‹ Dans la lumière antiqueChapitre 2 sur 41 · LE VIEUX LABOUREUR · texte numérisé non relu

LE VIEUX LABOUREUR

à la mémoire d'Edouard Marty.

S'il t'arripe de voir, sur le bord du chemin Où tu t'en vas joyeux, ton bâton à la main , Près d'un toit délabré qu'un mur croulant entoure , Courbé sur sa charrue, un vieillard qui laboure Un sol stérile et sec avec un soc usé , Et suit péniblement le sillon mal creusé Que trace un maigre bœuf attelé d'une corde Prête à wmpre partout et que maint nœud raccorde , Approche toi ; dis-lui : « Père, tu seynbles las ; » Aujourd'hui la charrue est pesatite à ton bras , » Et ton front est mouillé de sueur ruisselante , » Car le jour est sans brise et sa chaleur brûlante » Laisse-moi prendre un peu ta place ; je ferai » Un bout de ton travail dans ce champ labouré ;

» Tu te reposeras à l'ombre d'une yeuse ,

» Et peut-être, un instant, l'abeille chuchoteuse

» Te fermera les yeux d'un bienfaisant sommeil;

» Tu te retrouveras plus fort à ton réveil. »

Tandis qu'il dormira soustrait à sa misère ,

Fais autant de sillons que tu pourras en faire.

Sans maltraiter son vieux compagnon de travail.

Mais le laissant souffler si tu vois son poitrail

Haleter quand il faut retourner la charrue ;

Fais pénétrer le coutre en la terre fendue ,

Et sur la double oreille appuyé avec vigueur.

Afin que tes sillons aient plus de profondeur.

Et qu'un grain plus épais et plus pesant y germe ,

Pour compenser un peu ceux que sa main moins ferme

Avec peine a tracés étroits et peu profonds ,

Et pour que ton passage y reste en traits féconds.

Lorsque se réveillant le vieillard, comme en rêve , Verra de plus nombreux sillons, et que la trêve Qui vient d'être accordée à son corps moins lassé N'a point interrompu le travail commencé , Lorsque, s'en revenant reprendre sa charrue , Il voudra te bénir de sa main étendue , En te disant « O fils, te protègent les Dieux y » Toi qui me prêtas aide à moi chétif et vieux!».

LE LIVRE GEORGIQUE.

Réponds que ce nest rien ; et si ta gourde encore , Frappée avec le doigt, nest pas vide et sonore , Demande lui de boire un trait de vin clairet , Par qui soient rajeunis son bras et son jarret , Et qui donne à son cœur de V espoir à V ouvrage. Puis reprends ton bâton, et poursuis ton voyage!

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