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S'il vous tombe sous la main d’autres pièces d'importance sur ‘cette question, vous me ferez grand plaisir en me les adressant, supposé que vous puissiez vous en départir. J'ai suivi cette diff- - Culté avec autant d'attention que tout autre dans la Province de Québec ; mais, à la veille de la lutte définitive, et, je n’en doute pas, de la victoire, je veux être ferré sur toutes les coutures. Que ferai-je en reconnaissance du service que vous venez de me rendre ?
Quant à la politique du jour, j'abonde dans votre sens en tant de points, qu'il m'est bien permis de différer de vous, je souhaite que ce soit à tort, un tantinet en quelques uns. - Par exemple, je ne pa admettre que le parti conservateur comme parti, en aucun temps, ait fait sur la question des écoles de nobles efforts. Je suis convaincu plus que jamais que la tête et la queue de ce parti, séparées au mois de janvier par un coup depuis longtémps calculé dans l'ombre, se sont recollées par le sacrifice de votre cause. On a dit à la queue : soutenez apparemment la tête dans ses engagements vis-à-vis la minorité, et la tête au fond fera en sorte de ne pas tenir ses engagements. A la lueur de ce funeste-compromis, dans les efforts extrêmes que le parti conservateur semble avoir faits dans ces derniers temps, il y a plus de comédie que d’héroïsme. Ceci n’attaque pas la bonne foi et la sincérité de bon nombre de membres conservateurs.
Mai, 4, 1896.—A, M TJ. G. P.—Il n'y .a pas à le nier, Tupper s’est choisi dans la Province de Québec des collègues forts, sinon par le magnétisme qu'ils sauront exercer sur l'esprit des électeurs, du moins par la confiance qu'ils ne manqueront pas d’inspirer à l'élément religieux et ecclésiastique. En dehors de toute personnalité, ce qui nuira infailliblement au magnétisme, c’est que la population est ahurie de promesses vaines, fatiguée, dégoutée. La confiance est perdue. Personne ne doutera de la bonne volonté des nouveaux ministres, ni de l'énergie de leur chef ; mais on dira: Angers a résigné, deux autres sont restés dans le cabinet, ni l’une nil’autre chose n'a fait
aboutir la loi remédiatrice. Les mêmes ministres restent pour Ontario, à eux s’adjoint un fort adversaire des écoles séparées, McDonald de Winnipeg. L'histoire pourrait bien se répéter : passez-en par la décision de la majorité, ou résignez encore. Dans ces circonstances, la neutralité pour le clergé n'est-elle pas la meilleure politique ?
Mai, 8, 1896.—A M. J. D.—De ce temps-ci j'étudie à force le passé et le présent de la difficulté scolaire manitobaine, comme si c'était moi qui devait la règler ; etje m'aperçois de plus en plus que bien peu de gens en connaissent le premier mot, même, et peut-être surtout, parmi ceux qui en parlent sur tous les hustings du pays. Je vous ferai grâce de mes réflexions sur la politique de bascule actuelle ; je suis intarissable sur ce sujet, et, comme une fois parti je ne puis plus m’arrêter, je choisis aujourd'hui par charité pour vous de ne pas commencer.
