PIERRE TOMBALE
Sur la pierre tombale étroite, lourde et morne,
Sans acanthe, ni fleurs, mais pareille à la borne
Qui sépare les champs de la Vie et la Mort,
L'ouvrier a sculpté, d'un ciseau 7'ude et fort
Dont le travail rigide et dépouillé s'ajuste
A ce marbre indocile, au grain austère et fruste ,
Un squelette gisant, au visage camus;
Et puis il a tracé ces lignes au dessus :
« O passant, peux-tu voir, en voyant ce squelette,
» Si celui qui, sous moi, dort dans l'ombre secrète
» Fut le hideux Thersite ou le charmant Hylas ? »
Et personne ne peut le deviner, hélas !
Et le passant poursuit son chemin, dans un rêve
Où toute chose humaine est chétive, humble et brève.