‹ Dans la lumière antiqueChapitre 14 sur 41 · LE GOLFE · texte numérisé non relu

LE GOLFE

De barques de pécheurs le golfe est animé,

Il étale, du cap lointain tout embrumé,

A la pointe prochaine où brille la verdure,

Uun petit bois de pins sous qui Vonde est obscure.

Son grand disque d'azur martelé de soleil.

Le ciel encore ému de son jeune réveil

Ne garde, à l'horizon, que la ynasse arrondie

D'un grand 7iuage blanc au reflet d'incendie.

Que coupe en son milieu la ligne de la mer.

Un flot bleu, çà et là, blanchit sous un peu d'air.

Les agiles bateaux vont, glissent, louvoient, virent,

Laissant un long trait blanc sur le flot qu'ils déchirent,

Et chassant devant eux un ourlet argenté.

Ils voguent penchés tous sur le même côté.

Ont un instant de doute au bout de leurs bordées.

Jusqu'à ce que soudain, leurs voiles accordées

bO DAN9 LA LUMIÈRE ANTIQUE.

Ressaisissant le vent qu'il faut pour le retour,

Ils repartent; l'écume à leur avant accourt.

Parfois, heurtant l'un d'eux, un flot plus vif s'ébroue,

Se cabre, et sa crinière éparse qu'il secoue

S'emmêle dans le foc, et le cache un instant.

De toutes parts, courbant l'antenne qui les tend.

Les triangles aigus des voiles se poursuivent.

Se rassemblent en tas, s'entrecroisent, s'esquivent.

S'éloignent l'un de l'autre en trajets spacieux.

Et semblent s'envoler vers tous les points des deux.

Leurs teintes, qu'un détour du bateau touche et change.

Grises, brunes, safran, rouille, sang, soufre, orange.

Prennent, sous ce soleil, dans cet air radieux ,

L'harmonie et l'éclat de tissus précieux ;

Quelques voiles, au loin, sont d'un blanc presque rose;

Et l'entrecroisement de ces couleurs compose

Mille jeux différents dont l'œil n'est jamais las.

Peu distants du rivage, et leurs voiles à bas. Pèchent quelques pêcheurs dans leur barque immobile , Laissant flotter le plomb que sent leur main habile^ Et tirant, d'un coup brusque, un poisson qui se tord. Un autre, se penchant presque entier hors du bord,

LE LIVRE MARIN. 6l

De ses bras muscuieux et ruisselants relève Les fins filets flottants, tendus près de la grève. D'un large mouvement qu'à peine il interrompt, Il tire leurs plis bruns parsemés de poisson. Les jette à ses côtés d'une égale brassée. Et traîne, en les tirant, sa barque plus baissée.

Parfois l'un des bateaux, soit qu'il manque d'appât.

Soit qu'il ait bien péché, la voile au pied du mat,

A travail d'aviron s'approche du rivage.

Au moment de toucher on ?mverse la nage.

Afin de maintenir le batelet à flot ;

On pousse quelques cris vers terre ; un matelot.

Sautant jusqu'aux genoux dans l'eau, prend sur l'épaule

Une manne, en baissant son visage que frôle

Une queue oscillante et flasque de poisson.

La femme du patron accourt de la maison ,

Apportant de l'appât, quelques pains, un pot d'huile,

Un tonyielet de vin ; le marin malhabile

Met le tout dans la manne , et s'en retourne à bord.

Les rameurs, pour tourner, donnent un court efi[ort,

On rehisse la voile, on fait rentrer les rames ,

Et la barque s'éloigne, en écrasant les lames.

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