‹ Dans la lumière antiqueChapitre 6 sur 41 · CAPELL · texte numérisé non relu

CAPELL

à Ernest Dupuy.

Couché dans les rochers que parfument des thyms. Je regarde, à travers les troncs tordus des pins. Bois solennel et calme oîi n entrent point les fièvres. Les dos blancs, noirs et roux d^un long troupeau de chèvres. Elles broutent parmi les rocs et les buissons Dont les uns sont luisants de jeunes frondaisons. Quand d'autres, plus tardifs, ont encor leur vert sombre ; Elles couvrent les flancs du vallon de leur nombre Qui, sans cesse mouvant, semble plus grand encor ; Et ces groupes divers paissent les genêts d'or. Les arbousie?'s, les buis, les cistes aux fleurs blanches. Entre des troncs épars d'yeuses, dont les branches. Bigarrant le troupeau d'ombres et de rayons^ Semblent multiplier ses courses et ses bonds.

Car, de tous les côtés, les chèvres attirées, La tête en mouvement, les lèvres affairées. Montent, descendent, vojii, grimpent dans les rochers. Sautent de Vun à l'autre, et dans des plis cachés Se jettent tout à coup ; parfois l'une s'accroche, Les quatre pieds serrés sur un rebord de roche Et semble suspendue un instant dans l'azur. Ou contre un pan de pierre aussi droite qu'un mur ; L'autre, vers un rameau qu'elle a projet d'atteindre. Glisse au dessus du vide ; et l'on entend se plaindre Les chevreaux, qui, voyant leurs mères s'en aller y De tout leur petit coi'ps se mettent à trembler. Bêlant de leur côté, ynais n'osant pas les suivre. Et quelquefois encor, comme folle et comme ivre, Soit par sotte panique ou pour se réjouir. Une d'elles commence à courir, à bondir. Ruant et dispersatit partout des coups de tête. Et, sans autre raison, tout brusquement s'arrête. Pour dépouiller plus haut un rameau commencé. Sur ses jarrets tendus un des boucs s'est dressé Contre un tronc d'olivier, d'un mouvement oblique, Semblable aux boucs aimés par le potier antique. Et dont le corps formait l'anse d'un vase grec. On entend se casser des branches de bois sec,

Ou des pierres rouler, pendant les intervalles, Que laisse, en s arrêtant en pauses inégales. Le tintement mêlé des clochettes d'airain.

Le jour majestueux s avance à son déclin. Les écailles des pins illuminés rougissent. Et leurs rameaux d'un vert radieux se remplissent. Au bord où le soleil penchant vient les toucher. Un jeune chevrier, debout sur un rocher. S'appuie à son bâton, longuement immobile ; Il regarde la baie aux flots dorés, et Vile Qui se teinte et parait se pénétrer d'ardeur. Et dans laquelle vit la fille du pêcheur.

LE LIVRE GEORGIQUE. 21

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