‹ Dans la vieChapitre 2 sur 4 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

santé de son cœur et de son cerveau en la banale expansion de camaraderies exagérées.

Homme de famille entre sa gracieuse et dévouée compagne et sa jolie fillette, il n'est pourtant ni un retiré, ni un ténébreux, ni un méfiant. Mais il est instinctivement soumis à de longues périodes d'exclusive objectivité durant lesquelles il est condamné à s'appartenir trèspeu et, par conséquent, à ne se pas manifester. Au sein des ambiances les plus cordiales, son travail d'attention sur autrui, et, en quelque sorte afintroïtion en autrui, l'absorbe infiniment. Il se restreint, s'efface, s'abstrait. Puis toute sa compréhension, toute sa sensibilité se condensent en un effort de réceptivité et d'assimilation qui, seul, lui permet de voir utilement et de bien retenir. Magnétiquement sollicitées par son attirante volonté, les impressions fortes affluent, le circonviennent, le touchent, le pénètrent par tous les pores. Comme un songeur éveillé, actif, sensitif, amusé, il n'a de meilleur rêve que la perpétuelle vision des réalités vivantes, des excitations humaines et des spectacles naturels.

Aussi ne saurait-il être qu'uniquement et parfaitement moderne. Tout son œuvre est d'aujourd'hui. Presque enfant, arrivant à l'aventure dans Paris pour y faire n'importe quoi, tout de suite son crayon alla de l'avant et le révêla au Chat-Noir croquiste surprenant, puis peintre de mœurs sûr et profond dans les pages qu'il donna au Mirliton, puis aux recueils de Bruant, puis au Gil Blas Illustré, et splendidement au Chambard.

De maître graphique, il n'en eut pas, à proprement parler. Longtemps même il s'ignora peintre. Né sur une pente de vie tout autre, il n'avait pris le crayon que par nécessité et hasards professionnels.

Et cela l'a mené a être le plus complet, le plus infaillible peintre de la vie quotidienne en ce temps, — le plus personnellement voyeur le plus affranchi des irrésistibles influences, même après Daumier, et même après Degas auxquels il ne doit rien.

Simple et solide de caractère, de goûts et d'expression, honnête, positif dans l'observation, lyrique et même idéologue dans sa déduction, Steinlen offre par son œuvre supérieurement social le plus rare et le plus savoureux mélange de compréhension des aspects physiques et de déduction sentimentale.

Là est son génie propre. Il aime, il comprend et il croit. N'a-t-il pas la foi profonde en cette souveraine sève terrestre qui ne se fige pas, qui ne tarit pas et qui — lave de joie ou de douleur — bouillonne en tout et par-

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tout autour de nous? N'a-t-il pas cette secrète religion panthéiste des maîtres en tous arts, qui leur fait concevoir et adorer l'âme universelle, géologique ou animale, — cette aptitude divine à déchiffrer la chose, la zréature brute ou vivante dans les apparences où le vulgaire ne perçoit 'que forme confuse, silhouette morte, matière inerte et nulle ? Peintre de liantes, de pierres, ne possède-t-il pas cette intuition précieuse en retour ie quoi la Nature reconnaissante et fidèle donne aux élus, qui l'ont ainsi iévotieusement pénétrée, le don miraculeux d'engendrer des images qui \oient des êtres?

N'est-ce pas en vertu de cet instinct si haut que Steinlen, —si finement mystique de cœur, si noblement idéaliste en ses aspirations et ses cogitaions intimes, — accorde en son œuvre une si large part à l'ambiance :hosale ?

Tout le décor réclamé par l'art matérialiste et naturaliste est, en effet, -evendiqué et exploité par lui, comme indispensable à l'interprétation de 'idée, soit qu'il fasse monologuer Verlaine ou Baudelaire, soit qu'il veuille ymboliser tel écho de pitié humanitaire comme en telles pages saisissantes !ont il illustra magnifiquement maintes feuilles populaires et révoluwnnaires.

Une figure n'existe pour lui que dans un ensemble, dans un milieu, 'ans une atmosphère animée, au cours d'une action. L'être abstrait, isolé <e le satisfaitpas.il lui faut aussi la liberté des valeurs; et ses valeurs il es veut rationnelles. Il veut que l'on sache d'où partent ses jets de lumière uels prismes en distribuent le rayonnement. Aussi n'aime-t-il évoluer u'en terrain sans limites. Pour un personnage, il faut une scène; et pour ne perspective il faut des plans variés, des sujets de perspective, de l'air t de l'horion... Et n'est-ce pas ce que Gustave Doré eût demandé si, mieux nstruit et moins vague, il avait pu savoir ce qu'il voulait, sous la poussée e ses suggestions ?

Plus puissamment qu'aucun avant lui dans cet art si haut de l'illusration littéraire, Steinlen étreint, embrasse l'humanité contemporaine et humanité totale.

Quelles n'a-t-il pas notées des dominantes de nos multiples expressions octales? Qui soit-on et quoi qu'on fasse ou qu'on dise, on sent que l'on est,

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avant tout, devant lui, un sujet et que l'on pose pour lui. Et qui ne pose rait franchement, sous ce fin regard que l'on sait bienveillant, tendre, indul gent, trempé d'intention douce, affectueuse, -qui veut vous traduire. Mais non vous déformer railleusement ?

De votre caractère, de vos tendances, de votre esprit, de votre animalité même, tout se résume sous cette inquisition aiguë en quelques traits précis aussitôt réduits au plus simple de l'expression essentielle.

De l'un à l'autre, Steinlen va, se nourrissant, s'imprégnant de vie pal pitante, de réalité fraîche, de sensations saignantes. De nos mœurs, de notri évolution quotidienne, il sait l'anatomie et le décor, l'âme et l'enveloppe, l'instinct et la raison. Il les a concrètes en de savantes et complètes entitéi qui se fixent d'elles-mêmes, ensuite, au hasard des rencontres de scènes e de types généraux, à l'heure d'éclore sous l'action de quelque soudaim commotion littéraire, — rencontre de vues avec un poète, un philosophe un pamphlétaire.

Car, littéraire, il ne saurait se défendre de l'être. Il l'est absolument

Un tel reproche fait à tels autres serait sans doute injurieux; i supposerait alors un art facile d'imagination banale et de lyrisme creux

Mais Steinlen, lui, n'en peut être que hautement loué.

La littérature de ses couleurs, nourrie de vie vraie et d'émotion justt n'emprunte rien aux traditions de composition.

S'il dessine comme il écrirait, avec pensée, avec choix, avec style, c que, écrivain, il n'aurait su écrire que comme s'il eût peint ou dessiné > des impressions îiettes, des émotions ressenties, des intuitions d'un gêv. sûr et ferme, des traits vécus et des visions mies.

Camille de SAINTE-CROIX.

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LES IDYLLES

Premier rendez-vous.

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Entre deux danses.

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Séparation.

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Baisers d'adieu.

LES1 IDYLLES

Jalousie.

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Fin d'idylle.

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