Mai, 8, 1896.——A M. J. G. P.— Nous ne connaissons pas encore le résultat des délibérations des évêques. Je suis sous l'impression que le mandement collectif se tiendra dans les hautes sphères, qu'il sera très fort sur les principes, qu’il dira aux électeurs d'exiger des candidats une promesse formelle qu’ils sont pour le redressement des torts faits à la minorité catholique du Manitoba, mais qu’il n'ira pas plus loin. Tout au plus aurait-il une teinte conservatrice. S'il allait prendre part pour un parti, je ne le cache pas, je puis me tromper, je le regretterais énormément. Mettons les deux partis en lice, leur proposant la couronne, mais ne la donnant pas avant le temps. Tupper, dans son discours programme, dit bien qu'il poursuivra au sujet des écoles la politique commencée, mais cette parole peut être élastique comme une vessie de caoutchoue ; ilne faut pas oublié que la politique commencée, à un moment donné, abandonnait complètement le bill remédiateur pour faire à Grenway des propopsitions jaunes, je veux dire vagues et indécises. La
question est moins morte que jamais ; ce qui nous tue, l'esprit de
CSL
dci mr te it
‘parti, la fait vivre 3 si nos chefs sont conduits par le même esprit de force et de modération qui a dicté la pétition de l’épiscopat, il y a un peu plus de deux ans, la victoire est à nos
portes. |
Mai, 10, 1896.—A M. J. G. P.— Avez-vous lu Je “Star” d’hier soir ? Si son rapport est vrai, les discours de Hugh McDonald sont pour le public toute une révélation ; toutefois je dois dire qu'ils ne renferment rien qui me surprenne. :
McDonald dit qu’il est un chaud partisan des écoles nationales, mais que, après le jugement du Conseil Privé, le terrain lui manque sous les pieds, et il lui faut bien faire quelque chose pour remédier aux griefs des catholiques. “I am now, as always, a strong supporter of national schools. I believe it is the best system of
schools...But the decision ofthe Privy Council has tâken ground from under my feet.” |
Mais cela ne veut pas dire qu'il sera en faveur du bill remédiateur qui a été présenté à la dernière session. “He said he stood for remedial legislation, but did not necessarily approve of the present reme dial bill.”
Il essaiera d’abord la conciliation. Alors pourquoi tant crier contre Laurier, dont c’est depuis longtemps la manière de voir ?
Mais s'il faut en venir à une législation, il donnera aux Catholiques le moins de privilèges possibles. “Ifit could not be settled amicably, then he would have it settled by legislation, giving the Catholics the least possible privileges, but sufficient to redress their grievances.” Est-ce assez clair ? |
N'oublions pas que cela fut dit en présence de Sir Charles Tupper. Que dis-je, en sa présence? lui-même est allé beaucoup plus loin.
Il s’écrie qu'il ne s'agit pas ici d'écoles séparées. “TI say, therefore, this is not a question of separate schools at all ; it is outside of that subject alltogether.…” |
11 se vante auprès des Manitobains qu'il en fera moins que M.
Laurier. “Where is the man who has any capacity for exercising intelligent reasoning capacity who would justify himself to his countrymen if he oppressed à feeble minority, and that for the purpose of bringing into power a Roman Catholic French Premier, who declares he will do more. Do you thing he would stultify himself
En lisant entre les lignes, 1l veut faire comprendre à ses auditeurs que sou bill n'était pas malin. “What does Mr Laurier say in à speach in reference to the school question : that the government finally introduced the bill which was such a miserable thing that the principe of remedial legislation was not written in its four corners. There is some truth in that charge,” ..et le reste, et le reste. Tout est à lire. Æabemus confitentem reum.
