Dans la ville eternelle pendant que se discutait au Canada la question des écoles du Manitoba. Journal de voyage
Comme je l'ai fait pour plusieurs de mes précédents voyages, je livre au public le journal de celui que j'ai entrepris du côté de Rome le 12 de septembre dernier, et qui s’est terminé vers la mi.janvier de cette année.
En imprimant ces conversations familières, tenues par la poste avec le personnel de ma maison, écrites la plupart du temps à la hâte, soit dans le compartiment d’un wagon de chemin de fer, soit dans le salon d'un vaisseau souvent balotté par la vague, soit dans la chumbre d'une pension entre deux affaires pressantes, je n'ai jamais cru publier ‘une œuvre de littérature. Seulement je veux donner à la * classe assez nombreuse des personnes gqui s'intéressent à ce. genre de récit, un nouveau livre de lecture : et la preuve que
cette lecture n’est pas tout-à-fait sans intérét, c'est la LATE avec laquelle mes publications ee en ce genre m'ont été enlevées d’entre les mains.
Au journal, j'ai ajouté, ici et là, à leur date, des extraits de quelques lettres envoyées à des amis ; et, comme cette cor- | respondance avait commencé avant, et s’est continuée après le
voyage, j'en ai donné le commencement dans un avant-propos, et dans un supplément la continuation jusqu’à ce jour.
In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus cha- ritas : c'est là la règle que j'ai toujours demandé à Dieu, et que je me suis efforcé, de suivre dans mes écrûts comme dans mes paroles.
St-Lin des Laurentides, ce trentième jour de juin mil huit cent
; quatre vingt dix-sept.
J. B. PROULX PFtre
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AVANT-PROFPOS
St-Lin des Laurentides, Février, 23, 1896.— À M. ï G. P.—J'ai reçu et lu la copie anglaise de la loi réparatrice. Dans ses grandes lignes, au premier abord, elle est magnifique, tellement que chez
plusieurs elle devra nécessairement faire lâcher le cri: /meo Dazaos et dona ferentes. Je n’y ai pas découvert quelle en serait la sanction si Greenway se mettait en grève ; je me défie d’un Bureau dont les membres sont nommés par celui-là même qui ne voudrait pas voir fonctionner la loi; les Ecoles Catholiques se trouveront pécuniairement dans une position inférieure, lorsqu'elles n'auront | pour se. soutenir que les taxes d'une population généralement peu riche sans avoir part, comme les Ecoles Protestantes, aux octrois du Gouvernement ; il y a un grand danger, et peut-être un piège, . dans ce choix d’option laissé aux Catholiques pour les Ecoles Pu- . bliques ; et, à mon avis, ce ne sont pas là les seuls points faibles | de la loi. | | - ee | Ilest donc assez facile pour un homme public, surtout quand on a.des lunettes rouges, de se former la conscience que cette loi remédiatrice ne remédiera à rien. D'un autre côté on peut bien soutenir que c’est la meilleure loi dans les circonstances, qu’on désirerait voir tous les Catholiques se rallier autour d'elle, que c’est une grande présomption en sa faveur si Mgr l’Archevêque de St- Boniface s'en déclare satisfait, etc, etc ; mais de là à obliger deyant Dieu le membre catholique à voter pour elle, il y a loin, surtout quand on considère les lenteurs du Gouvernement conser- \S vateur à se décider pratiquement à rendre justice par une loi, la. mauvaise volonté qu'ont montrée tout dernièrement encore des membres importants de ce gouvernement, la possibilité où péut se trouver M. Bowell de ne pouvoir remplir ses promesses. Qu'on ‘encourage les opinions sincères de tous les partis, qu'on fasse bril-
ler devant eux le prix de la justice, mais qu’on prenne bien garde
de donner la récompense avant que le service n'ait été complètement rendu. On courrait risque de se lier imprudemment avec un corps qui, par son vice intérieur, avant longtemps deviendrait cadavre. | Mars, 11, 1806.— A M. J. G. P.—En voilà une surprise, celle que Tupper a faite au pays lundi soir ! et je pense bien que ce n’est pas la dernière. Les membres du Gouvernement sont-ils sincères ? les uns peuvent l'être, les autres ne le sont certainement pas. Le malheur est que la chaloupe gouvernementale est aux mains d’un état major qui ne s'entend pas ; le gouvernail est tiraillé en tous sens, personne ne peut dire où elle ira aborder, si toutefois elle ne se brise pas sur les récifs ; bien imprudent qui y attachera son canot à la remorque. Le Gouvernement vient de donner presque raison au projet d'enquête de M. Laurier ; aussi grand a été l’enthousiasme des libéraux à l'annonce de cette noùvelle. Greenway consentira-t-il à une loi raisonnable ? jamais ; : probablement il se contentera de se tenir dans le vague, protestera qu’il ne peut rien conclure sans réunir de nouveau la législature du Manitoba ; des promesses, des propositions, et rien de plus. Pendant ce temps-là, la session à Ottawa court grande chance d'arriver à son terme, sans produire rien de concluant. Je plains les gazettes ministérielles qui ont à trouver des raisons pour excuser et approuver tous ces caprices de politique et ces soubresauts de conduite. Elles me rappellent les paroles du Polonius conversant avec le jeune prince de Danemark, feignant la folie, dans l'Hamlet Shakespeare. “Hamlet : Voyez-vous lä-bas ce nuage qui a pres-
‘ que la figure d’un chameau ? — Polonius : Par la messe ! il est
“ semblable à un chameau, en vérité. — Hamlet : il me paraît res- ‘ sembler à un corbeau.—Polonius : Oui, en effèt, il est noir ‘ comme un corbeau. —Hamlet : Ou plutôt, il réssemble à une “ baleine.—Polonius : Tout comme une baleine.”
