‹ Dans la lumière antiqueChapitre 5 sur 41 · REQUÊTE POUR UN ANE · texte numérisé non relu

REQUÊTE POUR UN ANE

Plante un peu d'ombre auprès du manège où ton âne Tourne pour tirer l'eau. Si le dense platane Est un arbre trop grand pour ton étmit terrain , Plante tin figuier, ou mieux, un laurier, un fusain , Car leur croissance est prompte et leur ombre est épaisse ! Qu'il soit un peu gardé de la chaleur qui blesse Son pauvre front courbé, son pauvre flanc meurtri.

Pense que, tout le jour, sans répit, sans abri , Pense que, tous les jours, sans fête, sans relâche , Il travaille, captif de sa pénible tâche. Quand le soleil d'été, de jour en jour plus fort. Accable tout, il va peinant son même effort; La poussière du sol, chaude comme une cendre , Ecorche ses boulets ; il ne peut pas comprendre

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Pourquoi le lourd collier devient hmlant aussi ; Son grand œil résigné, toujours plein de souci , Se charge de muet reproche et de détresse. Il marche cependant; mais sa tête s'abaisse, Sous le fardeau de feu qui fait fléchir son col , Plus basse de moment en moment, vers le sol . L'acre poussière emplit ses naseaux et sa bouche , Sa langue se dessèche, et sa peau s'effarouche Des insectes aigus aux milliers d'aiguillons : Mouches, guêpes et taons, moustiques et frelons , Viennent de tous côtés vers sa prison ouverte ; Leur affreux tourbillon, semble-t-il, se concerte Pour assiéger ses yeux d'un brouillard bourdonnant Le sachant entravé par le long bras tournant. Pour se défendre , il n*a que son frisson de fièvre, L'émoi de son oreille, et le pli de sa lèvre ; Pas un bout de branchage amical et tremblant Qui chasse leur nuée en lui frôlant le flanc. Songe, ami, que durant la longue canicule , Sous l'essaim qui le pique et le ciel qui le brûle , De la première brume ardente du matin A la chaude buée où meurt le soir éteint , Il écoute le bruit de la belle eau limpide , Froide du puits obscur, qui se verse et se vide

LE LIVRE GEORGIQUE. I7

Et brille en débordant du long cmial de bois , Sans que son âpre soif en profite une fois ! J^iens le toucher! sens-tu comme le soleil darde? Contemple de quel œil doidoureux il regarde , Sans cesser un instant son pas soumis et las , Ce flot quil fait monter mais dont il ne boit pas ! De ses tours journaliers as-tu compté le nombre ? Fais que chacun, du moins, passe dans un peu d'ombre, Ou plutôt que leur cercle entier soit ombragé ; Que l'humble serviteur, des rayons protégé , Croyant longer toujours un chemin de verdure , Trouve le jour ynoins long et sa peine moins dure ! Réfléchis que c'est lui, que cest son pas égal Qui te donne cette eau, pareille à du cristal , Qui remplit et paraît ne pas remplir ton verre , Qui rafraîchit ton vin y et dont se désaltère Ton potager fertile, et ce carré de fleurs Dont ta compagne, ami, sait mêler les couleurs ! Prends donc pitié de lui ! Plante sur son manège Un rang d'arbustes verts dont le dais le pjvtège ; Et, si tu n'en as point, j apporterai demain Quelques pieds de laurier, d'arbouse et de fusain.

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