Tupper souffle le chaud à Winnipeg ; d’autres soufflent le froid dans la Province de Québec. |
Mai, 23, 1896.—A M. À. A. C.- La poste, il y a trois jours, m'apportait de lOuest. un beau livre, couverture verte, et de suite nous supposämes que cette gracieuseté venait de vous ; l’adresse, qui est de votre écriture, vint confirmer notre supposition. Je viens donc vous remercier, car vous me prenez par mon faible. De ce
temps-ci, je n’étudie guère autre chose que votre question scolaire,
Je suis convaincu, malgré les sombres apparences, qu’elle aboutira-
avant longtemps ; et je ne veux pas me trouver au dépourvu lorsque, spectateur intéressé comme les autres, je verrai se dérouler devant nous les moyens de solution. Nous avons reçu des Evêques une letre collective admirable ; seulement quelques intéressés la gâtent par des commentaires évidemment trop intéressés, et quelques zélès par des excès de zèle. Mais ce sont là choses inévitables dans le cours des évènements humains, le bon sens prendra le dessus, la justice triomphera. En attendant, je comprends que vous devez souffrir et languir. Pour moi, une des plus
grandes souffrances morales est de voir quelquefois les plus grands
intérêts livrés aux caprices de la légèreté, de l'inconstance, de la
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D ARR + | à
petite vanité qui se regarde, s'admire et se pavane. Mais Dieu veut ces choses, pour montrer que c'est lui qui triomphe en ses œuvres, et non l’habileté des hommes. Ë
Mai, 23, 1896—A M. TJ. D.-__ Vous me parlez de politique, je m'en occupe en observateur. Le temps n'est pas venu pour moi d'y mettre mon grain de sel. Nous avons reçu un Mandement collectif superbe : quelques intéressés le gâtent par leurs commentaires. trop intéressés. Malgré ces tristesses inévitables dans les choses humaines, je suis convaincu plus que jamais que votre question scolaire se rêglera d’une manière- satisfaisante. Pour mieux juger de ce qui sera dit et fait alors, je consacré mes moments libres à étudier les pièces de ce long procès et les arcanes de cette difficulté inextricable. J'étudie en amateur, ce qui donne moins de soucis, et je m’unis à vous pour prier. 1
Juin, 26, 1896.— A M. J. G. P.— Je ne vous apprendrai rien en vous disant qu'il s’est élevé contre moi une tempête de colère à
l’occasion des élections ; elle passera comme bien d’autres. Dans
six mois, On verra que j'étais 04 #he good footing. : Mgr Fabre n’est pas aussi fâché, lui ; j'ai eu lieu de m'en apércevoir mercredi, au dîner donné en l'honneur de M. Captier à l’Archevêché.
‘ Juillet, 6, 1896, — A M. A. À. C. — J'étudie à fond votre ques-
tion scolaire : je souhaiterais que les enquéteurs ( puisque enqué-
teurs 1l doit y avoir ) qui doivent s'enquérir de vos griefs, pussent faire les mêmes études. | Que va faire Laurier? Ilne pourra passe plaindre qu'il n’a
- pas reçu de l'électorat assez de pouvoir, assez de confiance : en
réalité, il a reçu carte blanche,
Un avenirprochain nous montrera quelles peuvent être nos espérances. Laurier est un homme droit, calme, modéré ; sa modération, il l’a montrée dans la lutte qui vient de finir. Pour moi, à
- l'encontre d’un grand nombre je l’avoue, je ne suis pas sans espoir.
Sur ce point, je sais que vous faites des vœux, afin que l’on ne
dise pas de mes prévisions : in vanum speraverunt.
De
: Pendant que se rt au Canada la Question des Ecoles du Manitoba.
De Montréal à Plattsburg
11 septembre 1896. — Assis dans le train, j'attends que . Paiguille ait marqué 7 heures et 20 minutes pour me mettre en | route. Jamais je ne suis parti aussi bien préparé, laissant derrière moi moins d’embarras. Tout ce que je pouvais faire, dire et écrire, est épuisé : puisse cette aisance de mouvements durer tout le cours du voyage ! MS Je pars avec des lettres de créance à mon goût : liberté complète d’action, pouvoir de déposer les responsabilités si elles devenaient trop lourdes ou incontrôlables, et moyens efficaces de profiter de toutes les occasions de faire le bien, au fur et à mesure qu'elles se présenteront : latitude diplomatiqne, vague de programme, horizons indécis, atmosphère transparente etmi-"
4 roitante, toutes choses qui me vont ; quant au but, il est fixe .
comme l'étoile polaire, le ‘vrai, le modéré, le bien pratique. Comme vous le voyez au zig-zag de ma plume, le train s’est
“mis en mouvement, et nous emporte vers le Pont Victoria, la
huitième merveille du monde ; je dis nous, car en face de moi
. se tient droite, un peu pâle, une personne au nom écossais, à
2 l'esprit canadien. Je n’ai pas voulu rompre brusquement avec
St-Lin, et un prolongement de ma maison s’étendra ; jusqu'à.