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Ah ! que je me trouve heureux de vivre loin de la politique, de toute politique. | Mars, 16, 1896.— A M. A. À. C.—Je comprends que vous aimez mieux la moitié d’un pain que pas de pain du tout, une loi impar- { faite plutôt qu'aucune loi. Il importe d’avoir un thême qu’on .Pourra corriger plus tard. (C'est déjà énorme que le principe de la justice soit incorporé, les conséquences suivront d’elles-mêmes Ceux qui votent pour la loi se compromettent du bon côté, même un grand nombre de ceux qui votent contre se trouvent aussi com- . promis dans le même sens, parce que, ne trouvant pas la réparation assez complète, ils s’obligent à faire mieux dans la circonstance. Mais je crains bien que la loi n'arrive pas à son terme. Plusieurs ne tirent pas franchement dans les traits, non seulement parmi ceux qui appartiennent à la queue fanatique du parti conservateur, mais parmi les têtes dirigeantes. La conférence avec Greenway, telle | qu’annoncée par Sir Charles Tupper, ne me paraît pas être d’un bon augure. N'importe, la vérité aura été proclamée, elle ne périra pas. | | __ Dansces circonstances, il me semble qu’il est bien permis d'aider le Gouvernement conservateur fortement ; maïs faut-il, en sa faveur, faire intervenir la conscience ? S'il venait à nous manquer, nous serions peut être bien aise de recevoir de ses adversaires des ser- “ vices importants, quelque intéressés qu’ils puissent être. Puis, serait-ce bien théologique ? Sice ne l'était pas, quelle responsabilité ! — Espérant en l’Eternelle Justice, je demeure votre tout . dévoué serviteur et ami.
Mars, 22, 1806.— A M. J. G. P.—La loi remédiatrice a subi sa . deuxième lecture, passera-t-elle la troisième ? j'en doute fort. Tous, d’un côté comme de l’autre, me paraissent avoir intérêt (pour plusieurs intérêt mal calculé) à la trainer en longueur dans le comité - général de la Chambre ; puis autre cause de retard, la conférence | avec Greenway qui, ce me semble, ne peut dans les circonstances présentes aboutir à aucuns résultats définitifs.
Avril, 5, 1896.— A M. J. G. P.—Avez-vous lu les propositions des délégués du Gouvernement Fédéral au Gouvernement Mani tobain, vagues, flasques, indéterminées. Evidemment certains hommes ont entrepris, sous l'apparence de l'amitié, d'amener petit en petit, les chefs catholiques à concéder presque tout, si non de les conduire pas par pas au fond d’une impasse d'où il:n’y a plus de retour. Heureusement que Greenway a été assez entêté pour | refuser d'accepter ces propositions qui auraient pu faire les bases d’une Joi pour lui très favorable, dont il aurait eu beau jeu, comme il aurait été le moteur qui l’aurait mise en opération. Cette fois encore la Providence a sauvé cette importante question des sottises des hommes ; le fera-t-elle toujours si les hommes sobstinent à gâcher ? Peut-être cette conférence aura-t-elle un bon effet, non pas celui de règler la difficulté comme on le prétendait, muis bien ! d'ouvrir les yeux aux autorités ecclésiastiques sur ce que l’on peut
attendre de la sincérité du Gouvernement actuel, lorsqu'il propose de nous lâcher de la pareille façon. Ouvrir les yeux, rompre toute attache politique même la plus secrète, se tenir mordicus à la jus- | tice de la cause, le proclamer hautement et prudemment, donner des directions claires, peu nombreuses, générales, hautes, si élevées que lés politiciens ne puissent avec raison s’en faire une planche de bascule sans se rompre le cou : voilà ce qui rendra aux Catholiques leurs droits.
