LES REQUETES QUE PRESENTS MA PRIERE
Delivre-moi des peines de 1'exil :
Soutiens mon droit, 6 Dieu,
Et defends bien ma cause contre line nation impie ; Sauve-moi de I'homme perfide et pervers,
Avant-refrain :
Car tu es ma force, 6 Dieu. Pourquoi m'as-tu repousse?
Pourquoi dois-je m'avancer afflige sous I'oppression de
[I'ennemi?
Rends-moi les joies du passe :
Envoie ta lumiere et ta fidelite : qu'elles me guident,
Qu'elles me conduisent jusqu'a ta sainte montagne, jus-
Je parviendrai jusqu'a Vautel de Dieu, [qu'a ta demeure!
Jusqu'au Dieu qui me remplit d'une joie debordante, Et je te louerai sur la cithare, 6 Dieu, mon Dieu !
REFRAIN
Pourquoi t'attrister, mon dme,
Et geindre sur mon sort?
Espere en Dieu, car je pourrai louer encore
Celui qui est mon Sauveur et mon Dieu.
Explication du psaume
Structure litteraire
Ge chant d'un 16vite exile est compose avec un art consomme. J'ai distingue un avant-refrain qui coupe, comme un sanglot, chaque partie de ce poeme, et un refrain qui, au contraire, est un mot d' encouragement et dereconfort.
Dans ce que j'appelle 1'avant-refrain, ce sont des plaintes et des gemissements. Les ennemis du poele lui repetent a satiate : Mais ou est ton Dieu? Et le levite tout ebranle leur fait echo : Pourquoi m'oublies-tu? Pourquoi m'as-tu repousse?
Degage de ces refrains, le texte apparait dans son admirable simplicit6, exprimant des idees toutes naturelles suivant un plan sans recherche : la soif de Dieu, telle est 1'attitude d'ame du poete ; ce qui la provoque, c'est le souvenir d'un passe plein de joie, dans un present rempli de tristesse; Dieu 1'assouvira en abolissant ce present et en rendant au levite, qui Ten prie, la meme situation que par le passe.
Sens litteral
Le poete confine, loin de Jerusalem, dans la region du Jourdain, en vue des pics de 1'Hermon (i) et du mont de Misar (2), decrit a la fois le pays qu'il habile et les souffrances de son ame : Les torrents s'interpellent au bruit de tes cascades, toutes tes vagues et tes lames ont d6fer!6 sur moi. Dans les gorges des montagnes, 1'eau se precipite en torrents impetueux et tombe en grondant, par de prodigieuses chutes, au fond de gouffres ouverts dans les anfractuosites des monts. L'angoisse sourde qui martelle le cceur du levite exile, les sanglots reputes qui I'ebranlent sans repit, les gemissements poi-
(1) Chaine de 3o km. de long, dont le point culminant atteint 2769 m. L'Hermon est situ6 tout au nord du pays palestinien.
(2) Identification incertaine.
TROISIEME P ARTIE. PSS. XLI ET XLH 1 69
gnants qui jaillissent de son ame, font de sa situation un spectacle aussi impressionnant que celui des cascades qui mugissent et bouillonnent. Ou bien encore le poete a 1'impression, tant la douleur se pr^cipite avec violence sur lui et 1'emporte il ne sail ou, de recevoir le choc de ces masses d'eau qui tombant avec fracas du haut des roches impassibles.
La douleur si vivement dScrite, c'est la souffrance de 1'exile qui a la nostalgia de sa patrie. Disons plutot qu'il a la nostalgic de Dieu. Gar ce qui lui pese, c'est de vivre parmi des impies; c'est de ne pouvoir, comme jadis, prendre part aux solennelles processions qui groupaient dans 1'allegresse les fideles en route vers le sanctuaire de Dieu. Ah! qu'il voudrait done parvenir jusqu'a 1'autel de son Dieu!
Applications
Chaque matin, pour renouveler sa ferveur avant de monter a 1'autei, le pretre engage avec son servant de messe un touchant dialogue ou figure en tout premier lieu la deuxieme partie de ce psaume (i).
Tous ceux qui ne sauraient pas encore gouter les joies surnaturelles du culte public pourraient faire de ce psaume une priere pour obtenir de Dieu cet amour des solennites liturgiques qui donne a la piet6 tant d'elan.
Et vous, pretres cloues sur un lit de souffrances et prives des joies de 1'autel ; ames pieuses que la maladie, le devoir d'etat ou des circonstances difficiles empechent de prendre part au culte comme vous 1'auriez voulu ; trouvez dans votre penible situation le courage de dire a Dieu que vous avez soif de lui, comme Jesus sur la croix avail soif de vous (2).
Mais n'est-ce pas pour les ames du purgatoire que ce psaume prend tout son sens? G'est elles qui, dans les flammes purifiantes, ressentent, avec une intensite extreme, la soif de Dieu; elles qui sont plongees dans un abime de douleurs; elles qui n'ont pas, comme nous
(1) Le Psaume xm du psautier latin, qui separe a tort notre psaume en deux trongons distincts.
(2) Jo., xix, 28.
sur la terre, les joies de 1'autel, pour les aider a supporter leur sort si digne de pitie. Prions pour elles en chantant ce psaume, et approchons-nous, en leur lieu et place, de 1'autel de Dieu, d'ou se repandront sur elles les graces de liberation destinees a les remplir d'une joie debordante.
G'est au ciel que nous sommes destines a jouir de Dieu avec elles, car, dit saint Augustin, a dans la maison de Dieu, c'est une fete perpetuelle. La ne se celebre rien de transitoire. G'est une fete perpetuelle que celebre le choeur des Anges, une joie sans melange que procure la presence du visage de Dieu .