LE LANCEUR D'EPERVIER
à Gustave Delangre.
L'un des pécheurs est droit à l'avant de la barque ; L'épervier sur l'épaule et guettant l'onde, il marque Par un geste du bras l'endroit quil a choisi ; Ramenant son filet par ses deux mains saisi. Il le tient devant lui tout prêt à la lancée. L'autre pécheur, ramant d'une lente poussée. Amène le bateau, sans que son aviron Trouble Veau que d'un large et tranquille bouillon ; D'un mouvement muet la barque avance et glisse. Le lanceur du fdet, qu'il ramasse et qu'il plisse. Les pieds fixes, les yeux attentifs, ramenayit En arrière un des bras pour prendre son élan , Jette , d'un tour soudain ou tout son corps s'emploie L'épervier frémissant qui monte, se déploie.
Plane épars et tendu par son cercle de plomb, Puis retombe sur l'eau, traçant un large rond. Et s'enfonce. Tirant sur la corde raidie. L'homme ployé ramène une masse alourdie Où pendent des brins verts, et tout ruisselant d'eau, La jette brusquement dans le fond du bateau. Il s'accroupit heureux de voir, entre les mailles. L'azur tendre et le rose argenté des écailles : Perches, brèmes, gardons, et peut-être le nœud Visqueux, noirâtre et blanc d'une a7iguille qui veut S'enfuir et qui se glisse à demi sous les planches. L.es poissons retirés, il arrache les branches. Les bouts d'herbe mêlés dont le filet est plein. Et, de nouveau, debout sur sa proue il se tient , Attentif et penché, le filet sur l'épaule.
Sur la rive, adossée au tronc tordu d'un saule. Dont les rameaux derniers par instant touchent l'eau, Une file aux pieds nus fait tourner un fuseau. Et fie, en chantonnant, une touffe de laine ; Devant elle, traînant dans l'herbe un bout de chaîne Que son cou tire avec un bruit toujours pareil. Paît une vache blanche, éclatante au soleil.