Avril, 7, 1896.— A M. A. A. C.—Je viens vous remercier de votre lettre en date. du 23 mars dernier ; si je n'y ai pas répondu plus tôt, ce retard est dû aux occupations et aux offices de la: Semaine Sainte.
Votre lettre claire, lumineuse, m’en apprend plus sur l’urgence de vos besoins et sur l’étât des esprits au Manitoba, que les articles des journaux pendant quinze jours.
Je suis, vous n'en doutez pas, avec intérêt les différentes phases par lesquelles passe votre question scolaire. Elle renferme les
“ principes vitaux de notre avenir. J’appartiens à la classe des op-
timistes, j'espère toujours tant qu'il n’est pas devenu évident que
Dieu est contre nous.
Je vais vous demander un service que j'apprécierai fort : s’il doit vous donner trop de trouble, ne tenez pas compte de ma demande. Pourriez-vous m'envoyer une collection complète des documents qui se rapportent à la question des Écoles de Manitoba, la loi de 1890, la loi de 1894, les jugements du juge Dubuc et des deux autres juges avec qui il siégeait, les plaidoyers d'Ewart, les écrits de Mgr Taché sur le sujet, les correspondances que vous avez faites vous-mêmes, etc, etc. Il n’y a qu’au Manitoba que je puis me procurer cette ensemble de documents. Achetez. Livres et démarches vous seront payés par lé retour de la malle.
Avril, 21, 1896. — A M. J. G: P. — Vendredi de cette. semaine, M. Laurier doit être l’objet d’une grande démonstration à Montréal; immanquablement il devra parler des écoles du Manitoba. Je fais des vœux pour qu’il prenne sur la question une position nette et tranchée en face des événements qui se préparent. Je sais bien qu'il ne peut pas faire connaître au public dans ses détaïls les voies et moyens qu’il se propose d’employer pour le règlement de cette difficulté : les détails dépendent des circonstances, et l'homme prudent doit garder le secret de ses moyens. Mais il serait à souhaiter qu'il dit, ou plutôt répéta, hautement : 1° qu'il est, comme citoyen et comme homme d'étât, pour le redressement des griefs de la minorité ; 20 qu’il fera de ce redressement un article absolu de son programme gouvernemental, s’il arrive au pouvoir ; 3° qu'il redressera ces griefs à la satisfaction légitime de la minorité, comme il ne doute pas pouvoir le faire également à la satisfaction de la majorité. Entre hommes raisonnables, il faut finir après. tout par s'entendre. Une pareille déclaration, ce me semble, ferait faire à la question les trois quarts du chemin vers une solution définitive,
Avril, 24, 1806.—A M. À. A. C.—Je viens accuser réception des brochures que vous m'avez envoyées, et qui me sont arrivées en
deux paquets différents, savoir :
10 The Manitoba School Question, by F. C. Wade ;
20 The Manitoba School Question, A reply to Mr. Wade by : John S. Ewart, Q. C. ;
3° Ecoles Séparées, Partie des Négociations à Orne en 18705
4° The Schools called Public Schools of Manitoba are in reality Protestant schools, by His Grace A. A. Taché, Archbishop of St-Boniface, April 1894 ; !
5° Archbishop Taché, A page of the History of the Séh6ols in Manitoba during 75 years, 18093 ;
6° The Manitoba School Question, Speech delivered by Hon.
James E. P. Prendergast in the Legislative Assembly of Manitoba,
on the 1oth and 12th days of March, A. D. 1800 ;
7° Lecture-by John S$S. Ewart, Q. C., on the Manitoba School Question in the Congregational Church, Winnipeg, 29th April, 1895 ;
80 Plaidoyers dans la Cause des Ecoles du Manitoba devant le
Conseil Privé de Sa Majesté pour le Canada, du 26 de février au -
7 mars 1805 ;
9° The Education Department Act and the Public Schools Act and Amendments of 1892, published by Authority ;
10° Supplementary Return to the House of Commons containing Factum of Case, Barrett vs City of Winnipeg, in connection with the Abolition of Separate Schools in the Province of Manitoba ;
119 Documents concernant les Ecoles Séparées du Manitoba, imprimés par ordre du Parlement, 18or.
De plus, j'ai reçu vos correspondances sur les ; journaux, elles ont été découpées et collées sur papier d’un format convenable, elles seront reliées avec les autres documents dont elles ne sont. pas le
moindre ni le moins sagement pensé. )
M. le Juge Dubuc, dans une lettre charmante, m'a annoncé son jugement et ceux de ses collègues ; mais ils ne sont pas encore arrivés.
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