DEUX INSCRIPTIONS POUR UN AUTEL DE L'ESPÉRANCE
à Gabriel Sarrazin.
Honore l'Espérance ! Elle est la bienfaitrice Dont les doigts lumineux pansent la cicatrice Que laisse à notre chair notre dernier malheur ; Elle empêche les flots pressés de la Douleur D'être ininterrompus ; elle est le gué du fleuve, Par lequel nous gagnons une autre rive neuve. Différente de celle où nous pleurons assis . Echappés un instant à nos paies soucis, Nous courons nous ébattre aux fraîcheurs de prairies Où nous pouvons cueillir des guirlandes fleuries Qui parfument nos mains et caressent nos yeux. Quand il faut revenir sur le bord douloureux.
Nous rapportons du moins, de ces eaux traversées, Des membres moins meurtris, des âmes délassées, Capables de reprendre, et presque de chérir , Sous les deux trop fermés, leur tâche de souffrir. Elle donne à nos cœurs, de l'une à Vautre peine, L espace d'un repos ; elle rend moins certaine Notre angoisse, mélange un doute à notre ennui. Son souvenir, parfois, est plus fort que celui Des tourments supportés, qui deviennent un songe ; L'inflexible réel est moins que son mensonge ;, Et son charme survit aux vérités du sort. N advient-il pas aussi, mortel, que son essor Amène les clartés dont elle est l'hirondelle, Et que son léger vol, nous demeurant fidèle, Au lieu de sa promesse apporte le bonheur} C'est elle aussi qui donne aux souhaits leur ferveur , Aux amours leur audace, aux efforts leur constance. Et c'est pourquoi, mortel, honore l'Espérance !
Redoute l'Espérance ! Elle est la messagère Qui précède les Maux, et dont la main légère
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Sollicite nos cœurs à les mieux ressentir. Sans elle, les chagrins viendraient s'appesantir Sur des cœurs résignés et bientôt impassibles. Des coups trop continus tomberaient moins terribles A ceux que l'habitude incessante du mal Durcirait contre lui ; son poids toujours égal Pèserait moins, alors qu'il ne saurait surprendre. I/i perfide Espérance, en nous laissant attendre Les vains bonheurs brodés sur son voile menteur, En mollissant nos sens sous sa feinte douceur, Interrompt notre effort et notre accoutumance , Et nous livre surpris, séduits et sans défense , A son complice obscur derrière elle caché. Dans le morne vouloir où l'homme retranché, Sachant qu'il doit souffrir, à son destin se hausse, Elle vient le chercher ; sa main charmante et fausse Lui présente des fleurs ; lorsque, pour les saisir, Lâchant le bouclier qui devait le couvrir. Il avance les doigts vers leur gerbe trompeuse, Siffle le javelot, qui dans l'aisselle creuse Frappe et vibre enfoncé sous le bras désarmé. Elle fuit un instant, d'un grand vol alarmé Oui semble effarouché de l'embûche traîtresse, Mais, bientôt reparue, elle reprend sans cesse
Sa fourbe entente avec le Destin ténébreux. Ainsi, la cruauté savante de ses jeux En nos cœurs fatigués rajeunit la souffrance. Et c'est pourquoi, mortel, redoute l'Espérance!
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