trop la priere qui obtiendrait a moins de frais les me'mes effets, et, avec la meme depense d'energie, des resultats autrement consolants?
(i) Jo., xv, 5.
(a) Cite d'apres P. Pourrat, La Spiritaalite chretienne, IIP, p. 66.