Plattsburg. M. descendra à cet endroit à 10 heures, et attendra le passage d’un train jusqu’à midi et demi, et sera de
retour à, Montréal à 3 heures, assez tôt pour vous-arriver à
St: Lin ce soir. De suite, quand je lui proposai cette petite
Me EUE
; : eee excursion, M. remarqua : “Moi aussi, comme M. P., j'aurai es ; > traversé les lignes, et voyagé dans les Etats ! En effet, elle parait décidée à se servir de ses deux grands yeux ... et aussi de sa langue. Déjà j'ai eu à donner vingt
explications sur la Pointe St-Charles, l'Ile St-Paul, La Prairie,
le pont Victoria, St-Lambert, etc. Tiens, je ferai mieux, je
cesse d'écrire, la voyageuse me dérangeant outre mesure par ses questions presque à chaque ligne.
Cependant je prendrai le temps de dire que nous eûmes au départ, qui le croirait ? une visite et des adieux de St-Lin, M. Joseph Archambault fils vint me presser la main. Il retourne ce soir aux Laurentides ; par conséquent, demain samedi, la nouvelle de mon départ courra le village. Peu importe, je serai déjà loin, en dehors des atteintes du reportage ; ce ne sera qu'un jour en avant de ma lettre qui doit être lue
dimanche aux paroissiens. D’ailleurs la surprise laurenti-
. . & . Ô A dienne ne sera pas forte, il y avait dans l’air des soupçons, des
prévisions : mon petit doigt a maintenant dans la paroisse de
nombreux élèves qui promettent de surpasser leur maître. . À StJean, M. sort de la valise les beaux petits souliers rouges, Je reprends ma plume. “Bon, bon, dit.elle, cessez, vous écrirez quand je serai partie.”
Rousses Point—Nous entrons dans la terre de la liberté ;: cependant, comme c’est vendredi, nous ne nous proposons pas de faire comme nos prédécesseurs de St-Lin, et nous montrer libres vis-à-vis les commandements de l'Eglise : nous ferons maigre au dîner. “Voyez, dit M., ouvrez votre valise, voici venir le douaneur.” Nous avons bien ri du lapsus linguae.
Nous traversons un pays de collines, je quitte la patrie encore une fois. Adieu, Canada ; adieu, paroisse aimée ; adieu
fn dà.
collège et couvent ; adieu maison qui abrite mes soins, mes soucis et mes affections. Presbytère vivant, je te donnerai chaque jour de mes nouvelles ; que chaque malle m’emporte une brise embaumée, un souffle de bon souvenir, Tout passe si vite ici-bas, nous nous reverrons bientôt, Je ne voyage pas
pour mon plaisir, je suis mêlé à des affaires qui intéressent la
religion et les ânes, cela me donne un droit à vos prières.
: Vous prierez donc pour que l’ange de Dieu m’accompagne, me
protège, me conduise dans les pas difficiles au physique comme au moral, pour qu’Astaroth soit jeté inoffensif dans l’abîme : In infernum detrude.
Le moment de la dernière séparation arrive, J'écris un
petit mot à M. Martel, lui envoyant ma lettre aux paroissiens
ê pour qu’il la lise dimanche en chaire. Je ferme ces quelques
pages, prémices d’un journal que je commence aujourd'hui et qui finira Dieu sait quand. J’adresse le tout, pour le confier à la malle amie qui se charge de le rendre-en personne à des-
tination ce soir, et d’y ajouter force commentaires vivants et
vécus. Encore une fois, adieu et pensez à moi devant le
Seigneur. ù
Première lettre aux paroissiens de St-Lin,
Montréal, 10 septembre 1896.