LE PLANTEUR D'OLIVIERS
à Charles Maurras.
Je plante un olivier à la lente croissance Dans ce sol rocailleux, rebelle à la semence , Où ne sauraient pousser la vigne ni le blé ; Sur ce penchant abrupt, par le soleil brûlé , Dans ces cailloux mêlés à des débris de roche. D'où le feu jaillissait sous le choc de ma pioche. J'ai, pendant tout un jour, creusé ce pauvre trou, A peine assez profond pour qu y tienne debout Cette branche déjà par la chaleur séchée ; Puis je l'ai rafraichi d'une eau que j'ai cherchée Au puits lointain perdu tout au fond du vallon ; Lorsque je la versai, la sueur de mon front Est tombée avec elle en la terre stérile. Que ses gouttes feront peut-être plus fertile ;
Enfin j'ai rassemblé, dans un petit monceau y
Un peu de terre autour de ce frêle rameau ;
Et maintenant quil vive et lentement grandisse l
Des ans s écouleront avant quil ne verdisse Au dessus des buissons de ce sol âpre et sec. Je ne l'ignore point; le vieux poète grec Qui chanta Les Travaux, sur une lyre nue , Dont ses doigts, lourds encor de guider la charrue , niaient de rudes sons, dit que nul n'a goûté Le fruit d'un olivier par lui même planté. Il dit vrai ; même si des mains jeunes encore Ont mis, dans une terre où tout désire éclore , Un rejeton plus grand, plus fort que celui-ci , Quand les fruits tomberont autour du tronc grossi , Elles ne tiendront pas la première corbeille. Et moi qui vois blanchir ma tête déjà vieille , En qui le souvenir a recouvert l'espoir, Et qui pose le pied dans les ombres du soir. Comment puis-je espérer contempler la richesse Que l'automne mettra dans la ramure épaisse Qu'un long effort secret vers un orgueil tardif Fera sortir un jour de ce rameau chétif? Avant qu'à la hauteur de mon front ne s'érige Le plus rapide et haut bourgeon de cette tige ,
Mon front sera voilé d'herbe depuis longtemps.
Mais, après de nombreux étés et des printemps , Lorsqu ayant, par degrés, pîis sa taille et sa force , Ayant durci son tronc, épaissi son écorce , Enfoncé sa racine entre les rocs fendus , Et pris plus de ciel bleu dans ses rameaux tordus , // montrera, parmi son grisâtre feuillage , Ses fruits lisses et verts, ô vous à qui votre âge Laisse vers l'avenir un long espace ouvert , Fous lèverez vos bras vers ce présent offert . Fous souvenant alors que f ai planté cet arbre. En lui creusant ce trou dans ce terrain de marbre y Afin qu'à d'autres mains il donne ses moissons , Portez sur mon tombeau recouvert de buissons Broutés depuis longtemps par les chèvres lascives , La branche où mûriront les premières olives.
LE LIVRE GEORGTQUE.